ALBERT DZONGANG " Une belle femme ne peut pas interdire aux hommes de lui faire la cour..."

Q1 : La presse a annoncé, tambour battant, l’imminence de votre retour au sein du RDPC. Des mois se sont écoulés sans qu’aucune information ne filtre. Que se passe-t-il avec vos amis du RDPC ?

J’ai appris moi aussi par la presse que je retournais au RDPC. Cette annonce ne pouvais pas, en soi, être classée parmi mille autres informations ’’puisées à bonne source’’ selon ces mêmes journaux, et qui s’avèrent par la suite n’être que du pipeau. Deux journaux m’ont même consacré l’essentiel de leur contenu pendant des semaines. Certains directeurs de publication ont écumé les plateaux de télévision pour exprimer toute leur haine pour ma modeste personne.
Je suis brusquement devenu un traître qui quitte l’opposition pour la mangeoire. Je dis brusquement, parce que cs journaux, dont l’un est à Bafoussam et l’autre à Douala, sont ceux qui, de tous temps depuis mon départ du RDPC en 1996, n’ont eu de cesse de crier que j’étais une taupe dans l’opposition, ou encore que je n’avais ni militant, ni sympathisant. A cette occasion, ils se sont pourtant demandé ce que je faisais de tous ceux qui avaient cru en moi, de mes militants. Quelle contradiction !
Je ne suis pas de ceux qui, en plus de la barrière ethnique que certains veulent imposer aux Cameroun, créent des barrières d’opinions politiques. J’ai fait toutes mes classes au RDPC, comme militant, puis comme cadre. Il est doc normal que j’y compte des amis, parmi lesquels les plus insoupçonnés. Je n’ai pas été chassée du RDPSC, bien au contraire : je suis le tout premier qui le quitte en étant député et membre du Comité central. C’est un acte courageux qu’il ne faut pas confondre avec le cas de ces ministres qui démissionnent à la veille d’un remaniement. J’étais un cadre respecté, écouté et aimé par la base. Mes amis au RDPC, les vrais, restent toujours mes amis, malgré nos divergences de vues et nos différentes conceptions de la gestion du pays.

Q2 : Selon vous, existe-t-il des militants ou des responsables du parti au pouvoir qui craindraient votre retour à cette chapelle politique ?


Et comment ! Quand on a joué le rôle qui a été le mien dans ce parti, avec toute l’influence que j’avais, il faut dire que mon départ a été, pour beaucoup, un véritable soulagement. J’en veux pour preuve l’attitude de Monsieur Fabien Monkam, conseillé du secrétaire général du RDPC à l’époque, qui, en recevant ma lettre de démission, s’est exclamé « Amen ! », après avoir fait un signe de croix. Il exprimait ainsi le soulagement du staff du parti, de se voir débarrassé de ma personne. Comme les Bamilékés étaient, selon le Colonel Lamberton, un caillou dans la chaussure du Cameroun, on peut supposer que j’étais donc un caillou dans la chaussure du RDPC ! Ces mêmes personnes doivent avoir des cauchemars à l’idée de mon éventuel retour au sein de ce parti.
En manifestant dans sa lettre au Président de son parti, son opposition à mon retour au RDPC – retour qui n’était pourtant qu’hypothétique !- le Professeur Agbor Tabi n’a donc fait que traduire dans sa note ce que d’autres caciques pensent tout bas. Au demeurant, des sources bien introduites ont fait état de réunions tribales et ésotériques qui se sont tenues pour contrer ce retour imaginaire.
Il semblerait même que certains hommes d’affaires n’aient pas été en reste, se souvenant sans doute des dénonciations que je faisais lorsque nos étions ensemble au RDPC, en les voyant flirter nuitamment avec l’opposition. La peur de me voir revenir et leur rappeler leur passé les hante sûrement.


Q3 : Pourquoi cette annonce a-t-elle fait couler tant d’encre et de salive, alimenté tant de controverses dans les officines et débouché sur tant de gorges chaudes à la présidence de la république?

Il est évident que les remous provoqués par cette rumeur, ont largement débordé le seul cadre du RDPC, se répandant aussi bien au sein de l’opposition politique que dans les milieux de la presse. Des membres de l’opposition politique, et non des moindres, n’ont pas été absents de ce concert national anti-Dzongang. Et le plus surprenant de tous ne fut personne d’autre que le grand frère John Fru Ndi, pour lequel j’ai beaucoup de respect. Il m’a, à cette occasion, qualifié de ’’pas sérieux’’, sans prendre la peine de me demander si la rumeur était fondée. Lui, qui peut recevoir au congrès du SDF, une délégation du RDPC, invité en tant que ’’parti ami’’ ; lui qui peut entrer à la présidence de la république dans son vieux véhicule et en ressortir dans un autre tout neuf, et j’en passe, me refuse le droit de parler avec quelqu’un du même RDPC !
S’il n’a pas la mémoire courte, John Fru Ndi doit pourtant se souvenir de moi, tant comme interlocuteur quand j’étais au RDPC, que comme fidèle, lorsque j’ai rejoint l’opposition. Je ne peux pas dénombrer les inimitiés que me suis-je faites dans l’opposition à cause de ma proximité avec lui. Si, comme Monsieur Fru Ndi, je recevais des visites régulières du Directeur du cabinet civil de la présidence de la république, je ne sais pas de quels noms d’oiseaux il m’aurait traité ! Au plus fort de la cabale contre moi, je l’ai appelé au téléphone, en espérant qu’il me poserait enfin quelques questions. A ma grande désolation, notre conversation s’est limitée à des généralités, comme si de rien n’était. J’en conclus que sa religion était faite. Je n’en pense pas moins des autres leaders de partis d’opposition, puisqu’aucun d’eux n’a pris contact avec moi pour savoir de quoi retournait cette rumeur tendancieuse.
Je vous avoue de même que j’ai découvert, en regardant la télévision, que je n’avais pas que des amis dans la presse camerounaise, à laquelle mon soutien constant est pourtant connu, comme vous-mêmes pouvez en témoigner. Certains de vos confrères ont ainsi prétendu que nous étions amis, au point de nous téléphoner au moins trois fois par jour depuis des années, alors que je ne sais même pas où ils habitent. M’interrogeant sur leur acharnement, il m’est revenu que le plus virulent et le plus actif d’entre eux aurait été payé par une élite de la région de l’Ouest pour me descendre.
A celui-là, qui clame par ailleurs à tous vents sa ’’bamilékéité’’ comme pour témoigner d’une objectivité pourtant mensongère, je voudrais rappeler que chez ces gens-là, quand on porte un chapeau, on ne le montre pas du doigt, sauf si on craint que les autres ne le remarquent pas. Dans son cas spécifique, ni son physique, ni ses attitudes, ni même son caractère belliqueux ne font de lui, a priori, un modèle caractéristique de ladite communauté. Il devrait également comprendre que, quand il y a des secrets à garder, les bi-ethniques, et même les bi-villageois sont craints dans cette communauté, parce qu’on pense toujours que, le moment venu, il peut vendre la mèche auprès de ses oncles… Encore, faut-il rappeler que, dans ces cas-là, c’est la parenté par la mère qui est sûre, elle seule connaissant le vrai géniteur de son enfant. Par ailleurs, j’aimerais bien qu’il me dise à quel moment les Bamilékés ont fait de moi leur porte-flambeau, au point qu’il se permette de me traiter de traître à leur cause.
Je peux, au contraire, lui rappeler une anecdote : à l’occasion des obsèques de mon tuteur Papa Tchobé Joseph, des élites politiques ou économiques bamiléké, se réclamant du RDPC, ont exigé et obtenu que je sois chassé manu militari du lieu de la cérémonie, par peur que je ne dise du mal de leur parti, alors qu’initialement, c’est moi qui étais chargé de prononcer son éloge funèbre. Inutile de préciser que le lendemain, à l’occasion des funérailles que j’ai personnellement dirigées, ces élites avaient toutes disparu. Cette tentative de marginalisation au sein même de ma propre famille n’est pas un indicateur que je sois le porte-parole désigné de la communauté bamiléké!
Pour revenir à votre question, les controverses dont vous parlez dans les officines ne sont pas surprenantes, s’agissant de ma personne, déjà qualifiée par beaucoup d’’’homme politique à la démarche atypique’’. Des gorges chaudes à la présidence de la république, c’est dans la logique de ceux qui ont coutume d’intriguer pour faire et défaire le sort des Camerounais dans des décisions assumées par le chef de l’Etat.

 Q4 –Si nous comprenons bien, vous n’avez donc pas l’intention de revenir au RDPC après ce rapprochement manqué…

C’est vous qui parlez d’un rapprochement manqué. Une belle femme ne peut pas interdire aux hommes de lui faire la cour. Pour autant, cela ne fait pas d’elle une prostituée ! Comme je le dis souvent en d’autres termes, Albert Dzongang est une valeur, et partout où on aura besoin de valeurs pour la construction de ce pays, j’y serai sans états d’âmes. Je tiens cependant à affirmer deux choses :
- La première, c’est que je ne suis pas demandeur, et que je ne l’ai jamais été. Et je défie quiconque de prouver le contraire ;
- La deuxième, c’est qu’en tout état de cause, je ne peux pas sortir par la grande porte et revenir par la fenêtre.

Q5: Il y avait donc bien anguille sous roche, et ce n’était pas vous le demandeur, mais le RDPC. Que répondez-vous donc à ceux qui disent qu’il n’y a pas de fumée sans feu ?

Ce qui a été dit, écrit et raconté, a permis de voir à quel point le cas Dzongang intéresse tout le monde. Les uns, pour le haïr et le combattre, les autres pour admirer son courage, et une dernière catégorie pour l’aimer et le défendre. C’est ça la vraie popularité, celle sui ne laisse personne indifférent. Pour un homme politique, c’est merveilleux que l’on parle de lui, que ce soit en bien ou en mal. Bref, que l’on s’intéresse à lui.
Pour s’en tenir aux faits tels que je les connais, tout est parti d’un courrier que Le ministre Jean Nkuete, secrétaire général du RDPC, ancien vice-premier ministre, ancien secrétaire général à la présidence de la république, a envoyée à son patron, le président national de son parti, à la suite d’un des nombreux entretiens que j’ai eus avec lui depuis mon départ de ce parti. Au cours de ces entretiens cet aîné n’a eu de cesse d’essayer de me convaincre de ce que mon action et mon engagement étaient nuls, dans l’opposition, et que j’étais pourtant une voix écoutée et qui compte dans le sérail.
L’entretien qui a suscité la note du secrétaire général, a porté sur la sur ma déclaration à la télévision, selon laquelle ’’il valait mieux retourner au parti unique que de continuer à tromper le peuple avec un multipartisme de façade, avec une démocratie en trompe-l’œil ». J’ajoutais que ’’l’opposition ou ce qui en tient lieu est divisée et aux ordres du pouvoir qu’elle prétend combattre, et qu’elle sert de cache-sexe au pouvoir et de garantie de respectabilité pour le régime aux yeux de l’opinion internationale’’. Je m’étais livré à ce jugement sans complaisance après mes tentatives de regroupement de l’opposition tant avec le G7 qu’avec le SDF, qui s’étaient soldées par un échec cuisant, chaque leaders se voyant seul en face du RDPC au mépris des autres. Dans ces circonstances où les compromissions n’étaient plus secrètes, le peuple était le dindon de la farce. J’ai donc dit, au cours de cet échange avec M. le secrétaire général du Comité central du RDPC, que mon rêve était de servir mon pays et de concourir aux mieux-être de mes concitoyens.
Je réitère ici pour vous, pour l’opposition et pour le peuple camerounais, que partout où je pourrai contribuer à la promotion d’un Cameroun prospère pour tous et avec tous, dans l’unité de tous ses enfants, je me tenais prêt à jouer tout rôle qui me reviendrait.
Sur la possibilité d’un éventuel retour au RDPC, la question de mon indépendance d’esprit et de ma liberté de manœuvre a été posée. Je comprends pourquoi le secrétaire général du Comité central du RDPC a cru bon de se référer à son patron avec des arguments qui sont siens.
Monsieur Jean Nkuete est un aîné que je respecte et avec qui j’échange chaque fois que l’occasion se présente.

Q6 : L’actualité au Cameroun est marquée par une valse d’appels invitant le président de la république à se porter candidat à la prochaine élection présidentielle que beaucoup veulent voir anticipée. Il y en même qui demandent une modification de la Constitution pour permettre l’anticipation du scrutin. Quelle lecture en faites-vous ?

Quand on regarde le point de départ de cette succession d’appels, ainsi que ses tout premiers auteurs, on ne peut qu’admirer le courage de ces derniers, pour avoir, dans un élan de soutien familial, demandé à leur frère à qui ils doivent tout, de faire un effort pour rester et continuer à leur garantir la pérennité de leurs intérêts. C’est de bonne guerre ! D’autant que cela s’est produit au cours d’une cérémonie de remerciements pour la nomination d’une des leurs au poste de Ministre des P&T. Ils ont voulu dire à leur champion : ‘’Papa, ne pars pas afin de continuer à nommer les nôtres !’’ Quand dans ce groupe, les Camerounais ont vu la
silhouette du Directeur du cabinet civil de la présidence, un fidèle d’entre les fidèles, et surtout, du Bulu le plus pondéré et le plus aimé des Camerounais, le ministre Louis-Paul Motaze, souvent présenté comme le dauphin, beaucoup ont tôt fait de se dire que c’était du sérieux. Et les opportunistes on saisi la balle au bond, pour en faire autant, soit en tant que département, soit en tant que groupe divers, soit même à titre individuel, chacun voulant être parmi les premiers et se positionner, au cas où.
Si de telles démarches ont eu lieu dans certains pays, c’était pour faire sauter le verrou de la limitation des mandats, ce qui n’est plus le cas au Cameroun. Rien n’empêche, en effet, le Président Paul Biya de se présenter aux prochaines élections, sauf à croire qu’il aurait fait à certains, des confidences, du fait de leur proximité
Le plus grand appel adressé au président Paul Biya pour demeurer aux affaires est l’attitude de l’opposition camerounaise, dont les attitudes stratégique et tactiques sont un chef-d’œuvre de complicité avec le pouvoir en place.
L’appel des frères est devenu l’appel du parti, puis l’appel du ’’peuple’’, au gré des réunions, chacun rivalisant de talent pour trouver des formules choc propres à le mettre en valeur. Certains ont proposé une révision de la Constitution, pour permettre l’anticipation de l’élection, pressés d’entrer en campagne, probablement par peur de ne plus être en poste si elle devait se tenir à la date prévue.
C’est ainsi qu’on a enregistré quelques couacs, notamment dans le Littoral, où le ministre Laurent Esso a dû revoir la copie de son frère Thomas Tobbo Eyoum, lequel avait cru bon de se mettre en première ligne dans l’appel du peuple Sawa.
Le plus amusant, c’est cette réunion monstre à l’Ouest, où les gens se sont comportés comme s’il s’agissait déjà de l’élection elle-même, dans l’espoir d’impressionner le chef de l’Etat qui, pourtant, en a déjà vu d’autres avec eux. Et pourtant, les ressortissants de cette région ne rattraperont plus jamais la perche que le Président de la république leur avait tendue en son temps en déclarant que le Cameroun se ferait avec l’Ouest ou ne se ferait pas, et qu’ils alors ont dédaignée par leur vote, après avoir, comme aujourd’hui, mobilisé et envoyé au chef de l’Etat, une délégation composée d’hommes d’affaires et de chefs traditionnels pour l’inviter à se présenter.
On sait, de puis lors, la place qu’occupe l’Ouest sur l’échiquier politique et administratif du régime e place.
A quoi sert-il donc d’imposer que des hommes d’affaires de cette région transportent par charters entiers des villageois habillés aux couleurs du RDPC, payés et nourris sur le lieu d’un meeting pour faire foule devant les caméras instrumentalisées pour l’occasion ? D’autant que la plupart des fonctionnaires, véritables militants de la 25ème heure, qui s’y seront exhibés à toutes fins utiles, n’auront aucune emprise sur les électeurs au moment du vote. A l’inverse de ces derniers on peut noter le mérite de quelques fidèles de tous les temps, comme le Sultan Mbombo Njoya, qui a tout mis en jeu, y compris son honneur royal, pour que son royaume reste dans le giron du RDPC. Ou encore du père Niat Njifenji Marcel qui, accompagné de ses fidèles Djomatchoua Justin et Ngambo Pierre Vincent, a toujours mouillé le maillot pendant les moments les plus difficiles pour ce parti, prêchant dans le désert parmi les Bamilékés. Dans le même registre, je ne saurais oublier ceux qui ont été avec moi durant les périodes chaudes ou militer au RDPC à l’Ouest était un danger mortel. Je veux parler de M. Victor Fotso, Mme la ministre Madeleine Tchuente, et de M. Emmanuel Nzete, sans oublier qeux qui, actuellement, sur le terrain, constituent le véritable soutien dans leur département, comme le MM., Sylvestre Ngouchingue dans la Mifi, et Fogang Bernard dans les Hauts-Plateaux. Comment peut-on parler d’une mobilisation au nom du RDPC en oubliant les responsables qui militent à la base de ce parti ? Comment peut-on charger un fonctionnaire, eût-il rang de vice-ministre, de mobiliser à l’Ouest, alors qu’après son départ au bout de quelques heures, ceux qu’il aura tout le temps méprisés, se retrouveront seuls pour continuer à faire vivre le parti ?

Q7 : Que faut-il faire pour que les partis d’opposition dament le pion au RDPC au cours d’une élection comme la présidentielle?

En l’état actuel des choses, je le redis, quel que soit le candidat du RDPC, il est assurée de gagner, avec le concours d’Elecam, de l’administration, des fonctionnaires, des hommes d’affaires, des forces de l’ordre et, surtout, du Code électoral, qui prévoit, notamment, un scrutin à un tour.
L’opposition ne peut pas changer les choses avec des slogans et des monologues des ‘’opposants’’.
Il faut également se poser la question : damer le pion au RDPC pour ensuite faire quoi, sans offre politique alternative. Pour contrer Elecam, c’est au moins 15 millions d’électeurs qu’il faut faire inscrire sur les listes électorales, et non pas seulement 3 millions comme c’est le cas actuellement. Les partis politiques d’opposition doivent donc apprendre à se mettre ensemble pour organiser au moins l’indispensable éducation populaire pour atteindre cet objectif. Le découragement du peuple, tant pour s’inscrire que pour aller voter, vient de la désorganisation de ceux qui se disent leurs représentants et qui, en réalité, pour beaucoup, luttent pour leur ventre. Le jour où le peuple verra l’opposition avancer en ranges serrés, il le suivra avec ardeur.

Q8 : Elecam, en l’état actuel des choses, est-il un organe indépendant et dont la crédibilité peut assurer la transparence et sécuriser le vote des citoyens camerounais ?

De tout temps, je me suis exprimé sur cette coquille vide. Les membres ‘’nommés’’ se sont souvent souvenus après coup qu’ils étaient encore cadres du RDPC. Pire encore, ces membres n’ont pas l’expertise du Ministère de l’Administration territoriale, qui était, par ailleurs, moins partisan que cette fameuse Elecam. En tout état de cause, quel que soit l’organe de gestion des élections, la sécurité du vote dépend des électeurs qui peuvent, seuls, assurer la police de leur choix. Tant que les Camerounais n’iront pas voter pour défendre leurs idées, mais uniquement pour boire une bière, il n’y aura ni transparence, ni sécurité lors des scrutins. Donnez moi ici l’occasion de féliciter Mgr Watio, qui a finalement quitté ce navire.

Q9 : Un mot sur la guerre contre Boko Haram et le décompte des victimes qui se comptent pr centaines…

N’ayons pas peur des mots : Boko Haram n’est pas de chez nous, et nous ne sommes pas un pays à majorité musulmane, pour intéresser une organisation islamique de sa trempe. Il ne fut pas prendre à la légère les déclarations répétées du Président de l’Assemblée nationale qui affirme que ‘’Boko Haram est parmi nous’’ ! Cette affaire est née des prises d’otages qui avaient cours dans le Septentrion. Le Journal l’Œil du Sahel, dans son numéro 677 du 12 février 2015, parle de coupeurs de route et autres kidnappeurs qui enlevaient bétail et enfants pour les échanger contre des rançons depuis 2007. Le point de départ de la guerre est le paiement de fortes rançons pour libérer des otages européens. Les sommes colossales engagées pour la libération des otages expatriés ont, en effet, aiguisé des appétits et donné des idées à des truands tapis dans l’ombre.
Nos vaillants fils qui se sont engagés dans l’armée donnent leurs vies pour rien. Ne perdons pas de vue que dans la région théâtre des événements, les ressortissants d’une même famille sont disséminés de part et d’autre de la frontière. Il est temps de se demander sérieusement pourquoi notre pays dépense tant en matériel et en vies humaines. Nos frères de la région concernée doivent avoir pitié du Cameroun et faire cesser ce carnage contre lequel les moyens conventionnels sont si peu efficaces. Je propose, pour ce faire, une conférence ethnique souveraine dans cette région, à l’instar de la confession publique qui a suivi la rébellion à l’Ouest Cameroun.

Interview réalisée par Louis Roger NOUADJE

Grand reporter afrik-inform