INSTITUT UNIVERSITAIRE DES GRANDES ECOLES DES TROPIQUES

CAMEROUN - EDITORIAL : CRIMES RITUELS AU CAMEROUN, UN SIGNE DES TEMPS ? AFRIK-INFORM

 

Depuis quelques années l’on assiste à une répétition permanente de crimes rituels dans différentes localités du Cameroun. Hier, c’était Mimboman à Yaoundé où pendant de nombreux mois aucun jour ne passait sans que ne soient découverts des corps sans vie mutilés, amputés, torturés.

Par Gaston Kouoh

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Ces derniers jours à Douala au quartier Nkongmondo avec sept corps en morceaux trouvés dans l’arrière-boutique d’un blanchisseur malien, à Dizangué près d’Edéa avec deux corps découpés retrouvés dans une voiture abandonnée, à Yaoundé avec l’assassinat d’une jeune universitaire de 17 ans ou encore à Douala dans le quartier des affaires de Bonanjo où un supposé caissier d’une entreprise d’import-export se fait tirer dessus à la sortie d’une banque pour le magot qu’il transportait. N’oublions pas la multiplication sanglante des braquages à main armée et des accidents de circulation sur les axes routiers impliquant particuliers et sociétés de transport en commun.  Cette liste macabre peut être étendue à l’infini. Au-delà du choc et de la psychose que cela provoque au sein des populations, il convient de s’interroger sur les valeurs qui fondent le socle d’une société digne de ce nom.

D’aucuns notent que la recrudescence de ces actes horribles coïncide très souvent avec les périodes de fin d’années considérées à haut risque vu l’importance de cette période dans les rites des sociétés secrètes. Certains y voient le symbole de la déchéance d’une société où le crime et ses horreurs deviennent une banalité récurrente qui émeut certes, puis on passe à autre chose et la vie continue. Jusqu’à ce que cela nous touche dans la chair. Il faut surtout observer ce phénomène sous l’angle psycho-sociologique d’une nation en proie à des soubresauts où l’homme abandonné à lui-même cherche, crée, invente des voies et des moyens qui ne correspondent qu’à ses seules lois et non celle de la société ou de la république.

A lire...ÉDITO : CAMEROUN –CRISE ANGLOPHONE : JOSEPH PRÉPARE LA VENUE DU SAUVEUR. AFRIK-INFORM

Mais justement, que font donc la République, l’Etat, les pouvoirs publics, la société civile pour que ce phénomène ne se répète pas et même cesse carrément ? Car même si c’est surtout la folie des hommes qui en est la cause fondamentale, cela n’explique en rien que ces crimes ne mène jamais à des conclusions publiques qui permettent à l’ensemble de la société d’en tirer des leçons édifiantes afin qu’elle sache sinon les anticiper, au moins les combattre.  Par exemple, ceux de Mimboman de sinistre mémoire, n’ont jamais été élucidés, ni certains de leurs auteurs retrouvés avec certitude et mis aux arrêts. D’autre part le silence des autorités sur ces phénomènes frise la démission. Les populations se retrouvent abandonnées à elles-mêmes. Pendant ce temps, les tueurs exploitent un vide sécuritaire qui n’en rajoute qu’à un climat général déjà extrêmement tendu. Au risque qu’une étincelle crée l’incendie général.

Dès lors, quelles sont les caractéristiques rattachées à une vie humaine en termes de valeur ? La quantité et la qualité minimale et maximale pour atteindre un certain niveau d’épanouissement individuel et collectif ? Quels sont les devoirs d’attention d’un parent sur son enfant en termes de fréquentations, etc. Des questions à la fois basiques et complexes qui doivent interpeller chaque camerounais et africain au plus profond de son être : Qui est-il ? En quoi croit-il ? Quelle société veut-il pour lui-même, les siens et les autres ? Comment expliquer de façon raisonnée et non émotive cette déchéance individuelle et collective où personne n’est plus le gardien de son frère, alors que notre mission première est celle de la considération de l’autre en tant qu’entité sacrée.

Car si l’importance accordée à une vie est liée de près ou de loin à des intérêts matérialistes plutôt que moraux, alors c’est l’image collective qui en prend un sacré coup en nous ramenant à des temps immémoriaux de la sauvagerie animale. Donc le problème nous concerne tous et toutes, chacun à sa place au quotidien.  Alors, à tous et toutes, en tout temps et tout lieu ouvrons grands nos yeux et nos oreilles, faisons parler notre raison, soyons amour. Pour nous et l’autre. Et disons-nous qu’un être humain ne vaut que par la chaleur et la richesse de la relation partagée avec lui. Et non en tant que valeur marchande ouvrant la voie à toutes les richesses du monde.

0
0
0
s2sdefault