CAMEROUN-DEVOIR DE MÉMOIRE : ERNEST OUANDIÉ DE MAQUISARD À HÉROS NATIONAL

 

Grande figure de la lutte pour l'indépendance du Cameroun Ernest Ouandié est né en 1924 à Badoumla (arrondissement de Bana, région de l'Ouest du Cameroun). Il est mort attaché à un poteau et fusillé le 15 janvier 1971 à Bafoussam en refusant qu’on lui bande les yeux, mourant la tête haute.


Par Christ pharel

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Le 15 janvier 1971, Ernest Ouandié est assassiné à Bafoussam 47 ans. Ernest Ouandié était de ces enfants du Kamerun, trop grands pour une petite époque, qui ont incarné au plus haut point le rêve upéciste du « vivre ensemble », celui de construire l’émancipation de tous, dans le semis de nos différences transcendées.

Du Maquisard au Héros national fusillé.

À Bafoussam, les habitants étaient rassemblés en silence le 15 janvier 1971 peu avant 11h du matin. Pour assister à l’exécution des «rebelles» de l’UPC. Ernest Ouandié arrive, menotté, encadré par la soldatesque locale;  marche droit, la tête haute et souriant, à l’image du militant infatigable qu’il a été, en compagnie de deux de ses compagnons d’infortune. L’atmosphère sur la place est très lourde et imprégnée de tristesse. Il refuse qu’on lui bande les yeux, et attaché au poteau d’exécution non loin des locaux de la police judiciaire, il préfère voir la mort dans les yeux.Face au peloton d’exécution, il sourit toujours, et ses dernières paroles, prononcées haut et fort, resteront gravées dans l’Histoire, et dans la mémoire du peuple camerounais. Il considère qu’être exécuté pour la liberté de son pays est un honneur, et exprime sa certitude qu’après lui, d’autres continueront le combat jusqu’à la victoire. Il se met à chanter. A peine ses mots déposés dans les esprits de ceux qui sont là sur la grande place, le crépitement des armes a retenti. Après la première salve, on entend la voix d’Ernest Ouandié crier «Que vive le Cameroun», et il tombe, criblé de balles, aux côtés de Gabriel Tabeu alias Wambo le Courant, et du jeune Raphaël Fotsing. Un officier européen se détache de l’assistance, s’approche de Ouandié mourant, s’agenouille auprès de lui, met la main à son étui de revolver, se penche en avant et tire à bout portant.

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Un enseignant atypique et de conviction

En tant qu’enseignant, il subira de nombreuses sanctions disciplinaires sous forme d’affectations incessantes en raison de ses convictions politiques. Bien que déstabilisant sur le plan logistique, ces déplacements favoriseront une bonne diffusion de ses idées et de ses certitudes. C’est ainsi qu’il passera par Edéa, Dschang, Douala quartier New-Bell Bamiléké, Doumé, Yoko, Batouri, Bertoua et finalement encore Douala. Dès 1944, parallèlement à son travail d’enseignant à Edéa, il s’engage à l’Union des Syndicats Confédérés du Cameroun, affiliée à la CGT française, au grand désespoir des colons et du gouverneur. Militant dès 1948 au sein de l’Union des Populations du Cameroun (UPC), il en est élu vice-président 4 ans plus tard. Le rythme de ses affectations s’accroît en même que la perception du danger par le colon envers un homme qu’il estime de plus en plus dangereux, et qu’il faut chercher à saper à tout prix. Mais rien ne peut arrêter l’élan d’un homme inséré dans un mouvement dont l’objectif et la détermination inusable, visent la libération du pays de l’emprise coloniale. Ouandié est désormais chargé de l’organisation du mouvement et dirige la Voix du Cameroun au 2ème Congrès de l’UPC à Eséka.

Ses pérégrinations forcées par l’administration coloniale permettront l’implantation de l’UPC dans le Mbam. Ouandié assiste au Congrès Mondial de la Jeunesse Démocratique en Chine, et voyage aussi à Paris et à Moscou. Les efforts de déstabilisation orchestrés par les colons n’entravent en rien la progression d’une vulgarisation des valeurs de l’UPC à travers le Cameroun, au rythme d’une traînée de poudre à canon, et ce malgré les vaines tentatives de l’administration coloniale de garder le contrôle sur les responsables de l’UPC.

Ouandié devient de plus en plus populaire, et va jusqu’à critiquer publiquement la voix de Sedar Senghor appelé à la rescousse par la France pour convaincre les camerounais d’abandonner leur revendication d’indépendance nationale. Ouandié brave tous les interdits et contribue à la marche du destin du Cameroun.

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L’indépendance du Cameroun

Le 1er janvier 1960, le Cameroun devient indépendant, et Ahmadou Ahidjo, garant officiel du néocolonialisme français au Cameroun, est élu Président en mai 1960. Le Cameroun ressemble davantage à un département français d’outremer qu’à une république indépendante et souveraine.Ernest Ouandié prend la direction de l’UPC, et devient l’ennemi public no 1 de l’administration néocoloniale. Revenu clandestinement au Cameroun afin de poursuivre la lutte sur le terrain, il dirige, organise, et forme sans relâche. Les autorités ont voulu la guerre, et désormais ce ne sera plus que par la guerre que l’UPC pourra se faire entendre. Dès 1962, Ouandié monte une école de cadres politiques et construit des centres de soins. Très activement recherché, il échappe à plusieurs trahisons, et se replie dans le Haut-Nkam.

Pendant neuf ans, il résiste de façon très solitaire, peu à peu privé du renfort de ses bases arrières, sans aucun ravitaillement, traqué impitoyablement par une armée néocoloniale assujettie à la France, et qui a juré sa perte. Doté d’un mental sans pareil qui dépasse de loin celui de ses pairs, il est progressivement abandonné et trahi par les siens. Il fini par se rendre lui-même en août 1970 et se laisse arrêter sans opposer de résistance.Torturé et interdit de toute visite de ses avocats pendant six mois, il est jugé par le Tribunal militaire de Yaoundé en décembre 1970, dans ledit «procès de la rébellion». Il écoutera la tête haute le verdict de sa peine capitale.Reposant au cimetière de l’église protestante de Bafoussam, il sera réhabilité en 1991 par l’Assemblée Nationale du Cameroun et proclamé Héros National.

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