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AFRIQUE - POLITIQUE : L'AGENDA "CLAIR-OBSCUR" DES ÉTATS-UNIS AU CAMEROUN? AFRIK-INFORM

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29 septembre 2019

AFRIQUE - POLITIQUE : L'AGENDA "CLAIR-OBSCUR" DES ÉTATS-UNIS AU CAMEROUN? AFRIK-INFORM

 

« Il y a un an de cela, sur instructions du Président Trump, l'ambassadeur américain Peter Henry Barlerin sollicitait une audience auprès du Président de la République camerounaise Paul Biya. À sa sortie de ladite audience en mai 2018 Peter Henri Barlerin invitait Paul Biya à renoncer à se présenter à l'élection présidentielle 2018 dans le but d'inscrire son nom dans l'histoire : "Finally, the President and I discussed upcoming elections.  ‎I suggested to the President that he should be thinking about his legacy and how he wants to be remembered in the history books to be read by generations to come, and proposed that George Washington and Nelson Mandela‎ were excellent models." Comme à l'accoutumée, il reçut une volée de bois vert. Toute la machine de propagande anticolonialiste du régime s'étant mise en branle, du porte-parole du Gouvernement aux médias privés, en passant par les partis politiques alliés du RDPC. Certains zélés allants même jusqu'à menacer de mort l'ambassadeur Barlerin. Pourtant les signaux d'un durcissement de ton de la première puissance mondiale avaient déjà précédé cette sortie.

Par Constant François NEPINBONG

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Les signaux du durcissement d'une mise en garde à peine voilée

Pour décrypter ces signaux il faut remonter en décembre 2017 à l'arrestation de l'écrivain américain d'origine camerounaise Patrice Nganang. Après avoir parcouru les régions anglophones, qui étaient déjà en proie aux violences de toutes sortes, le Pr. Patrice Nganang publie une tribune sur la crise anglophone qui est la première publication à lever un pan de voile sur cette crise à l'échelle internationale. Son arrestation fût la première erreur du régime camerounais car elle a fait la "Une" de tous les quotidiens occidentaux, et attiré l'attention de la communauté internationale sur la crise anglophone et la "barbarie" d'un régime qui emprisonne les écrivains. Il convient de souligner qu'en occident les écrivains sont considérés comme des demi-dieux, des gardiens de la liberté et de la démocratie. J'en veux pour exemple le cas Bernard-Henri Lévy, du nom de cet écrivain franco-juif, qui avait alerté le monde entier sur la crise libyenne qui a conduit à la mort du Colonel Kadhafi. Nganang était-il un simple écrivain humaniste ou en mission commandée par les États-Unis d'Amérique ? Nous avons une forte inclinaison pour la seconde hypothèse car il ne doit sa libération qu'à l'intervention vigoureuse du Président Donald Trump. En effet, à ce moment précis Patrice Nganang n'était pas le seul américain d'origine camerounaise embastillé dans les geôles de la prison centrale de Kondengui. Mais il est bien le seul à avoir été libéré aussi précipitamment.

Lors de son séjour officiel en terre camerounaise en mars 2019, en pleine crise post-électorale et anglophone, le Sous-secrétaire d'État américain aux affaires africaines, Tibor Naguy, offrit au Président Biya une photographie datant de 1986 et présentant une audience au cours de laquelle il avait été reçu par le Vice-président des États-Unis d'alors, feu Georges Bush Senior. Malgré les multiples supputations, personne n'a pu décrypter à ce jour le message codé adressé à leur hôte camerounais de l'émissaire du Président Trump, qu'accompagnait l'ambassadeur américain. Néanmoins, le refus du Président Biya de toucher ce cadeau "empoisonné" en a surpris plus d'un. Et l'on se souvient bien qu'avant sa venue au Cameroun, Tibor Naguy avait promis à la diaspora camerounaise qu'après s'être occupé du Soudan d'El Béchir, le Cameroun était sa prochaine cible... Quelle ne fût la déception de certains lorsqu'à l'issue de cette audience, Tibor Naguy a loué la "grande sagesse" de Paul Biya. Le Président Biya aurait-il fait des promesses qu'il n'a pas tenues ?

Dans l'intervalle, l'ambassade des États-Unis d'Amérique a posté sur son site internet un communiqué invitant ses ressortissants à quitter impérativement le sol camerounais. Ce qui présagerait l'occurrence prochaine d'une guerre ou tout au moins d'une instabilité au Cameroun. Ce communiqué s'inscrit d'ailleurs dans le droit fil du désinvestissement progressif mais rapide ces quatre dernières années des entreprises américaines installées au Cameroun. Là encore, les sicaires du régime sont tombés pieds et poings liés dans le panneau en qualifiant ce communiqué d'esbroufe et en réaffirmant la souveraineté de l'État camerounais.

Aujourd'hui, les États-Unis s'invitent au Grand Dialogue National (GDN), sous le couvert de la coalition ambazonienne représentée par l'ex diplomate et conseiller africain du département d'État américain, Herman Jay Cohen. Cette présence sonnerait-elle le glas du régime camerounais actuel?

L'agenda "clair-obscur" des États-Unis au Cameroun?

Il va sans dire que l'actualité camerounaise des prochains jours risque d'être riche en surprises. Nous savons déjà qu'avant même d'être commis à la fonction de porte-parole de la coalition ambazonienne, Herman Jay Cohen était déjà leur maître à penser. C'est d'ailleurs lui qui les a convaincus de poser des préalables à leur participation au GDN alors qu'elle avait déjà opposé une fin de non-recevoir à l'invitation du régime de Yaoundé. Ces préalables consistent en : la révision de la forme de l'État, la libération et l'amnistie de tous les prisonniers politiques et une médiation internationale neutre. Et le revirement de position de la coalition ambazonienne en seulement 48 heures est observable de tous. Or, il est de notoriété que la coalition ambazonienne n'a pas les moyens de payer les services de cet ancien diplomate américain, ce qui prouverait bien qu'elle bénéficierait d'un soutien actif de la première puissance mondiale.

La survie du régime Biya est-elle engagée ?

Il n'est pas trop tôt pour parier sur la chute inéluctable du régime Biya. Seuls les délais semblent difficiles à estimer suivant les concessions qu'il sera prêt à faire. Aussi, le peuple camerounais devrait-il épier avec un immense intérêt la position américaine aux débats publics qui auront cours au GDN, car elle sera capitale pour l'avenir du Cameroun. Mais sans être devin, il semble déjà qu'elles tourneront autour de la forme fédérale de l'État et de la libération/amnistie de tous les prisonniers politiques, y compris ceux de la crise post-électorale, et de la proclamation d'un cessez-le-feu dans les régions anglophones, qui ne seraient que des étapes de l'agenda que cette puissance entend dérouler au Cameroun, avec en point d'orgue le départ du Président Biya.

A lire...CAMEROUN – DIALOGUE NATIONAL : LES CHEFS TRADITIONNELS EN SOLDATS DE LA NATION. AFRIK-INFORM

Le régime semble l'avoir compris, raison pour laquelle il s'agrippe à la forme unitaire de l'État comme un naufragé à une bouée de sauvetage. Sauf qu'en n'inscrivant pas la question de la forme de l'État à l'ordre du jour de ce GDN, le régime Biya qui croyait gagner du temps s'est en réalité tiré une balle dans le pied. En effet, il serait judicieux de ne pas oublier que la décision de la Commission africaine  des droits de l'homme de l'Union africaine relativement au contentieux électoral qui oppose Maurice Kamto à l'État camerounais est attendue à la fin de ce mois d'octobre. Et tout porte à croire qu’elle serait en faveur de cet opposant. En résistant donc à l'injonction américaine de réviser la forme de l'État lors du GDN, le régime Biya leur offre Maurice Kamto comme Joker. La victoire inéluctable de Maurice Kamto à l'Union africaine effritera durablement la légitimité du régime en place qui perdra de fait toutes ses marges de manœuvre dans une négociation éventuelle avec la coalition ambazonienne. Et une intervention armée de la Communauté internationale pour déloger le régime Biya serait alors plus que justifiée, au nom du rétablissement de la démocratie et de la paix. Mais au cas où il serait installé au pouvoir par une puissance étrangère, Maurice Kamto aura-t-il les mains suffisamment libres pour dérouler son projet de société ?

En tout état de cause, l'immixtion américaine dans ce GDN est bien la preuve que les carottes sont cuites pour ce régime. Ne dit-on pas en langage populaire que lorsque le Chef bandit apparaît c'est bien la preuve que le dernier combat vient d'être amorcé? »

 

Constant François NEPINBONG

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