ÉDITO : FEMME AFRICAINE, SOIS BELLE ET TAIS TOI

La femme disait Simone de Beauvoir n’est victime d’aucune mystérieuse fatalité. Ses ovaires ne la condamnent pas à vivre éternellement à genoux. Son émancipation sous d’autres cieux, est appréciée de manière positive, mais très négativement en Afrique. Au cours d’une interview accordée à la BBC il y’a quelques jours, Aisha Buhari, l’épouse du président du Nigeria a décidé de ne pas soutenir son mari lors des présidentielles de 2019. Mieux, elle menace de demander qu’aucune femme ne vote pour lui. Interpellé l le Président nigérian a rappelé que sa place est à la cuisine.

Guy Hervé FONGANG

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Femme Africaine entre militantisme et Engagement… Madame la Juge Lucy Asuagbor, Rapporteur spéciale sur les droits de la femme en Afrique au nom de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, indiquait déjà que le thème choisi pour la célébration de la journée internationale de la femme était à dessein. «Engagement en faveur de la parité», s’inscrivant en droite ligne avec le thème des Nations Unies (NU) « Planète 50-50 d’ici 2030 : franchissons le pas pour l’égalité des sexes ». La récurrence du thème de la « parité » et la décision prise cette année, par l’UA, d’accorder une attention particulière aux droits de la femme africaine, confirme la nécessité de combler le fossé entre les sexes, étant donné que l’égalité des sexes couvre l’exercice et la réalisation des droits humains de la femme, et équivaut à la réalisation de tous les autres droits conférés à la femme.

Cette année 2016, trois pays de l’Afrique de l’Ouest on vu des femmes se voir confier les rênes des ministères de l’Économie de leur nation respective. Rosine Sori-Coulibaly au Burkina Faso, Malado Kaba en Guinée et Nialé Kaba en Côte d’Ivoire. Le Nigeria, première économie du continent, avait déjà montré la voie en 2003, puis de 2011 à 2015, avec la nomination de Ngozi Okonjo-Iweala que beaucoup considèrent comme l’une des plus brillantes ministres que le pays ait connu. Lui a succédé Nenadi Usman (2006-2007) et plus récemment Kemi Adeosun. L’implication politique des femmes en Afrique, ou plutôt la participation des femmes au processus politique est très inégale, selon les pays. Selon l’Union interparlementaire, au 1er novembre 2015, parmi les 20 pays comportant le plus de femmes au sein de leur parlement, 7 sont des pays africains : Rwanda Sénégal, Afrique du Sud, Namibie, Mozambique, Éthiopie et Angola Le premier pays de ce classement est le Rwanda, avec 63.8% de femmes. D’autres pays sont bien moins classés : ainsi au Bénin et au Nigéria, les femmes au parlement représentent respectivement 7,2% et 5,6%. Fort heureusement, Il existe de nombreux textes à portée générale qui consacrent les droits de la femme (le préambule de la charte des Nations Unies, la déclaration Universelle des droits de l’Homme …). Malgré cette consécration formelle, force est de constater que la référence aux droits des femmes dans les faits n’est pas toujours autonome.

La reconnaissance des droits des femmes se fait en comparaison aux droits de l’homme, Ce qui la place très souvent à son ombre. Une traduction juridique d’une telle affirmation placerait la femme en qualité de chose et l’homme en qualité de propriétaire pouvant jouir de son droit de propriété de manière absolue. Cette représentation à relativiser se vérifie encore aujourd’hui dans nos sociétés notamment sur le terrain du mariage. La femme bien que consciente de ses droits n’est pas en mesure d’en revendiquer la jouissance ni dans le cercle du mariage, pis encore au sein des institutions civiles et politiques dans nos sociétés africaines. Celles qui ont le courage de s’en prévaloir sont tout de suite taxées de féministes, d’émancipées, d’orgueilleuses, d’utopistes (...). L’émancipation qui sous d’autres cieux, tel qu’en occident pourrait se traduire comme un développement positif de la femme sur le plan psychologique, comme la capacité à s’assumer et accepter sa condition indépendamment de l’homme est apprécié de manière négative en Afrique. Cette évolution mentale de la femme est souvent prise en Afrique comme la violation des sacro-saints principes tirés de la religion ou de la coutume. Des formules du type « c’est l’homme qui porte le pantalon dans le foyer » (proverbe bantou signifiant que l’homme est le chef de la famille) sont souvent rabâchées à la femme mariée. Plus criardes sont des traditions légitimant le viol dans le mariage. Il est reporté à la femme qu’elle n’a pas le droit de repousser les avances sexuelles de son mari. Le non de la femme est quasi- inexistant. D’ailleurs on pourrait presque affirmer que le viol dans le mariage n’est pas juridiquement condamnable.