CAMEROUN-OPINION : JOEL TEUBISSI NOUTSA DÉVOILE LA FACE CACHÉE DE CABRAL LIBII. AFRIK-INFORM

 

Depuis qu’il a déclaré sa candidature à l’élection présidentielle d’Octobre 2018, cet analyste bien connu des médias camerounais a du mal à proposer des réformes qui soient à la hauteur de la critique acerbe de l’action gouvernementale, dont il a abreuvée l’opinion publique ces dernières années. De son propre aveu, Il est « progressiste » (entendez par là dans la continuité et non la « rupture ») ! Ça a au moins le mérite d’être clair, il s’appuiera donc sur la Vision d’émergence 2035 ainsi que le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE) de l’actuel gouvernement. Il aura peut-être compris que l’art de la parlote est à bien des égards plus aisé que celui de l’action…Que dis-je, de l’élaboration d’un programme politique puisqu’il n’y est pas encore !

En effet, après s’être engagé à rendre public son programme politique au plus tard le 15 mai 2018, M. LIBII nous a servi le 17 mai 2018 en lieu et place une profession de foi indigeste – pâle copie de Pour le libéralisme communautaire du Président Biya - et un laconique projet de société qui tient à peine sur un format A5. Face à l’hilarité de ses pourfendeurs et l’impatience de ses sympathisants, il jure la main sur le cœur que son programme politique est en cours d’édition ; mais, prudent tout de même, il n’avance plus aucune date cette fois-ci !

De même, au fil de ses prises de parole dans la sphère publique, l’on commence progressivement à s’habituer à ses contradictions récurrentes ainsi qu’à la légèreté de ses propositions, lesquelles dénotent à la fois d’une impréparation criarde, d’une immaturité politique et d’une ignorance des préceptes de l’administration publique.

Pour illustrer mon propos, je me limiterai à sa dernière intervention dans les médias, au cours de l’interview qu’il a accordée à l’émission 7 minutes pour convaincre du média afrik-inform.com, diffusée le vendredi 1er juin 2018. Il y était invité pour décliner les principaux axes de son projet de société. Et comme à l’accoutumée, il est partie dans ses envolées lyriques dont la vacuité n’a d’égale que la fourberie de ses promesses. A ce propos, j’ai relevé cinq aspects de son intervention qui méritent que l’on s’y penche.

  1. Faire des start-up un pôle de croissance…

Contrairement à ce qu’il affirme, les startups ne sauraient constituer un pôle de croissance au Cameroun en raison non seulement du difficile accès aux financements privés et du niveau élevé de leur taux de mortalité. Mais avant, il conviendrait tout d’abord de rappeler qu’une start-up - signifie jeune pousse ou société qui démarre – est « une entreprise innovante, généralement à la recherche d'importantes levées de fonds d'investissement, avec un très fort potentiel éventuel de croissance économique et de spéculation financière sur sa valeur future ».

S’agissant des difficultés liées à l’accès aux financements privés, soulignons tout d’abord que l’absence d’un processus normé d’évaluation des startups réduit significativement leur capacité à contracter des emprunts sur le marché de crédit. Ensuite, le niveau élevé des risques et la faiblesse des garanties détenues par ces jeunes et petites entreprises rendent les banques et les fonds de capital-risque frileux à leur égard. Enfin, l’on pourrait également évoquer l’argument du niveau élevé du taux d’intérêt du crédit, qui discrimine d’office ce type d’entreprises fortement capitalistiques. Aussi, ne reste-t-il aux propriétaires des startups que les options de l’investissement sur fonds propres, par appel au patrimoine familial et sur financement public. Qui dit financement public dit recours à la fiscalité à travers soit l’augmentation des prélèvements afin d’en affecter le fruit aux startups sous la forme de subventions ou alors l’octroi de cadeaux fiscaux directement auxdites startups. Or, M. LIBII promet de ne point augmenter les prélèvements fiscaux. Comment compte-t-il donc financer ce programme ?

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Relativement au taux de mortalité élevé des startups par rapport aux autres entreprises, le caractère novateur de la startup, sa petite taille, son manque de visibilité, ses besoins importants en financements - surtout en phase de développement du produit/service - en font une entreprise plus fragile.

Par ailleurs, compte tenu de l’existence au Cameroun de plusieurs pépinières d’entreprises, l’on est en droit de se demander pourquoi ce candidat à l’élection présidentielle n’en a pas évalué l’action préalablement à l’élaboration de son projet politique ? A titre d’illustration, citons : l’incubateur de l’Ecole nationale supérieure polytechnique de Yaoundé (MINESUP) ; le programme de développement des incubateurs dans les centres multifonctionnels de promotion des jeunes (MINJEC) ; l’incubateur d’entreprises en cours de gestation d’Edéa (MINPMEESA) ; Graines de talent, pépinière initiée par le Service international d’appui au développement (SIAD) et AGRO-PME Fondation (APF).

  1. L’Etat peut-il instaurer un SMIG par branche d’activités au Cameroun….

M.CABRAL LIBII promet s’il était élu d’augmenter le SMIG et d’instaurer un SMIG par branche d’activités. Le dire revient à faire montre d’une part, d’une ignorance criarde des mécanismes de détermination du SMIG et, d’autre part, d’une confusion entre le SMIG et les Conventions collectives

Premièrement, le SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti) est fixé au Cameroun par décret du Premier Ministre, à la suite d'intenses tractations tripartites entre l'État, les organisations syndicales et le patronat. Il n’est donc pas possible pour l’Etat d’imposer unilatéralement un montant du SMIG qui n’arrange pas les entreprises !

Deuxièmement, la nécessité de prendre en compte les disparités géographiques, la spécificité de certains métiers et de certaines branches professionnelles est quant à elle réglée dans le cadre des Conventions collectives ou des accords d’entreprises ou de branches. Là encore, la validation se fait au cours d’une tripartite Etat – Syndicats - Patronat. L’Etat ne peut donc imposer unilatéralement quoi que ce soit !

Au total, dire que si on est élu, on augmentera unilatéralement le SMIG c’est de l’imposture ! En revanche, si l’intention d’un leader politique est de redistribuer sous la forme de salaires – la redistribution pouvant également se faire sous la forme de subventions diverses - les fruits de la croissance de manière unilatérale et pérenne, il conviendrait plutôt de modifier le Code du travail pour instituer le SMIC (Salaire minimum interprofessionnel de croissance) en lieu et place du SMIG.

  1. Le capital est-il l’unique facteur de création de la richesse ?

M.CABRAL LIBII a également martelé dans cette interview que « Si vous n’accédez pas à la propriété, vous n’accèderez jamais à la richesse ! (…) Sans titre foncier vous ne pourrez jamais accéder au crédit. (…) Le titre de foncier doit devenir gratuit dans ce pays », sous-entendant par là même que : (i) le capital est l’unique facteur de création de richesses ; et que (ii) le capital se résume à l’obtention d’un titre de propriété.

Premièrement, le capital (fixe et circulant) n’est pas l’unique facteur de création de richesses, l’on peut également citer le facteur travail ainsi que les déterminants de l’amélioration de la productivité de ces deux facteurs (capital humain, capital technologique, capital public). Et il est surprenant pour quelqu’un qui prétend mettre l’humain au centre de son programme d’éluder l’apport du facteur travail dans le processus de création de richesse. En effet, Smith (1776) avait mis en exergue le rôle de la division du travail comme étant le déterminant principal d’une croissance illimitée. Ricardo (1817) a certes développé la théorie de la rente foncière, mais dont les rendements devenaient décroissants au fur et à mesure que s’accroissait la population (loi des rendements décroissants). Pour Marx (1867), le capitalisme portait déjà en lui les germes de sa propre destruction au regard de la baisse tendancielle des taux de profit consécutif à la concurrence imparfaite. L’analyse de Schumpeter (1942), quant à elle, posait déjà l’innovation à l’époque comme étant la principale source de la richesse et mettait l’entrepreneur au cœur de sa dispersion. Puis vinrent les modèles de croissance post-keynésiens d’Harrod (1939) et Domar (1947), dits extensifs, qui expliquaient la hausse du volume de la production (richesse) par l’augmentation d’une quantité de facteurs de production (travail et capital). A leur suite, Solow (1956) introduira un modèle néoclassique de la croissance, dite intensive, qui révèlera non seulement la substituabilité des facteurs de production, mais également qu’une importante partie (résidu) de la croissance économique ne résulte pas que l’augmentation des quantités de facteurs de production, mais davantage de la qualité de la combinaison de ces facteurs. C’est ce résidu qu’il baptisera productivité globale des facteurs (PGF). Ignorant les sources de cette PGF, Solow estima qu’elle était une « manne tombée du ciel » résultant du progrès technique, d’une modification de l’organisation ou de la structure de production. C’est en cherchant à identifier les déterminants de ce résidu inexpliqué de Solow que les théories de la croissance endogène identifieront quatre sources, au rang desquelles : le capital physique (Romer, 1986), le capital technologique (Lucas, 1988), le capital humain (Schultz, 1961 ; Becker, 1964) et le capital public (Barro, 1990).

En second lieu, j’ai l’impression que M. LIBII a dû tomber accidentellement sur un ancien ouvrage du courant de pensée économique de la physiocratie qu’il s’est empressé de mémoriser. Car, c’est le seul courant de la littérature économique à avoir établi un lien de causalité positif entre la terre et la création de richesses. Le leader de ce courant était Quesnay (1758). Avec les physiocrates, il établira que le fonctionnement de l’économie est régi par des lois fondamentales qu’il baptisera « ordre naturel ». Dans cette logique, ils accordent une place primordiale à la propriété privée, en particulier la terre, dans la création de richesses.

Pour terminer sur cette question, comment M. LIBII compte-t-il rendre le titre foncier gratuit au Cameroun ? L’Etat renoncera-t-il à une rente aussi importante que celle de la taxe foncière ? Qui supportera les frais de lotissement des parcelles, de bornage, les émoluments des notaires, etc. ? C’est ce qui s’appelle de la démagogie et là encore c’est une forme d’imposture !

  1. Le devoir de réserve est-il un joug pour les fonctionnaires…

Au cours de son interview, M. LIBII a parlé de « droit de réserve » au lieu de « devoir de réserve », ce qui déjà en soit est une faute lourde pour un juriste, mais nous ne lui en tiendrons pas rigueur au regard de son inexpérience administrative. A la question de savoir si le devoir de réserve est un joug pour les fonctionnaires, il suffit pour s’en convaincre du contraire de parcourir l’article 40 du décret n°94/199 du 07 octobre 1994 portant Statut général de la Fonction Publique de l’Etat, modifié et complété par le décret n° 2000/287 du 12 octobre 2000, lequel dispose que « Alinéa 1 : le fonctionnaire est tenu à l’obligation de réserve dans l’exercice de ses fonctions. Alinéa 2 : l’obligation de réserve consiste pour le fonctionnaire à s’abstenir d’exprimer publiquement ses opinions politiques, philosophiques, religieuses ou syndicales, ou de servir en fonction de celles-ci. ».

M.CABRAL LIBII, le devoir de réserve ne vise pas à ostraciser les fonctionnaires, mais à faire respecter les principes de neutralité, d’impartialité et de laïcité du service public. Ainsi, il vise à interdire « au fonctionnaire de faire de sa fonction l’instrument d’une propagande quelconque ». De ce fait, il concerne le mode d'expression des opinions et non leur contenu, la liberté d’expression étant consacrée. Il n’est donc pas question pour vous d’enfoncer une porte entrouverte, car la parole des fonctionnaires est déjà libre au Cameroun. En outre, cet article précise le cadre spatio-temporel dans lequel le devoir de réserve devrait s’exercer, celui de « l’exercice des fonctions ». Ceci signifie que le devoir de réserve ne s’applique que pendant le temps du service et non en dehors, et est lié au poste de travail. Sinon, un agent public n’aurait pas le droit de s’affilier à la formation politique de son choix, encore moins d’adhérer à une formation syndicale - lorsque cela n’est pas proscrit par les dispositions d’un statut particulier ou spécial – ou d’exprimer librement ses convictions religieuses et philosophiques.

Aussi, sous réserve des dispositions prévues par les statuts particuliers et spéciaux, les fonctionnaires ont-ils donc le droit d’exprimer leurs opinions librement sur la marche de l’Etat, la vie publique, l’actualité internationale, leurs convictions religieuses, philosophiques ou politiques, tant qu’ils le font en dehors du temps de service, sans lier leur prise de position à leurs fonctions (devoir de réserve) et tout en s’abstenant de révéler des faits, documents et informations dont ils auraient eu connaissance à l’occasion ou dans l’exercice de leurs fonctions (devoir de discrétion professionnelle).

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  1. La couverture sanitaire universelle peut-elle être mise en œuvre au Cameroun...

M.CABRAL LIBII promet d’instaurer une couverture sanitaire universelle, qu’il envisage de rendre obligatoire pour chaque citoyen sous peine de se voir refuser l’accès aux services publics. Il lie principalement la réalisation de ce projet à la disponibilité du financement, qu’il estime à 600 milliards de FCFA par an, à pourvoir à partir des souscriptions des patients et grâce au redéploiement du produit de la fiscalité. Dans cette optique, il envisage de créer une Caisse nationale d’assurance maladie.

C’est ce qu’on appelle dans le jargon une « fausse bonne idée », dans la mesure où elle parait louable en apparence, mais s’avère inopérante dans l’environnement actuel d’une part, parce que les conditions à la mise en œuvre d’un tel dispositif ne sont pas réunies au Cameroun et, d’autre part, parce qu’un tel dispositif est structurellement déficitaire.

En effet, la norme de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit quatre préalables à la mise en œuvre de la couverture sanitaire universelle, dont aucun n’est rempli  par le système de santé camerounais : (i) un système de santé solide, efficace et efficient ; (ii) des soins de santé à un coût abordable ; (iii) la disponibilité des médicaments et des technologies ; (iv) un personnel médical en nombre suffisant, bien formé et motivé.

En outre, le dispositif de couverture sanitaire universel est par essence déficitaire, c’est-à-dire qu’il ferait perdre de l’argent à l’Etat et nécessiterait de ce fait des subventions. Par quelle alchimie M. LIBII compte-t-il procéder pour se défaire du programme financier conclu avec le Fonds monétaire international ? Comment compte-t-il mettre en place à brève échéance les préalables posés par l’OMS ? Comment compte-t-il compenser les souscriptions des chômeurs et de leur progéniture ?

Il n’est donc pas possible pour le moment d’instaurer une couverture sanitaire universelle au Cameroun et le simple fait de le dire, c’est de l’imposture ! Ce qu’il conviendrait de faire c’est de restructurer et renforcer le système de santé national afin de le faire fonctionner de manière optimale.

Je terminerai mon propos par les réformes envisagées par le candidat LIBII dans le secteur de l’éducation, sur lesquelles il est resté complètement aérien et dans le sillon déjà tracé par le DSCE depuis 2009, en promettant de professionnaliser la formation, d’instaurer l’apprentissage, de modifier le contenu programmatique, d’abaisser le prix du livre, sans indiquer comment il procèderait ! Tout ceci pour dire à M. LIBII que la jeunesse n’a jamais constituée et ne sera jamais un programme politique ! Le peuple camerounais n’est plus dupe ! Si vous voulez vraiment son suffrage, arrêtez les incantations et l’enfumage et mettez-vous résolument au travail car, on ne s’improvise pas un destin présidentiel.

 Cliquez ici Pour regarder l' integralité de la vidéo https://youtu.be/OWAC9O_6j4s

Joel Teubissi

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