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AFRIQUE – ECONOMIE : LES CONSEQUENCES COMMERCIALES DU BREXIT EN AFRIQUE. AFRIK-INFORM

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05 septembre 2019

AFRIQUE – ECONOMIE : LES CONSEQUENCES COMMERCIALES DU BREXIT EN AFRIQUE. AFRIK-INFORM

 

La Grande-Bretagne est le deuxième investisseur sur le continent, après les États-Unis et devant la France avec plus de 37 milliards d'euros d'exportations vers l'Afrique, et plus de 52 milliards d'euros déjà investis sur le continent. Face au risque de plus en plus incontournable d’une sortie de l’Union Européenne sans accord au 31 Octobre prochain, quelles seraient les conséquences commerciales pour les pays africains sur le marché britannique ?

Par GASTON KOUOH

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Les dirigeants anglais actuels, partisans d’une sortie dure, c’est-à-dire sans accord avec l’Union Européenne en restent encore et toujours à des généralités techniques dans leurs négociations avec les instances de Bruxelles. Aucune précision concrète sur leurs intentions ou leurs propositions. Ce flou est même encore plus épais pour les pays africains qui se demandent à quelle sauce anglaise ils risquent d’être mangés sous peu. Vu l’importance des relations économiques en jeu, il est clair que cela aura un impact non négligeable. Ceci malgré le mythe savamment entretenu  par eux d'un avenir prometteur pour les relations du continent avec la Grande-Bretagne concernant le soutien à la croissance et à la lutte contre la pauvreté en Afrique.

Le gouvernement britannique base son action internationale sur ses relations avec les pays du Commonwealth dont 19 sur 54 sont africains. Dont les plus puissants et peuplés du continent, le Nigéria, l’Égypte, l’Afrique du Sud, le Kenya, et le Ghana. Or ses échanges avec l’ensemble des pays africains ne pèsent que 9% du commerce extérieur britannique. De quoi faire douter de l’augmentation de cette part à un moment où eux-mêmes vont être sous pression de toutes parts. Par exemple en réduisant les droits de douane ou autres obstacles ou en offrant mieux que d’autres pays concurrents sur l’Afrique comme la Chine, l’Inde, l’Union Européenne ou les USA. L’Afrique va forcément être impactée à différents niveaux.

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D’abord dans l’accès préférentiel au marché anglais des produits africains qui vont perdre leur plus grand débouché d’exportation. A moins de négocier de nouveaux accords uniquement bilatéraux et non-multilatéraux, faute de temps et peut-être de réelle volonté cachant des intentions autres, ce sont 25 à 30% de leurs exportations vers l’Union Européenne que vont perdre ces grands pays et même des plus petits comme l’île Maurice. Un pays comme l’Afrique du sud, bien que mieux loti que d’autres du continent, pourrait voir ses fabricants de composants automobiles perdre 50 millions de dollars. Mais aussi gagner au change avec une augmentation des importations vers le Royaume-Uni de 39%. Le Ghana et le Cameroun accuseraient des pertes respectivement de 91 millions de dollars (-39%) et de 17 millions (-28%). D’autres prévisions de l’agence des Nations unies sur le développement et le commerce, la CNUCED, dans un rapport réalisé en avril, distingue parmi les perdants, le Maroc, la Tunisie et l’Egypte.

Ensuite il est fort probable que les investissements directs anglais sur le continent augmentent. Mais pas forcément dans le sens charitable des discours officiels britanniques sur la volonté de réduire la dépendance africaine à la dette. Mais plutôt de multiplier des sources de revenus amoindries plus chères à créer chez eux ou en Europe. La manufacture, les industries extractives et les services financiers sont les principaux secteurs industriels de l'investissement britannique direct. Ils représentaient 54,4 %, ou 34,3 %, du total de l'Investissement Direct à l’Etranger du Royaume-Uni en 2014. Cependant, même si le Brexit et ses conséquences devaient attirer d'importants investissements supplémentaires en Afrique, il ne s'agirait que d'un outil de plus pour eux d’accroître la rentabilité de leurs investissements privés et socialiser les pertes potentielles au détriment du pauvre contribuable en Afrique. Or, les investissements britanniques en Afrique, ainsi que la distribution des ressources contrôlées par l'Angleterre sur l'ensemble du continent, sont limités à une très petite élite en Grande-Bretagne et en Afrique. Les entreprises britanniques contrôlent de vastes zones d’importantes réserves de ressources naturelles en Afrique. Notamment en or, cuivre, platine, charbon et diamants. La plupart des sociétés britanniques cotées à la London Stock Exchange (LSE) ont des activités minières dans 37 pays d’Afrique subsaharienne. Ils contrôlent conjointement les ressources les plus précieuses de l'Afrique, d'une valeur supérieure à un billion de dollars. L’utilisation croissante des paradis fiscaux par les citoyens britanniques fortunés peut être considérée comme un indicateur d’une éthique douteuse par le fait que le Royaume-Uni soutient toujours un vaste réseau de paradis fiscaux célèbres.

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D’autre part le renforcement de l’aide à l’Afrique, au-delà des 0,7% traditionnellement accordés par les anglais semble là aussi une utopie. Du simple fait de la perte d’une certaine quantité d’effets multiplicateurs qu’il va falloir compenser autrement. D’autant que de nombreux experts remettent en cause publiquement le classement de la Grande-Bretagne au 7ème rang des économies mondiales à un moment où « l'équilibre relatif entre la croissance mondiale, la population et le pouvoir s'éloigne de la Grande-Bretagne et de l'Europe ». Dans ces conditions, Londres se concentrerait probablement sur des partenaires stratégiques triés sur le volet et sur les relations bilatérales existantes, en particulier avec certains pays africains du Commonwealth, tels que l’Afrique du Sud, le Nigéria et le Kenya, aux dépens des pays africains en développement (PMA) les plus pauvres. En outre, elle pourrait élargir son éventail de partenaires bilatéraux aux dépens de la coopération multilatérale au développement de l'ONU, du FMI, de la Banque mondiale, etc.

Toutefois certains espérant une nouvelle ère dorée entre la Grande-Bretagne et l’Afrique. Ce brexit dur offrirait une occasion inespérée pour recomposer sur de nouvelles bases avec les pays du Commonwealth de la Zone de Libre-Echange Continental approuvée par 44 gouvernements africains à Kigali en mars 2018. Cependant, les gouvernements africains ont l'intention d'utiliser leur avantage de négociation pour renforcer la protection de leurs marchés et de leurs industries. Cette stratégie pourrait fonctionner dans des domaines où les produits et services britanniques ne sont pas en concurrence avec les marchés africains. Cependant, on peut se demander si le Royaume-Uni autorisera des contingents tarifaires, moins contraignants et des obstacles non-tarifaires, tels que des règles d'origine plus souples ou une protection accrue contre les exportations de services britanniques, si cela nuisait à l'industrie britannique. En outre, une approche plus libérale de la Grande-Bretagne vis-à-vis des importations en provenance d'Afrique - par exemple en termes de quotas et autres barrières non-tarifaires - pourrait augmenter le coût des futurs accords commerciaux entre le Royaume-Uni et l'UE, surtout si Londres doit quitter l'Union douanière de l'UE. Cela étant dit, bien que la Grande-Bretagne soit fière de ses relations bilatérales étroites avec le réseau du Commonwealth, ces relations, en particulier avec les principaux acteurs africains, notamment l'Afrique du Sud, le Nigeria, le Ghana et le Kenya, n'ont pas été sans tensions, par exemple en ce qui concerne la fuite des cerveaux des anciennes colonies britanniques vers la Grande-Bretagne. Dans ces conditions, un partenariat égal entre la Grande-Bretagne et l'Afrique et une situation gagnant-gagnant sont improbables pour les deux parties. En outre, le Brexit ne mettra pas seulement en question l'intégration européenne, mais mettra également en péril les efforts d'intégration régionale en Afrique.

Le Brexit ne sera facile pour personne. Chacun y a quelque chose à gagner, comme à perdre. Le simple fait de savoir que les anglais ont besoin de trouver de nouvelles zones d’expansion donne déjà une indication de la pression qu’on peut leur mettre si nos atouts sont bien utilisés, et nos faiblesses limitées. Les pays africains doivent mettre leurs experts au travail pour collecter les informations stratégiques,  analyser la situation et trouver des réponses individuelles et collectives au jeu d’échec qui va s’engager.

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