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ÉDITO - JE MARCHE DONC JE SUIS : LA FAIM DE MANIFESTER. AFRIK-INFORM

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29 janvier 2019

ÉDITO - JE MARCHE DONC JE SUIS : LA FAIM DE MANIFESTER. AFRIK-INFORM

 

L’accumulation de frustration est le carburant de la révolte. Le Cameroun vient de vivre ce 26 Janvier 2019, un moment  politique dramatique mémorable. Des manifestants du MRC parti d’opposition 2ème à l’élection présidentielle du 7 Octobre ont reçus des balles. En février 2008, dans un discours à la nation, réagissant avec fermeté aux manifestations violentes qui secouèrent la plupart des grandes villes , le président de la République du Cameroun imputait la responsabilité de ces troubles aux « apprentis sorciers ». L’enfant qu’on bat en l’empêchant  de pleurer. Le droit de manifester est un droit fondamental reconnu et protégé par la loi. Dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, Nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses. Les manifestations de rue sont la continuation de la  politique sous d’autres formes. S’inscrivant dans un continuum de modes d’action politique. L’État de droit est mis à mal par des velléités de retour à l’autoritarisme et au despotisme. 

Par Guy Hervé Fongang

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Le Droit de manifester

Au Cameroun, l’opposant politique et l’activiste de la société civile aujourd’hui sont, comme le subversif hier, perçus et, surtout, présentés, non comme ceux qui luttent contre un mode de gouvernement, mais comme ceux qui se dressent contre l’État. En 2010, un rapport de l’ONG International Crisis Group s’était inquiété d’une possible guerre, tant le problème de la succession — un cancer non traité — produisait déjà ses métastases. C’est du côté du Cameroun anglophone que le conflit a éclaté, dans une région lassée des négligences du pouvoir central à son égard puis révoltée par la répression à son encontre. La manifestation est peut être le mode d’action collective le plus emblématique des mouvements sociaux. On ne peut imaginer un mouvement social qu’il s’agisse du mouvement ouvrier, du mouvement des femmes, du mouvement pacifiste, du mouvement des  droits civiques, du  mouvement écologiste, du mouvement altermondialiste, etc. sans immédiatement avoir en tête des images de cortèges, de banderoles et de drapeaux, des échos de slogans et de consignes. Bien que tout cela semble aujourd’hui aller de soi. Selon le sociologue Charles Tilly à tout moment dans l’histoire, le comportement public de la population est conditionné par un répertoire donné d’action collective.

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La manifestation de rue ou la «stratégie de la rue», pour reprendre l’expression d’Olivier Fillieule est, historiquement, le mode d’action privilégié des mouvements  sociaux. Ses  principales caractéristiques en font une alternative ou un complément aux urnes et aux couloirs du pouvoir. Les manifestations de rue ne sont donc que la continuation de la  politique sous d’autres formes. S’inscrivant dans un continuum de modes d’action politique qui inclut la plaidoirie, les pétitions, le boycott, la grève, le vote, adhérer à un parti.

La fin de l’état de droit

L’anthropologue gabonais Joseph Tonda estime que « Le vrai souverain en Afrique centrale,  c’est la mort. Tout s’organise en fonction de cette mort qui a vu disparaître les héros de l’indépendance, Patrice Lumumba ou Ruben Um Nyobè… » Le cas de Mobutu Sese Seko, dont le nom lui-même signifiait « le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne ne puisse l’arrêter ». L’Afrique est devenue un vaste chantier constitutionnel depuis le début des années 1990. L’État de droit est mis à mal dans certains pays par des velléités de retour à l’autoritarisme et au despotisme. Trois aspects emblématiques de l’État de droit sont affectés dans plusieurs pays africains : la séparation des pouvoirs, l’encadrement juridique du pouvoir et le contrôle de constitutionnalité des lois (justice constitutionnelle). La séparation des pouvoirs est solennellement consacrée par toutes les constitutions africaines comme pour conjurer les démons de la confusion des pouvoirs qui avaient caractérisé la période autoritaire des régimes africains. Mais, à l’épreuve des faits, la proclamation de ce principe fondamental de la démocratie libérale a de plus en plus les allures d’une pétition de principe. La séparation des pouvoirs est en effet vidée de son contenu par l’hypertrophie des pouvoirs reconnus par les constitutions au président et par le phénomène majoritaire. En Afrique, le président est la clé de voûte de tout l’édifice constitutionnel. Il assure la direction effective de l’exécutif en même temps qu’il concentre entre ses mains l’essentiel du pouvoir. Pour mémoire, les marches pacifiques constituent une des manifestations de la libre expression des droits et libertés consacrés par la Constitution. Dans les différentes villes du Cameroun le 26 Janvier, les marcheurs n’ont jamais opposé de résistance aux ordres des forces de l’ordre. Le cas échéant, les marcheurs ont entonné les mains levées ou assis à même le sol l’hymne national, rappelant que les camerounais sont tous citoyens.

Le Cameroun et la phobie des manifestations

Monique Koumateke meurt dans de terribles circonstances : décédée le 12 mars 2016, elle est étripée à même le sol par sa belle-sœur qui, faute d’assistance médicale, tentait de « sauver » les jumeaux que la défunte portait, devant la porte close d’une salle de l’hôpital Laquintinie à Douala. En réaction, des acteurs de la société civile, auxquels s’étaient jointes certaines formations de l’opposition, investissent la rue, habillés en noir et munis de mouchoirs blancs, pour dire leur exaspération vis-à-vis de la situation sociale et politique . La protestation est brutalement réprimée par les forces de sécurité. Qu’elles soient organisées par des partis d’opposition ou des acteurs associatifs, des réunions et des manifestations publiques font régulièrement l’objet d’interdictions.

La première manifestation de rue fut la marche de soutien au mandat français, conjointement organisée par la Jeunesse camerounaise française (Jeucafra) et les chefs et notables duala, le dimanche 8 janvier 1939. La constance de ce type de mobilisations indique clairement que la rue apparaît, à la fois, comme un espace disputé et soumis à des procédures de contrôle, lesquelles permettent aux dirigeants de construire un ordre politique légitime. Le texte qui consacre le recours à la manifestation comme une liberté publique, c’est-à-dire comme un droit reconnu et aménagé par les pouvoirs publics, est la loi n° 90/055 du 19 décembre 1990 portant sur le régime des réunions et manifestations publiques.

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Selon la Loi n° 96-06 du 18 Janvier 1996 portant révision de la CONSTITUTION du 02 juin 1972, «Le Peuple camerounais affirme son attachement aux libertés fondamentales inscrites dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la Charte des Nations Unies, la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et toutes les conventions internationales y relatives et dûment ratifiées ». La liberté de manifestation est reconnue par les instruments juridiques internationaux et les constitutions des États comme un des droits fondamentaux de l’homme. Nul n’a besoin d’emprunter la voie du maquis ou d’une autorisation écrite pour exprimer ses opinions ou revendiquer un droit sur les voies publiques bien qu’il faille préalablement informer simplement les autorités administratives par écrit pour leur permettre d’assurer un meilleur encadrement des manifestants. Afin de tuer toutes velléités de contestation,le Président du MRC Maurice Kamto, alors qu'il était à Douala chez Albert DZongang et plusieurs autres cadres du parti ont été embarqué Manu militari à Yaoundé. La goutte d'eau qui risque de déborder le vase.

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