EDITO : MUGABE, LA FIN DE L’ETAT DE GRACE.

 

Grace Mugabe, la fleur du mâle âgée de 52 ans a réussi à obtenir le soutien des principaux membres du parti. Se positionnant comme la remplaçante de son mari. Robert Mugabe lui avait promis de présider aux destinées du Zimbabwe jusqu'à 100 ans. Mais, c’est à93 ans que la carrière de l'indéboulonnable Robert Mugabe surnommé affectueusement « Comrade Bob » s'arrête. Le pouvoir ne sera pas donc pas sexuellement transmissible.

 

 Par Guy Hervé Fongang

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La fleur du mâle

Grace Mugabe, âgée de 52 ans, a obtenu qu'il limoge le 6 novembre Emmerson Mnangagwa avec lequel elle était en guerre ouverte de la vice-présidence. La Première dame ne cachait plus ses ambitions revendiquant même de prendre la suite de son époux au plus vite. L'armée, en particulier le chef d'État-major, le général Constantino Chiwenga, a pris fait et cause pour Mnangagwa, rompant avec 37 années de fidélité à Mugabe. La première dame a toujours exercé une grande influence dans la vie politique de son pays. Avec un rôle de premier plan joué au sein du Zanu-PF, le parti au pouvoir, en tant que chef de la ligue féminine, elle a contribué à l’éviction de plusieurs successeurs potentiels de son mari à la présidence.Son principal rival, le vice-président Emmerson Mnangagwa, a été accusé de déloyauté et limogé au début de novembre 2017.

La liaison de Grace et de Robert Mugabe, 41 ans son aîné, date de ses années d’employée en qualité de secrétaire dactylo à la présidence. A l’époque, M. Mugabe était toujours marié à sa première femme, Sally. En 1996, Grace devient la femme du président, son deuxième mari. Le couple a trois enfants : Bona, Robert et Chatunga.
Elle est surnommée « Gucci Grace » par ses critiques qui l’accusent de dépenser avec extravagance. En 2014, elle est portée à la tête de la ligue féminine du Zanu-PF, puis est nommée vice-présidente en décembre dernier.

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Mugabe, le self made man

Famille modeste, père volage, mère attentionnée, l’enfant a été façonné par le rapport blessant et humiliant des Blancs avec les Noirs. À 17 ans, il se rend en Afrique du Sud pour poursuivre ses études à l’université de Fort Hare qui accepte les étudiants noirs. Il se balade dans la région, collectionne les diplômes, enseigne trois ans à Accra au Ghana, la première colonie d’Afrique ayant accédé à l’indépendance. À son retour en Rhodésie, il s’engage ouvertement dans la lutte pour l’indépendance.

Marxiste maoïste, il rejoint Joshua Nkomo, figure du combat anticolonialiste. Robert Mugabe participe, alors, à la fondation du Zimbabwe african national union (Zanu). Arrêté, il est condamné à dix ans de prison. En cellule, il croise d’autres combattants dont un jeune d’une quinzaine d’années son cadet, Emmerson Mnangagwa. Une relation filiale se tisse entre les deux hommes. Ils ne vont plus se quitter jusqu’à leur rupture, mi-novembre.

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Héros de l’indépendance

En 1987, il accède à la présidence et, sept ans plus tard, il sera même anobli par la reine Elizabeth. Après un référendum constitutionnel perdu en 2000, le chef de l'Etat procède à l'expropriation sans indemnisation de 4.000 exploitants agricoles blancs, provoquant une grave crise alimentaire dans ce pays jadis grenier à blé de l'Afrique australe.

Les Blancs de la Rhodésie du Sud proclament unilatéralement l’indépendance de la colonie en 1965, sous le nom de Rhodésie. Libéré en 1974, il rejoint la lutte armée.Entre 1972 et 1989, elle fait 27 000 morts. En 1980, l’indépendance est acquise, la Rhodésie est baptisée Zimbabwe. Robert Mugabe est nommé premier ministre. Joshua Nkomo, ministre de l’intérieur.Au pouvoir, le héros de l’indépendance tend la main aux Blancs. Il leur permet de garder leurs terres et leurs fermes.

Fils d'un charpentier, Robert Mugabe voit le jour en 1924 à Kutama en Rhodésie du Sud, un territoire qui doit son nom à Cecil Rhodes, héros de l'impérialisme britannique du XIXe siècle en Afrique australe.

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Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle les soldats asiatiques et africains ont joué un rôle de premier plan, la tutelle coloniale est vivement contestée en Rhodésie du Sud. Aussi le jeune Robert Mugabe, qui a étudié au Royaume Uni et en Afrique du Sud, devient-il l'un des principaux acteurs de la lutte pour l'indépendance.

Nourri des thèses marxistes en vogue dans les pays du tiers-monde, il participe à la guerre de libération contre le pouvoir de Ian Smith,chef de fil de la minorité blanche qui a proclamé unilatéralement l'indépendance de la colonie en 1965. Ce qui vaut à Mugabe d'être jeté en prison pendant 10 ans.

Il faudra 15 ans à la guérilla nationaliste du Z.A.N.U pour arracher l'indépendance. Libéré en 1975, Robert Mugabe y contribue largement et deviendra l'une des icônes de la lutte anticoloniale. De quoi lui ouvrir un boulevard politique.En 1980, le pays est officiellement rebaptisé Zimbabwe et les statues de Cecil Rhodes déboulonnées. Après la victoire éclatante de son parti lors des premières élections du pays, Robert Mugabe s'installe logiquement au poste de Premier ministre.

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