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CAMEROUN - MAURICE KAMTO ABANDONNE T-Il DÉFINITIVEMENT LE HOLD-UP ÉLECTORAL ? AFRIK-INFORM

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06 octobre 2019

CAMEROUN - MAURICE KAMTO ABANDONNE T-Il DÉFINITIVEMENT LE HOLD-UP ÉLECTORAL ? AFRIK-INFORM

 

La décision du Président Paul Biya d’arrêter les poursuites pendantes contre des leaders politiques, dont Maurice Kamto, ses alliés et leurs militants est un énorme coup de tonnerre qui zèbre la nuit camerounaise de nombreux éclairs. Reste à savoir si ceux-ci vont effectivement éclairer l’horizon politique pour récolter les fruits des combats passés et présents. Et augurer d’un avenir plus radieux. Ou alors obscurcir un peu plus le temps des attentes et des exigences du peuple.

Par Gaston KOUOH

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La libération de Maurice Kamto, de ses alliés et leurs 103 militants arrêtés il y a neuf mois dans le cadre de la contestation des résultats des élections présidentielles d’Octobre 2018 représente à coup sûr l’évènement politique de l’année 2019 au Cameroun. À égalité avec le grand dialogue national inclusif consacré à la poussée sécessionniste des régions du Nord-ouest et du Sud-ouest. Tant il s’agit là des deux mamelles nourricières des tensions exacerbées de la crise sociopolitique qui sévit au Cameroun depuis trois ans, avec des conséquences énormes sur l’environnement global, les ressources humaines et le tissu socio-économique. Malgré une résilience de l’économie plusieurs fois reconnue par les grandes agences de notation,  qui ne sera pas éternelle si la situation n’est pas redressée. Une telle décision dans le contexte politique camerounais est comparable à une bombe atomique dont les effets profonds, divers et complexes ont et auront forcément une influence sur de nombreuses décisions actuelles et futures.

Lorsque Jeune-Afrique se permet d’affirmer que « l’opposant Maurice Kamto a été libéré après d’intenses négociations avec le régime de Paul Biya », il convient de se demander au fond les contreparties demandées et obtenues pour finaliser le deal entre ces différentes parties. Les dessous stratégiques d’une telle opération interrogent l’histoire politique du pays. Au risque de réveiller certains démons qui hantent nos doutes au sujet des hommes politiques et des partis qu’ils dirigent.

Rappelons-nous en 1992, John Fru Ndi, un autre opposant dans toute la splendeur héroïque de ce mot, réussit à rassembler le peuple insatisfait autour de ses idées et de son combat. Comme le MRC d’aujourd’hui, il disposait alors de tous les atouts : l’empathie, le programme, les actions courageuses sur le terrain, l’adhésion de toutes les couches sociales à un discours. Sa popularité est alors au sommet. Au point qu’on lui reconnait aujourd’hui, même au sein du parti au pouvoir, avoir remporté les élections présidentielles de 1992 qui ont donné lieu à un « vol historique » selon les hebdomadaires de l’époque « Challenge hebdo » de Benjamin Zebazé, « Le Messager » de Feu Pius Njawé.

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La pression énorme que met le pouvoir sur lui, entre mise en résidence « surveillée » et tractations diverses l’oblige à céder pour desserrer l’étau asphyxiant sur sa personne. Surfant sur sa célébrité, il entreprend alors de faire le tour de la diaspora et de ses soutiens européens et américains, avec collecte de fonds au menu, pour tenir un discours d’appel à l’apaisement certes louable, mais qui ne cadrait déjà plus avec la soif et la faim d’une opinion publique en mal de changement. Tout ceci pour finir par rentrer dans le rang et ne représenter plus qu’une opposition de circonstances, pour ne pas dire de pacotille, à la merci des désirs stratégiques et tactiques du président de la république. Ce que beaucoup de camerounais vont vivre et vivent encore comme une trahison suprême. Celle du manque de considération pour leur engagement à ses côtés, au prix de leur sang versé inutilement pour magnifier un individu en lieu et place de nobles idéaux dont a besoin le Cameroun. Toutes choses qui ont changé le rapport et la confiance des camerounais à la chose politique jusqu'à ce que Maurice Kamto vienne réveiller ces rêves enfouis pour leur donner une nouvelle espérance.

 La peur d’une nouvelle déception à terme plane donc sur l’inconscient collectif des partisans du changement. D’ores et déjà, il convient de noter que malgré son fameux « Je ne vous trahirai jamais ! » à sa sortie de la prison de Kondengui, accompagné d’une mise en garde «Si certains pensent que le fait d’être libéré c’est la fin de la lutte, alors ils n’ont rien compris, car nous n’avons rien obtenu de ce que nous demandions », certains des aspects de son discours laissent néanmoins pensif.

Ainsi  le fait de n’avoir pas évoqué son « plan de résistance pacifique », mouvement qu’il avait initié en décembre 2018 et qui visait à contester les résultats de la dernière présidentielle, à l’issue de laquelle il avait été proclamé deuxième après Paul Biya ne supposerait-il pas l’abandon de ce qui avait été son combat initial ?

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Si l’option nouvelle à minima est incluse dans cette affirmation que « Le grand chantier que nous avons devant nous est celui de la lutte pour le respect des droits humains et pour un système électoral fiable (…) Je compte sur vous pour que nous menions ce chantier de manière pacifique ». Alors, on est en droit de se demander s’il était justifié d’entraîner autant de camerounais et camerounaises dans une aventure devenue hasardeuse et incertaine. D’autant plus que deux ex-candidats de l’élection présidentielle d’Octobre 2018, Cabral Libii et Serge Espoir Matomba, avaient déjà préféré se cantonner à cette lutte plus pertinente pour la concrétisation officielle d’une victoire par les urnes. Sans engager autant de ressources, ni prendre autant de risques pouvant mener à l’implosion du pays. Car ce combat qui se gagne uniquement dans la représentativité à l’Assemblée Nationale passe par les élections législatives à venir aurait dès lors mieux valu que celui de la contestation des résultats.

Alors vingt ans plus tard l’histoire va-t-elle balbutier ou se répéter au point de nous projeter dans une nouvelle inconnue à la durée incertaine ? Il appartient à Maurice Kamto et compagnie de nous édifier sur le contenu véritable, comme pour les résolutions du dialogue national, de la suite de leurs programmes et actions. La liberté est belle et bonne. Sauf qu’en politique, surtout à ce niveau-là, elle doit se justifier aussi devant le peuple.

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