PEINE DE MORT EN AFRIQUE : SOLUTION EVENTUELLE CONTRE LE TERRORISME ET LA CRIMINALITÉ

 

Ce 10 octobre 2016 le monde a célébré  la 14ème Journée mondiale contre la peine de mort. Plus des deux tiers des pays du monde ont aboli la peine de mort en droit ou en pratique. Cette année, la Coalition mondiale contre la peine de mort a choisi d'attirer l'attention sur l’application de la peine de mort pour des infractions liées au terrorisme, afin d'en réduire son utilisation. 104 États ont aboli la peine de mort pour tous les crimes, 6 l’ont aboli pour les crimes de droit commun, et 31 respectent un moratoire sur les exécutions, soit 141 États au total. En revanche, la peine de mort est toujours appliquée dans 58 États et territoires.

Guy Hervé FONGANG  

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LA FRAYEUR DES CHIFFRES

En 2015, 25 États ont procédé à des exécutions, soit trois de plus qu’en 2014. Le dernier rapport d’Amnesty International recense 1634 exécutions en 2015, contre 607 en 2014 (soit une hausse de plus de 50%) et 778 en 2013. Le nombre de condamnations à mort (1998) est en revanche en baisse par rapport à 2014 (nombre record de 2466 condamnations). 89% des exécutions recensées en 2015 ont eu lieu en Arabie Saoudite, en Iran et au Pakistan. C’est en Chine qu’ont été exécutés le plus grand nombre de prisonniers. D’après Amnesty 20 292 détenus étaient sous le coup d’une sentence capitale à la fin de 2015.Avec come méthodes d’exécution utilisées : La décapitation, la pendaison, le peloton et l’injection létale. En Afrique Subsaharienne il y’a une nette évolution à la peine de mort Le Congo (République du) et Madagascar ont aboli complètement la peine capitale, tandis que le nombre de condamnations à mort prononcées a fortement baissé, passant de 909 en 2014 à 443 en 2015. Cette baisse s’expliquait essentiellement par une diminution au Nigeria. Le Tchad a repris les exécutions alors que le pays n’avait mis à mort personne depuis plus de 12 ans : 10 membres présumés de Boko Haram ont été passés par les armes en août.

 

Hantise du terrorisme et respect des droits de l’homme

Les partisans de la peine de mort mettent en avant l’effet dissuasif de la sentence capitale. Du fait d’une criminalité de plus de plus galopante d’où la mise à mort des coupables ce qui freinerait d’éventuels velléités. Raison qui a d’ailleurs été prise par les dirigeants des Philippines pour justifier le rétablissement en décembre 1999 de la peine de mort. Aux USA, une grande partie de l’opinion publique est favorable à la peine de mort. Le phénomène est si poussé que les hommes politique ne peuvent pas s’opposer publiquement à la peine de mort. Certains Etats ont recours à la peine de mort pour tenter d’endiguer la criminalité, le terrorisme et l’instabilité intérieure. Au Nigeria, le nombre de condamnations à mort va crescendo. Passant de 141 au moins en 2013 à 659 en 2014. Des tribunaux militaires l’ont infligée à 70 soldats pour conspiration en vue d’une mutinerie dans le contexte du conflit armé avec Boko Haram.

Plusieurs pays pratiquent la peine de mort pour lutter contre la criminalité. Le Pakistan, a levé le moratoire sur les exécutions de civils en vigueur depuis six ans, à la suite de l’attaque lancée par les talibans contre une école à Peshawar en décembre 2014. À la fin de l’année, sept personnes ont été exécutées en moins de deux semaines. Le gouvernement s’est également engagé à exécuter des centaines de condamnés à mort ayant été déclarés coupables d’infractions liées au terrorisme. La Chine, l’Iran et l’Irak figurent parmi les pays ayant procédé à des exécutions pour « terrorisme ». Au Niger,  l’initiative d’ancrer l’abolition de fait dans le droit n’a pas passé l’obstacle de l’Assemblée. Au Burkina Faso, en décembre 1988 sept militaires ont été fusillés après avoir été condamnés à mort la veille par le tribunal révolutionnaire pour avoir tué un officier de l’armée et sa femme. Même chose en RD Congo, quinze personnes ont été secrètement passées par les armes en janvier 2003, selon Amnesty International.

L’exemple du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, du Bénin ou encore du Gabon n’a globalement pas encore été suivi. Les Béninois ont aboli la peine de mort en 2012, alors que la dernière exécution – deux condamnés pour meurtre rituel -, datait du 23 septembre 1987. Au Gabon, un officier avait été exécuté en août 1985 pour complot visant à renverser le gouvernement et le pays votera l’abolition en 2010.