UM NYOBE : LE MATYR DE LA DECOLONISATION DES COLONIES FRANCAISES D’AFRIQUE NOIRE

 Ce 13 Septembre, l’Afrique se souvient de l’assassinat d’un héros abattu le 13 Septembre 1958, car représentant un obstacle majeur à la perpétuation du pacte colonial Ruben Um Nyobe a été le  catalyseur des indépendances en chaine des anciennes colonies françaises d’Afrique noire tout au long de l’année 1960. Il est à l’origine de l’indépendance du Cameroun en 1960. A favorisé celle du  Togo, qui bénéficiait du même statut international que le Cameroun. De même qu’au Sénégal, à la Côte d’Ivoire, au Dahomey (Bénin). Du Tchad, au Gabon, jusqu’au Congo Brazzaville, aussi bien qu’en RCA, etc. Sylvanus Olympio, l’équivalent togolais de Ruben Um Nyobe, a eu le privilège  de diriger son pays, avant d’être assassiné par Etienne Eyadema, devenu plus tard Gnassingbé Eyadema. 

Par Guy Hervé Fongang 

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UM NYOBE pionnier de la décolonisation

Le déclenchement de la guerre de libération nationale dans la nuit du mardi 18 au mercredi 19 décembre 1956 a été l’acte politique le plus courageux, posé Ruben Um Nyobé. Pour obtenir la fin de la colonisation du Cameroun. Le même type de guerre avait abouti à l’indépendance de l’Indochine, de la Tunisie, du Maroc de l’Algérie, des Etats-Unis d’Amérique, de l’Angola, du Zimbabwé, du Mozambique, etc., la guerre qu’avait déclenchée Ruben Um Nyobe a abouti à la proclamation de l’indépendance du Cameroun trois années plus tard, à savoir le 1er janvier 1960. De même, elle a provoqué celle de tous les autres territoires coloniaux français d’Afrique noire et Madagascar, tout au long de l’année 1960. Ruben Um Nyobe  s’est énergiquement opposé au projet d’intégration du Cameroun dans le grand ensemble créé par la constitution française du 27 octobre 1946 qui fonde aussi la Quatrième République. Il s’agissait pour le gouvernement français de passer outre le statut de territoire sous tutelle des Nations Unies dont jouissait le Cameroun, et d’en faire tout un territoire colonial français au même titre que l’étaient la Haute-volta (Burkina Faso), le Sénégal, le Soudan français (Mali), le Dahomey (Bénin), l’Oubangui-Chari (RCA), etc. Dans cette optique, la citoyenneté française avait été accordée aux Camerounais par la loi Lamine Gueye du 7 mai 1946. Léopold Sédar Senghor du Sénégal et Djibo Bakary du Niger, étudiants africains en France, regroupés au sein de la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (Feanf), partageaient la même opinion qu’Um Nyobe. Dénonçant vigoureusement la duperie que constituait la loi-cadre Defferre pour les Africains Le 27 avril 1960, le Togo qui était également un territoire sous tutelle des Nations Unies voit son indépendance enfin proclamée quatre mois après le Cameroun. Puis, en août, c’est au tour du reste des pays membres de la communauté française : Dahomey (Bénin), Sénégal, Côte d’Ivoire, Tchad, Gabon, Congo-Brazzaville, Madagascar, etc.

UM NYOBE : Héros d’exception

Né en 1913 près de Boumnyebel (Sanaga Maritime). et mort assassiné le 13 septembre 1958 dans une forêt de Sanaga Maritime, dans le sud du Cameroun, par une patrouille française qui le traquait depuis des mois il fut abattu comme un animal sauvage. Son corps fut traîné jusqu’au chef-lieu de la région, où il fut exhibé, défiguré, profané. Il participe à la création dans le 10 avril 1948 de l'Union des populations du Cameroun, parti combattant pour l'indépendance. Il s'opposera au pouvoir colonial français et réclamera selon ses termes "une indépendance totale et immédiate" suscitant alors une prise de conscience nationale et provoquant la décolonisation qui allait suivre en 1960. Il se rendra deux fois aux Nations unies grâce aux cotisations de paysans camerounais afin de plaider la cause du Cameroun. Les manuels d'histoire et documents officiels du pays bannissent toute référence à sa personne, alors même qu'il est le seul, en son temps, à avoir réussi à articuler un projet clair d'accès de son pays à l'indépendance. C’est une figure emblématique de la lutte de libération nationale, à l’instar du Congolais Patrice Lumumba. 

Eduqué dans les milieux protestants, il devient fonctionnaire et s’intéresse assez tôt à la politique. Il s’engage à la fin des années 1930 dans la Jeunesse camerounaise française (JEUCAFRA), une organisation mise sur pied par l’administration française pour fédérer les élites contre la propagande nazie, avant de prendre part, à la fin de la seconde guerre mondiale, au Cercle d’études marxistes. D’abord responsable syndical, il est ensuite désigné secrétaire général de l’Union des populations du Cameroun constituée  en avril 1948.avec pour leitmotiv  de ne plus s’opposer à l’hitlérisme comme en 1939, mais au colonialisme tout court. Objectif, articulant intimement progrès social et économique, indépendance pleine et entière, et réunification des Cameroun britannique et français. Raison pour laquelle il devient  secrétaire général de l’UPC. Ruben Um Nyobè,  s’inspire de l’expérience de Hô Chi Minh, en Indochine, qui a abouti à l’indépendance de ce pays. Il le fait sur deux plans : d’une part, sur le plan administratif, d’autre part, sur le plan militaire. Sur le plan militaire, il crée, au cours d’une réunion de responsables  de  l’UPC  tenue  du  2  au  3  décembre  1956,  le Comité National d’Organisation, CNO. Le chef de la force militaire de l’UPC est aussitôt désigné, en la personne d’Isaac Nyobè Pandjok. Sur le plan administratif, Ruben Um Nyobè entreprend de mettre, en place, une véritable administration parallèle à celle des colons au Cameroun. Celle-ci est composée, tout comme l’armée de l’UPC, de trois sections : Eséka, Edéa et Ngambé. Après plusieurs actions entreprises pour la libération du Cameroun, parmi lesquelles un réquisitoire contre la France prononcé devant les Nations unies en 1952 et la contribution à la création d’un parti politique (l’UPC), il entre dans le maquis pour échapper à la répression de l’administration coloniale. Là, il continue ses activités dans la clandestinité il dénonce infatigablement le sort misérable réservé aux « indigènes », les manœuvres des milieux colonialistes, ainsi que la bassesse et la corruption de ceux de ses compatriotes qui préfèrent faire le jeu de l’adversaire plutôt que de s’engager dans la lutte pour la souveraineté nationale et la justice sociale.  Des villages camerounais les plus reculés jusqu’à la tribune des Nations unies, où il est convié à trois reprises entre 1952 et 1954, il explique sans relâche que le droit, aussi bien français qu’international, est dans le camp de l’UPC. La France n’a dès lors aucune légitimité pour s’imposer plus longtemps à une nation qui veut être enfin maîtresse de son destin. » Dès 1945, les soldats qui reviennent victorieux de la 2ème guerre mondiale, réclament l’autonomie de leurs pays. 

Mémoire sélective : Devoir de memoire

En juillet dernier François Hollande, en visite au Cameroun, a évoqué l’ ouverture des archives françaises sur des évènements tragiques de l’histoire du Cameroun. La guerre du Cameroun était noyée entre deux guerres, celle d’Indochine et d’Algérie. La nôtre commence dans la nuit du 18 au 19 décembre 1956, à la veille du scrutin du 23 décembre 1956, élections législatives anticipées. Les français vont en service militaire en Algérie, leur parents se sentent concernés. Tandis qu’au Cameroun, ceux qui combattent sont des militaires de métier qui viennent d’être mis en déroute à Dien Bien Phu en Indochine. Voilà pourquoi la guerre se déroule dans l’ignorance totale. L'UPC revendique l'indépendance et la réunification du pays et devient très populaire dans le sud du pays. Elle s'affilie au Rassemblement Démocratique Africain (RDA) mais refuse le revirement de 1950, Le leader de l'UPC, Ruben Um Nyobé, soutient les demandes du parti devant l'ONU en 1952, et l'Assemblée Générale invite la France à accélérer le processus d'émancipation. Mais l'UPC, considérée comme communiste, devient la cible du Haut-commissaire Roland Pré qui multiplie les arrestations. Le bras de fer avec l'administration débouche sur les émeutes de mai 1955 à Douala ; le gouvernement français interdit l'UPC, qui entre alors dans la clandestinité.