CAMAIR-CO, UN ETERNEL RECOMMENCEMENT: PROBLEME D’HOMME, DE COMPETENCE OU DE MOYENS ?

 Les résolutions de la session extraordinaire du Conseil d’administration qui ont porté un changement à la tête de Camair-co le 22 Août dernier avaient tout l’air d’avoir été préparées et connues d’avance, dans la mesure où l’information a circulé dans les milieux de la presse avant d’être officiellement rendue publique. Mais alors une question demeure lancinante : est-ce le changement incessant d’hommes à la tête de la structure qui fera décoller la compagnie ? Le gouvernement de « la République » a le bénéfice du doute.

Par rodrigue Tchokouaha

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Le changement qui a été porté à la tête de Camair-co intervient dans un contexte où la compagnie peine à décoller depuis sa création en 2006. Six(6) Directeurs généraux se sont succédés à la tête de l’entreprise depuis son lancement effectif en 2010 : le français Mintonneau, le camerounais Paul Alain Mendouga qui avait assuré l’intérim pendant quelques mois, deux belges Alex Van Elk et Mattis Boersien Johannes, puis trois camerounais ; Frederick Mbotto Edimo, Paul Nana Sandjo et l’actuel Dg Ernest Dikoum. Il convient de préciser pour le relever une fois pour toute, que le lancement effectif de la compagnie n’a eu lieu qu’en 2010, avec le premier vol inaugural qui s’est déroulé devant un parterre d’invités massé tout le long des aéroports de Douala. Votre reporter était présent. Ce qui revient à dire que chaque Dg n’aura passé qu’un(1) an à la tête de la compagnie, en termes de moyenne de la durée de vie de chaque Dg, alors que tous ces technocrates sont toujours reconnus et réputés compétents dans le domaine de l’aéronautique. Ernest Dikoum l’actuel Directeur général était avant sa nomination, Directeur régional Afrique de l’Ouest et Sahel de la compagnie Fly Emirate. L’homme totalise une trentaine d’années d’expérience dans le domaine de l’aéronautique de par le monde, avec des connaissances en sus dans le domaine du tourisme puisqu’il commence ses premières études supérieures dans ce domaine au Maroc.

Mais seulement, Ernest Dikoum hérite d’une compagnie aérienne qui a des problèmes. Cinq(5) avions pour un sureffectif en personnel de près de 900 employés, ce qui fait un ratio de 180 personnes par avion, ce qui n’est pas du tout gérable en termes de rendement. Il a été même dit que cette compagnie avait été créée pour employer les fils et filles de certains pontes du régime. Et l’on comprend alors pourquoi on y a observé à certains moments des batailles de clans afin de débarquer l’un ou l’autre PCA ou DG. D’ailleurs, la flotte que Camair-co exploite n’est pas aussi consistante que cela : trois avions de marque Boeing dont deux sont en leasing (location), et deux petits avions chinois de marque MA60 qui ne peuvent effectuer que les vols de courtes distances. Au départ, la compagnie avait été lancée avec trois avions. Les MA60 sont arrivés tout récemment afin de suppléer à la carence. Le budget alloué par le gouvernement était de 30 milliards, avec des perfusions subséquentes qui se sont avérées inefficaces, l’entreprise n’ayant pu atteindre le seuil de rentabilité ou ne pouvant faire des bénéfices ré-injectables, alors que les compagnies aériennes qui se veulent sérieuses démarrent avec un capital d’au moins 300 milliards de FCFA. La valeur du plan de relance proposé par Boeing Consulting n’est que de 60 milliards de FCFA. Il se dit ici que l’objectif à court terme est de régler les dettes afin de relever la compagnie, alors qu’il faut restructurer la compagnie, la redresser afin qu’elle reparte sur des bases saines et nouvelles, sans pour autant qu’une nouvelle compagnie soit créée. Il faut en outre lui donner des moyens consistants, disent en effet les experts. Il faut neuf(9) avions minimum à la Camair-co pour qu’elle fonctionne normalement. Et pour acquérir ces aéronefs, il faut un investissement de 327 milliards de FCFA par an et sur cinq(5) ans afin de combler le gap. Il faut aussi des moyens et des ressources techniques en pilotes et en services d’entretien des aéronefs. A défaut de cela, le gouvernement de « la République » passera et perdra son temps à changer les directeurs généraux, sans une consistance dans le fond, et la compagnie finira par mourir de sa belle mort, comme elle est mal née.