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CAMEROUN – POLITIQUE : LETTRE OUVERTE D'EMILIEN DÉNIS ATANGANA AUX OPPOSANTS CAMEROUNAIS. AFRIK-INFORM

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20 septembre 2019

CAMEROUN – POLITIQUE : LETTRE OUVERTE D'EMILIEN DÉNIS ATANGANA AUX OPPOSANTS CAMEROUNAIS. AFRIK-INFORM

 

Le président national du front des démocrates camerounais écrit aux opposants en vue du dialogue qui s'annonce. Il exhorte les uns et les autres à y aller cette fois avec plus de sérieux afin de ne pas retomber dans le piège de 92 avec les résolutions issues de la tripartite qui n'ont jamais été appliquées jusqu'ici. Sa doléance va aussi droit vers la sincérité des acteurs. Selon lui, le Cameroun a touché le fond depuis longtemps et la crise anglophone n'est que l'arbre qui cache une gigantesque forêt remplie de maux. L'intégralité de sa lettre ci-dessous.

Par La rédaction

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[AUX LEADERS POLITIQUES DE L’OPPOSITION CAMEROUANISE

Mesdames, Messieurs les Leaders des Partis Politiques de l’Opposition Camerounaise

Le Cameroun négociera sans doute dès la fin de ce mois de septembre 2019 un tournant décisif de son histoire singulière qui est malheureusement entrée dans une phase particulièrement tumultueuse et même tragique depuis novembre 2016. Cette date correspond au déclenchement de la tristement célèbre crise Anglophone qui transforme chaque jour les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest en champs de ruines officiellement déclarées sinistrées, comme la région de l’Extrême-Nord il y a quelques jours par le Premier Ministre Chef du Gouvernement de la République. Il a donc fallu attendre ce sinistre pour qu’enfin le Président de la République, Son Excellence Paul Biya décide de convoquer ce Grand Dialogue National que beaucoup d’acteurs et décideurs sociaux, politiques et même diplomatiques n’ont cessé de demander dès l’annonce de la  déflagration. Dans ce concert de siennes désespérées pour le Dialogue, nombre d’entre nous avons fait résonner leurs voix, malheureusement étouffées par les silences de l’inertie et d’une gouvernance qui ne peut plus satisfaire les besoins légitimes de paix et de progrès de nos concitoyens du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et du reste de notre bien aimée nation.

Enfin, le Président de la République a cédé aux sirènes de ce Grand Dialogue National dont l’objectif affiché est de résoudre définitivement cette douloureuse crise anglophone ainsi que d’autres problèmes graves que traverse notre pays. En vérité, cette crise anglophone n’est que l’arbre qui cache la forêt des profondes difficultés que notre indépendance et notre démocratie tronquées n’ont pas pu résoudre depuis l’indépendance et la réunification de ces deux parties du Cameroun dans les années 60. On dirait que la fameuse Démocratie multi partisane que notre pays a embrassée dans la douleur dans les années 90 a créé plus de problèmes qu’elle n’en a résolus. Il est normal de penser que les détenteurs de pouvoirs actuels sont les seuls responsables de la descente aux enfers que connait notre pays depuis des dizaines d’années. On peut le penser parce que les principales résolutions et décisions produites par le même exercice de Dialogue de la Rencontre Tripartie, du Grand/Large Débat National et surtout les dispositions pertinentes de la Constitution du 18 janvier 1996 ont été soigneusement rangées dans les tiroirs pour des raisons absolument inexplicables. Le processus de Décentralisation qui avait été adopté est resté lettre morte jusqu’à nos jours, plus d’un quart de siècle après l’annonce de cette forme de gestion de l’Etat camerounais qui nous aurait évité toutes ces catastrophes qui se suivent et se ressemblent. Le temps est passé et notre pays reste coincé dans une impasse dont cette crise anglophone n’est que l’un des effets les plus bruyants et tragiques. Qu’il nous soit permis de dire que les camerounais de autres régions du Cameroun ne sont pas mieux lotis ou à l’abri des révoltes similaires à celles qui secouent les régions « sinistrées » de l’Extrême-Nord, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Il serait facile et juste d’en faire porter la seule responsabilité au régime RDPC qui gouverne le pays sans partage depuis 36 ans.

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Mais il serait aussi juste d’interroger la responsabilité des partis politique de l’opposition, qui à notre humble avis, n’ont jamais su faire Chorus pour donner le change à cette gouvernance calamiteuse. Il y a même des risques de dire chaque opposition a le pouvoir qu’elle mérite. Justement, pendant que les tenants du parti au pouvoir et de leurs alliés travaillent pour plonger et maintenir ce pays dans l’enfer sur terre, que faisons-nous dans l’opposition pour jouer ce vrai rôle de sentinelle protectrice de notre nation et de son peuple ? Nous nous déchirons dans les égocentrismes malsains et improductifs. Nous faisons des raids solitaires qui finissent depuis 1992 dans les murs en béton de l’inertie et de la pauvreté. Nous entrons dans des commerces politiques honteux et sans lendemain aussi bien pour nos formations politiques que pour le peuple tourmenté, meurtri et exsangue. Les différentes consultations électorales organisées depuis 1992 se suivent et se ressemblent avec le même vainqueur et la même misère, doublée maintenant d’une profonde insécurité, des risques de partition et/ou d’implosion du Cameroun. Perdre à tous les coups de doit plus être notre caractéristique.

Nous voici maintenant aux portes de ce Grand Dialogue National convoqué dans le contexte et les conditions que tout le monde connait. Les Camerounais nous regardent. Beaucoup se souviennent avec amertume de ce qui est advenu des belles résolutions de la Rencontre Tripartite du Palais des Congrès de Yaoundé de novembre 1991. L’histoire va-t-elle se répéter honteusement pour les opérateurs politiques de l’opposition camerounaise et tragiquement pour l’avenir nos populations et de notre pays ? Les mêmes causes de division, d’égocentrismes surdimensionnés et inopérants, d’impréparation et de faible vision vont-ils continuer à meubler notre présence à ce rendez-vous qui n’est déjà lui-même dénué de pièges habituels de ce régime ? Si le parti au pouvoir et son leader central nous prennent dans le même piège, il faudrait définitivement interroger notre rôle et notre place sur la scène politique camerounaise, et peut-être, douter de notre capacité à faire mieux que ce régime que nous critiquons et combattons pour le bien de notre peuple. Il s’agit du Cameroun chers Aînés. La Jeunesse que le Front des Démocrates Camerounais (FDC) souhaite représenter sur ce terrain politique historique ne nous pardonnera pas.

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Qu’il me soit permis de dire qu’il ne s’agit pas de saisir cette opportunité pour tout démonter et replonger notre pays dans une autre crise post-Dialogue. Je vous exhorte, chers Ainés, à saisir cette perche pour remettre le Cameroun sur les bons rails et sur le droit chemin qu’un certain nombre  de dispositions légales et constitutionnelles ont tracé et dont nous sommes détourné pour suivre les sentiers de l’inacceptable. Quelles que soient votre expérience, vos motivations et ambitions légitimes, nous vous exhortons solennellement à  prendre part à ce Grand Dialogue National dans une meilleure disposition d’esprit qui se fonde sur la Solidarité et l’Union Sacrée sur un minimum de grandes préoccupations d’intérêt commun qui nous unissent. Et il y en a qui nous unissent fondamentalement et dont nous pouvons discuter avec sincérité et civilité! C’est ce que nous avons appelé la Synergie ou la Coalition des Partis Politiques de l’Opposition pour un Grand Dialogue National Franc, Sincère, Ouvert et Profond qui débouche sur la Vérité, la Réconciliation et la Reconstruction du Cameroun. La Paix et l’Unité de notre pays en dépendent, quelle que soit la forme de l’Etat dans laquelle elles sont appelées à être expérimentées et vécues. Aller à ce Grand Dialogue National en rangs dispersés sera une ultime trahison pour le peuple Camerounais.]

Fait à Yaoundé, le 17 Septembre 2019

Le Président National du Front des Démocrates Camerounais.

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