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CAMEROUN – POLITIQUE : LE FÉDÉRALISME COMMUNAUTAIRE, CE REMÈDE CAMEROUNAIS QUI SOIGNERAIT TOUT. AFRIK-INFORM

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19 septembre 2019

CAMEROUN – POLITIQUE : LE FÉDÉRALISME COMMUNAUTAIRE, CE REMÈDE CAMEROUNAIS QUI SOIGNERAIT TOUT. AFRIK-INFORM

 

La convocation du dialogue national par le chef de l’Etat ne laisse personne indifférent. A défaut de faire entendre sa voix, chaque camerounais  souhaite faire connaitre sa vision, ses convictions, ses hypothèses de solutions. Notamment celles sur la forme de l’état, où la proposition du fédéralisme communautaire alimente les débats, réflexions et contre-réflexions à tous les niveaux de la société. Évoqué initialement par  M. Cabral Libii sur Vision 4, suivie des réponses et mise au point de M. Joël Teubissi et  du Docteur Armel Tamkam, c'est au tour de M. Julien Mbilla Nane d'exposer sa pensée que nous soumettons à votre attention.

Par Julien Mbilla Nane

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[''Mon propos prend sa source dans le  passionnant débat sur le fédéralisme communautaire initié par Cabral Libii, l'ancien candidat à la présidentielle d’Octobre 2018, qui obsède légitimement certains esprits. L'apprenant que je suis dans une autre vie, a lu avec une amère insatisfaction la réaction du compatriote Joël Teubissi sur la question. Ce dernier reproche à Sieur Cabral Libii de vendre du vent aux camerounais à coups d'utilisation d'une sémantique juridique stérile. Au sujet du fédéralisme communautaire, il pense que M. Cabral Libii fait gober aux camerounais, une solution dit-il dangereuse pour la cohésion nationale. Je voudrais lui rappeler ici qu'il est libre de tout point de vue mais qu'en parcourant sa réaction critique, il ne nous dit pas en quoi le fédéralisme communautaire est un mot vaseux mais pourtant nocif pour la paix sociale au Cameroun.

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 Il ne nous dit pas non plus la forme d'organisation de L'État du Cameroun qu'il trouve idéale. L'essentiel de son discours tourne autour de la définition de certains concepts. Je suis également tombé sur un article publié par le Docteur Armel Tamkam qui en substance redoute que le fédéralisme communautaire porte en soi les germes de la destruction de l'unité nationale. Je comprends vos inquiétudes. Je voudrais juste vous rappeler au passage que les pesanteurs relatives au tribalisme et au repli identitaire ne datent pas d'aujourd'hui et ne présagent pas s'arrêter demain car les causes sont très profondes. C'est la raison pour laquelle je pense qu'il est indispensable pour le Cameroun de se réconcilier avec son histoire politico-institutionnelle en pansant ses blessures. C'est la condition sine qua non pour que les camerounais envisagent ensemble l'avenir avec sérénité.

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L'observateur de la société que je suis, a un regard plutôt partagé avec ceux qui pensent que nos connaissances doivent non pas nous conduire à une application systématique des théories importées, mais plutôt à leur adaptation aux réalités locales. Si donc être ignorant ou ignorer les différences lorsqu'on pense des solutions aux problèmes d'une société, est irréaliste, suicidaire (j'emprunte vos mots), je me demande qui l'est entre M. Cabral Libii et vous ! Jamais, au grand jamais, et de manière logique, vous n'aurez un fédéralisme ou une décentralisation ou encore tout ce que vous voulez, qui épouse les mêmes contours d'un pays à un autre. Les pays connaissent des réalités propres.

Il est connu de tous que L'État Unitaire Centralisé a fait plus de mal que de bien à notre pays. Il a même détruit certains de ses fondements. Voilà pourquoi il n'a pas ténu longtemps face aux multiples et incessantes crises que notre pays traversa jusqu'à l'avènement de la démocratie. Ces malaises sociaux et politiques successifs traduisaient simplement la volonté générale de renouveler le pacte social. Je voudrais souligner que tant qu'un pays ne dispose pas d'un pacte social totalement accepté et respecté par sa population, il y'a pas État en temps normal. La crise anglophone aujourd'hui traduit parfaitement cette crise de confiance entre L'État et une partie de ses nationaux. C’est un exemple. Le pacte social est donc la base sur laquelle repose toutes sociétés civilisées. L'État Unitaire Centralisé a balkanisé la société en plusieurs pôles d'intérêts qui entretiennent le repli identitaire et le tribalisme. Il n’y a qu'à constater les réflexes des uns et des autres sur le champ politique et dans la société en général. Notamment les peuplements dans nos quartiers et le rapport des camerounais avec la répartition les fruits de la croissance.  La cohabitation des ethnies dans ce modèle d'organisation ne favorise pas la cohésion nationale. La conquête du pouvoir et des privilèges obligent certains acteurs de la société à agiter la fibre identitaire. Ce qui met les ethnies dans une logique concurrentielle avec la tendance à utiliser des techniques de combat déloyales contre elles. C’est pourquoi les guerres tribales sont l'un des plus grands maux qui minent l'Afrique. Si la forme de L'État doit épouser la cohabitation des ethnies, L'État Unitaire Centralisé n'est pas à formule adéquate pour gérer la diversité. Dans l'urgence de la décongestion du pouvoir au niveau central, il y'a une palette de solutions qui s'offre: la décentralisation, le fédéralisme, le régionalisme. Après la tripartite, le choix avait été porté sur la décentralisation. Nous connaissons les difficultés qu'il y'a jusqu'à nos jours pour son implémentation effective. Le cadre constitutionnel et législatif tracé a jeté les bases d'un véritable cache-sexe. À côté de cela, la mégalomanie du pouvoir et la boulimie des privilèges au niveau central obstruent les avancées. Sinon que par nature, il n’y a pas de réel changement avec L'État Unitaire Centralisé.

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Or l'expérience du fédéralisme par le passé est un avantage. Nous pouvons l'exhumer pour répondre à cette volonté populaire qui s'exprime sur la nécessité de l'instauration d'un nouvel cadre Étatique. En soi, il est tellement flexible et nous donne la possibilité de l'aménager en fonction de nos besoins. En 1972, nous avons eu un fédéralisme linguistique. En 2019, nous pouvons instituer un fédéralisme communautaire qui prend en compte les communautés. L'hypocrisie que traduisent certains au quotidien au sujet d’une supposée implosion de la nation par cette option ne doit pas nous méprendre. Le fédéralisme communautaire apporte une solution viable à ce problème car Il n'entache en rien l'indivisibilité de la souveraineté nationale. Les camerounais continueront à décider de leur destin commun comme ils l'entendent.'']

Par Julien Mbilla Nane

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