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CAMEROUN - CRISE ANGLOPHONE : VERS UNE DÉCRISPATION ? AFRIK-INFORM

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09 septembre 2019

CAMEROUN - CRISE ANGLOPHONE : VERS UNE DÉCRISPATION ? AFRIK-INFORM

 

L’annonce avortée du message à la nation du Président Paul Biya en rajoute aux conjectures et expectatives autour des attentes en éléments de langage et propositions de fond qu’il devrait contenir pour espérer avoir un impact positif sur la détente attendue par tous les Camerounais.

Par Gaston KOUOH

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La question de la résolution de la crise dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest est dans toutes les têtes, sur toutes les lèvres, dans tous les cœurs. Elle se pose désormais comme un impératif incontournable et non une hypothèse discutable. Au moment où cette nouvelle page va forcément s’ouvrir et espérons-le, mener à un dénouement définitif du conflit, il serait souhaitable de s’arrêter un instant.

D’abord pour rendre hommage à tous ceux et celles qui sont partis, qui ont tout perdus et dont les vies se sont réduites à néant. Que ce soit par la mort ou encore par l’exil forcé, mais de toutes les façons par la perte de tout. Sans oublier les familles dévastées, désunies, dont les filles et garçons sont déversés malgré eux partout dans notre pays, de préférence dans les grandes villes. Ou encore sur les chemins de l’exil vers l’étranger. Avec ce que cela suppose de difficultés, de dérives, de drames sous forme d’exploitation, prostitutions et autres trafics dans le but de survivre. Tant de destins à jamais détruits qui à eux seuls devraient militer pour que jamais, plus jamais, la paix et la concorde ne soient des vains mots dans une nation camerounaise digne de ce nom, démocratique de surcroît, avec des entités responsables qui se respectent et respectent les attentes des populations. Ou à tout le moins qui crée des cadres de dialogue pacifique permanent dans le but de poser les problèmes de fond ou de forme sur la table et trouver des points de convergence ou de désaccord pour aller chercher des solutions bénéfiques pour tous. Cette crise n’aurait jamais dû arriver. Encore moins à un niveau de toxicité avancée par généralisation rampante.

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L’adresse du président de la République ne devrait avoir qu’une option : décrisper la situation par un ton rassembleur et des décisions apaisantes fortes. D’abord dans le fond. Car quand bien même la discussion sur la forme de l’Etat n’est pas vraiment du goût de l’immense majorité, il convient de répondre à cette question. Non pas comme une concession, mais comme un retour à une situation initiale permettant de renégocier un certain nombre de dispositions et dispositifs. Peut-être aussi par exemple par l’application intégrale des dispositions de la constitution de janvier 1996. Notamment celles stipulant la restauration du poste de Vice-président de la République ainsi que l’octroi de postes ministériels supplémentaires pour la partie anglophone. Ou encore selon d’autres, le retour au fédéralisme qui peut justement apporter une accélération terminale au processus de décentralisation qui traîne depuis de longues années et produit plus de frustrations que le contraire du fait d’une attente trop longue.

D’autre part, entamer un dialogue suppose créer les conditions qui vont déterminer son cadre, son environnement psychologique et donc son ambiance. Par conséquent la définition des termes de référence doit poser les bases de l’effort de communication et de conciliation avec toutes les parties et forces vives. Ainsi la fameuse « All Anglophone Conference » initiée par le Cardinal Tumi et repoussée indûment par les autorités semble de nouveau avoir le vent en poupe avec la réception de son promoteur et autres personnalités par le Premier ministre. En effet la piste du dialogue confiée à l’expérience multiculturelle suisse n’ayant pas abouti, il faut peut-être en revenir à des solutions plus locales ou africaines. C’est aussi là que le forum des Anciens chefs d’Etats africains appelé « Africa Forum » mené par Joachim Chissano du Mozambique et Thabo Mbeki d’Afrique du Sud ou Olesegun Obasanjo du Nigeria, peut-être d’une aide importante pour trouver des médiateurs neutres dont la reconnaissance des compétences et la connaissance des enjeux au plus haut sont indiscutables.

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Sans oublier que sur le terrain des régions du nord-ouest et du Sud-ouest, il faudrait poser les bases d’un cessez-le-feu de toutes les parties, permettre le retour à la normale des activités socio-économiques scolaires, professionnelles et confessionnelles. Et commencer à créer les conditions d’un retour à terme des populations vers leurs terres abandonnées.

Plutôt que de voir la bouteille à moitié vide, il vaudrait mieux la voir pleine à moitié. En s’appuyant sur ces bons préalables pour redessiner un paysage politique, économique, social, culturel et historique plus en phase avec les diversités réelles du Cameroun à tous les niveaux. Les temps ont changé, il faut savoir changer avec lui. Sinon on reste à la traîne et on perd le bénéfice de tous les atouts. Le Chef de l’Etat doit parler. Oui, il doit bien parler pour garantir vraiment l’unité nationale.

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