DEMOCRATIE EN AFRIQUE VUE DE L’OCCIDENT : LE DROIT DE LA FORCE

 Un rapport publié le mercredi 14 Septembre 2016 par des parlementaires britanniques relève les postulats erronés qui ont motivé l’intervention militaire menée par le Royaume-Uni  et la France en Libye en 2011. Intervention  ayant conduit à l’assassinat de Mouammar Kadhafi, dont le cadavre a été brandit comme un trophé à l’instar de ceux des nationalistes africains pendant les guerres des indépendances. Un engagement politique précise le même rapport  aurait pu permettre de protéger la population civile, a estimé Crispin Blunt, le président de la Commission. Il ne fallait pas se focaliser exclusivement sur le changement de régime par des moyens militaires. Conséquence : un effondrement politique et économique, une guerre civile et tribale, une crise humanitaire et migratoire, une violation généralisée des droits de l'homme. L’apparition de l'État islamique en Libye. 

Démonstration de force : Mensonge d’Etat

Le plus grand mensonge de l'histoire de l'espionnage, le plus meurtrier aussi sera celui de 2003. Un mensonge qui a servi de prétexte principal à l'invasion de l'Irak par les USA. Dans un discours célèbre, le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, affirmait que  Saddam Hussein a des armes biologiques. Et qu'il a la capacité d'en produire rapidement d'autres en nombre suffisant pour tuer des centaines de milliers de personnes. Le 15 septembre 2011, le président de la République français Nicolas Sarkozy et le premier ministre britannique David Cameron, débarquaient alors à l'aéroport de Benghazi, acclamés par une foule qui les percevaient des libérateurs. L’ancien président Nicolas Sarkozy  est présenté dans le dit rapport comme  acteur principal de cette opération militaire en terre libyenne avec des motivations résumé en cinq points :

Accéder au pétrole libyen ;

Accroître l’influence de la France en Afrique du Nord ;

Servir son propre intérêt politique en France ;

Fournir à l’armée française l’occasion d’asseoir sa position dans le monde ;

Couper court aux ambitions de Kadhafi visant à supplanter la domination de la France sur l’Afrique francophone

In fine, Aucune mention de la protection des civils réprimés par Mouammar Kadhafi, officiellement brandie pour justifier une intervention militaire sur le sol libyen. 

Des interventions aux Relents de néocolonialisme. 

La France est intervenue militairement à près de quarante reprises sur le sol africain dans les cinquante dernières années et une vingtaine de fois entre 1981 et 1995 sous les deux septennats de François Mitterrand. Certaines de ces opérations n’ont duré que quelques jours, d’autres ont donné lieu à des déploiements beaucoup plus longs (opérations Manta et Epervier au Tchad, par exemple). Souvent contestées par les oppositions politiques sur place ou en France, ces interventions sont justifiées par les pouvoirs publics au nom de la protection des populations civiles et de l’application d’accords bilatéraux de défense ou de coopération militaire. La plupart de ces accords ont été signés peu après les indépendances des années 1960, mais d’autres l’ont été ultérieurement (accord de coopération militaire technique avec le Mali et la Guinée en 1985, la Mauritanie en 1986). Après l’opération Turquoise au Zaïre et au Rwanda en 1994, la France privilégie plutôt des actions de soutien aux forces africaines (notamment dans le cadre du programme de Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix –RECAMP- mis en place à partir de 1997) ou la participation à des déploiements multinationaux. Signalons tout de même que les interventions européennes en Afrique sont empreintes de l’idée d’un assujettissement colonial, bien qu’elles soient liées à la lutte générale contre le terrorisme (cf. les attentats au Kenya, Nigéria...). La légitimité des interventions européennes sur le continent africain demeure une question complexe  bien qu’elles se fassent au nom de la paix, et qu’elles soient régies par des demandes officielles de gouvernements légitimes (tel était le cas du Mali qui avait besoin d’aide extérieure afin de lutter contre AQMI). 

 Par  Guy Hervé Fongang