CAMEROUN – ECONOMIE : LA MICROFINANCE COMECI A L’AGONIE APRES UNE CRISE SUBITE

La micro finance qui se positionnait pourtant comme l’un des leaders du segment au Cameroun il y a quelques années, a connu une chute vertigineuse. Au banc des accusés, les pères fondateurs de cette institution de micro banque qui, profitant du silence complice des responsables auraient organisé une véritable hémorragie financière. Les épargnants sont aux abois comme en témoignent les assauts répétés contre plusieurs agences de la COMECI au Cameroun, mais il existe encore des raisons d’espérer.

Par Rodrigue Tchokouaha

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Parmi les personnes qui ont causé la faillite de cette microfinance, l’on cite au premier plan les anciens Directeurs Généraux et Présidents du Conseil d’Administration , ceux à qui la Commission Bancaire d’Afrique Centrale COBAC avait retiré l’agrément et intimé l’ordre de quitter la gestion de la microfinance. Conséquemment, sentant leurs marges de manœuvre réduites au sein de l’entreprise qu’ils ont contribué à bâtir, ce groupe aurait fatalement développé des attitudes de dépit et des activités parallèles financées par des fonds disponibles à Comeci, leur micro-finance. Ceci expliquerait comment de grosses sommes ont été retirées des comptes de la micro-finance, sans que le staff dirigeant actuel de l’entreprise s’en rende compte(?). D’ailleurs en avait-il le pouvoir et la capacité ? D’aucuns pensent même que les administrateurs provisoires nommés par la COBAC pour reprendre la direction de la micro-finance ont manqué de cran face à ces dérives car tenus en respect par ces mêmes anciens DG et PCA. Résultats des courses, les nouveaux dirigeants ont vu l’hémorragie se produire, sans pouvoir avoir le courage de contester ou même la dénoncer à l’autorité monétaire. Ces personnes, entrainant avec elles d’autres actionnaires et pourvoyeurs de fonds, ont ainsi procédé à des retraits massifs de fonds, principalement à l’agence de Bafoussam et à Douala (Dakar).

D’autres déposants n’ont fait que suivre le mouvement de masse, invoquant la pression de la rentrée scolaire qui se fait chaque année à la même période. C’est du moins ce qui nous a été donné comme explication par un de ces caciques de la micro-finance. Tous ou presque, ont essayé de jouer à la diplomatie avec les médias, pour ne pas révéler les causes profondes du malaise de Comeci. Mais l’on savait de façon générale qu’il s’agissait de retraits massifs de fonds et la dérive spéculative des anciens dirigeants qui ont fait venir de nouveaux actionnaires qui n’avaient pas libéré la totalité de leurs parts alors qu’ils touchaient déjà les dividendes ; l’on accuse également les anciens dirigeants, ceux que la COBAC a déposé, d’avoir accordé des crédits plus qu’il n’en fallait ; certains de ces crédits n’ont pu être recouvrés jusqu’à nos jours, en violation des règles de prudence en matière de gestion des micro-finances.

Et l’on comprend alors aujourd’hui pourquoi pour se renflouer, la micro-finance est amenée à mettre en vente les titres fonciers qui ont été mis en gage pour des crédit à sa clientèle. Des sources internes à l’entreprise indiquent que les anciens dirigeants de la Comeci sont au tribunal avec certains actionnaires et pourvoyeurs de fonds qui se déchirent, et que la Comeci elle-même en tant qu’entité morale n’est pas en reste. Un procès contre ces anciens dirigeants serait imminent. Au finish, la COBAC avait vu juste en sortant le carton jaune en déposant ces personnes qui entrainaient assurément la micro-finance à la dérive. Sauf que comme tout arbitre, soit elle n’a pas vu la faute qui valait le carton rouge afin de préserver les dépôts des petits épargnants, soit la faute ne lui a pas été signalée, et le jeu a continué de se faire, malheureusement dans la clandestinité.