EXCEPTION CULTURELLE : L’AFRIQUE FAIT SON CINEMA

 Ce 23 Juillet, le Cameroun a célébré la 20ème édition des Ecrans noirs. Le festival le plus important d’Afrique centrale qui récompense le cinéma et ses acteurs. En ces temps d’unilatéralisme américain, le cinéma est fréquemment choisi pour montrer la toute puissance américaine. Au Nigeria, Nollywood  génère 590 millions de dollars par an, emploi plus d’un million de personnes. En Afrique du Sud, les revenus tirés du cinéma sont estimés à 5,5 milliards de rands (550 millions USD) L’'exception culturelle, c'est affirmer sa culture face aux pays étrangers. L’Africain se retrouve schizophrène : avec un « moi » africain et à la surface dans ses attitudes quotidiennes un « sur-moi » européen prédominant. D’où le manque d’identité.

  Guy Hervé Fongang

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L’EXIGENCE D’UNE  EXCEPTION CULTURELLE

Né au tournant des années 1960, le cinéma africain demeure fondamentalement dépendant des subventions européennes. La culture africaine n’est pas bien connue ou valorisée, parce qu’on a appris aux Africains à consommer les productions européennes. Car les films occidentaux montrent une réalité pas appropriée à la vie quotidienne en Afrique. Ces films déforment la perception de la réalité africaine. L’enjeu d’aujourd’hui pour les Noirs est une Renaissance Africaine. Le but est d’amener les gens à comprendre que le cinéma est une école du soir comme l’a toujours clamé Sembène Ousmane. Les chaînes de télévisions africaines se nourrissent principalement de séries et de films étrangers. Seules les productions continentales peuvent faire découvrir et connaître la richesse et la variété des identités culturelles et des civilisations africaines, dont les valeurs universelles sont souvent méconnues, voire inconnues de la jeunesse. Les films occidentaux transportent aussi les problèmes sociaux de l’occident, comme la violence, l’individualisme, l’homosexualité, etc.…L’Afrique au contraire représente la philosophie de la solidarité, qui sont des valeurs diffusées ou à être diffusées à travers le cinéma africain. L’exception culturelle  entend simplement faire en sorte que le cinéma africain obtienne des financements. Car ce n’est pas la main invisible du marché qui s’en chargera. Il s’agit de se protéger de l'économie du cinéma hollywoodien en instituant des quotas.  De procurer une aide financière aux films du continent, menacée par la puissance des Majors américaines. Cette politique ne repose pas sur le patriotisme économique mais bien davantage sur le maintien de la culture. À l’exception de l’Afrique du Sud. La production du Maghreb est relativement moins concernée par cette indigence de politique cinématographique : en Tunisie ou au Maroc, l’investissement pour soutenir le cinéma national est plus effectif. En dépit de multiples initiatives et du tropisme de la bonne volonté, la situation actuelle révèle la constance du rapport Nord/Sud.

L’AFRIQUE FAIT SON CINEMA

La pratique à l’organisation des festivals culturels en Afrique est une tendance lourde. L’Afrique du Sud a Festival international du film de Durban depuis 1979. L’Algérie, le festival international du film arabe d'Oran, depuis 1976. Le Bénin, le Festival international de films, de documentaires et de télévision du Bénin. Le Burkina Faso, Festival panafricain du cinéma et de la télévision  d’Ouagadougou depuis 1969. Le Cameroun, Festival Écrans noirs depuis 1997. L’Égypte, Festival international du film du Caire depuis 1976. Le Ghana, le Festival of Films Africa. Le Maroc, le  Festival international du cinéma d'auteur de Rabat depuis 1994. La Mauritanie, la Semaine nationale du film de Nouakchott. Le Nigeria, le Festival international du film d'Abuja. Le Sénégal, le  Festival panafricain du film de Dakar, la Tunisie, les Rencontres cinématographiques de Hergla. La Zambie, Festival international du film de Zambie Shungu Namutitima. L’industrie cinématographique nigériane contribue incontestablement à la création d’emplois dans un pays dont l’économie dépend surtout du pétrole et de l’agriculture. Nollywood est le second plus important marché mondial du cinéma, derrière le Bollywood indien. Avec près de cinquante films tournés chaque semaine, le secteur pèse environ quatre milliards de dollars. Plus d’un million de personnes travaillent dans ce secteur, la plus grande source d’emplois après l’agriculture. Même si ses recettes ne sont pas comparables à celles de ses homologues indien et californien, Nollywood génère 590 millions de dollars par an. Estimant qu’une meilleure gestion de ce secteur permettrait de créer un million d’emplois de plus, la Banque mondiale aide actuellement le gouvernement nigérian à soutenir l’industrie du divertissement et d’autres secteurs. Crée en 1969, le festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) est devenu un évènement incontournable des cinémas africains.