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CAMEROUN – DIALOGUE NATIONAL : L’ANCIEN SOUS-SECRETAIRE D’ETAT AMERICAIN D’HERMAN COHEN REAGIT. AFRIK-INFORM

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08 octobre 2019

CAMEROUN – DIALOGUE NATIONAL : L’ANCIEN SOUS-SECRETAIRE D’ETAT AMERICAIN D’HERMAN COHEN REAGIT. AFRIK-INFORM

 

L’ancien sous-secrétaire d’état américain adjoint aux affaires africaines, Herman Cohen, est connu pour son rôle majeur qui mit fin à la guerre séparatiste entre l’Erythrée et l‘Ethiopie en 1991, mais aussi aux conflits en Angola et au Mozambique.  Il est selon lui-même présenté à tort par une certaine opinion comme la potentielle bête noire de l’Etat du Cameroun dans le dossier de la sécession de la partie anglophone du pays.  Dans un entretien chez nos confrères de Voice Of America, il a livré son analyse de la situation dont nous livrons les extraits assortis de nos commentaires.

Par Gaston KOUOH

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Pour ce parfait connaisseur de l’Afrique, de ses pays, de leurs équilibres et, la décision par Paul Biya de convoquer un dialogue national à l'issue duquel il a ordonné la libération des personnes emprisonnées dans le cadre des crises séparatistes exprime l’acceptation du constat qu’il est impossible de vaincre par la force. En effet pendant longtemps, et déjà bien au début de la crise, une majorité de l’opinion publique critiquait le manque d’écoute et la lenteur d’action du Président. Ainsi que l’option unique choisie qui était la force. Avec tout ce que cela produisait de montée en puissance dans tous les sens. Des violences et exactions, de guerres d’info-intox propagandistes sur les réseaux sociaux, d’images écœurantes de sauvageries et de manipulations à tête chercheuse qui n’ont fait que rendre plus réel le spectre de la division dans un pays pourtant extrêmement métissé.

La libération de Maurice Kamto  est à son sentiment d’expert « la reconnaissance - par le président Biya -  qu’il existe tout autant qu’avec les anglophones, une marginalisation de certains francophones qui si elle continue risque de mener aux mêmes conséquences, dans cette partie du pays ». Car justement dans un pays aussi métissé et aussi divisé tant localement que dans sa diaspora, l’exacerbation toujours plus forte des tensions en fait une poudrière qui risque l’implosion à tout moment. Il fallait donc baisser la tension générale en évitant une apparition de phénomènes de violence dans les agglomérations urbaines francophones. Mais de notre point de vue, il s’agit aussi d’une reconnaissance d’un problème camerounais global comportant de nombreux  chapitres et points qui sont loin d’être limités à une seule région. D’où l’idée d’un Gand Dialogue National inclusif certes centré sur la crise des régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest, mais encadré par huit commissions aux thématiques prenant en compte des problèmes et solutions pour l’ensemble de la nation.

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Concernant le statut spécial accordé aux régions en crise, Herman Cohen rappelle  « qu’avant 1972 et l’unification, les régions anglophones étaient indépendantes à 90% du fait qu’elles possédaient toutes les institutions de souveraineté dont le Parlement et autres, à l’exclusion de l’armée, la défense et de la monnaie qui étaient du ressort de Yaoundé ». Ce dispositif institutionnel avait fait « l’objet d’un vote du parlement anglophone sous mandat des Nations-Unies en 1962 ». Il garantissait le respect des particularités culturelles anglophones qui pouvaient dès lors s’appuyer sur des lois, règlements et méthodes complètement conçus pour l’expression épanouie des droits et l’accomplissement des devoirs de ces populations.  Or, par le référendum de 1972, ce choix a été « illégalement écrasé ». « La meilleure solution » pour sortir du climat actuel plus que délétère et inquiétant serait selon lui, le retour à la situation de départ, c’est-à-dire à « la fédération qui existait avant 1972 ». Ce serait en effet la seule manière de prendre en compte une fois pour toutes sans arrière-pensées, les bases spirituelles fondamentales de ce peuple dans son besoin suprême de décider pour lui, pour son épanouissement matériel et financier. Or un statut spécial est juste un début de solution graduelle certes encourageant. Mais en aucun cas idéale, à défaut d’être parfaite.

Les réactions des séparatistes à l’issue du Grand Dialogue National et de ses résolutions, y compris de tous les gestes d’apaisement, qualifient l’ensemble du processus  « d’enfumage ». Pour Herman Cohen, les séparatistes ne sont pas en « mesure de lutter » pour la suite. Pour plusieurs raisons qui mettent en lumière la fragilité du sentiment séparatiste confronté à une opacité des commanditaires et donneurs d’ordre, à une division pour un leadership pas clairement défini entre toutes les factions et des sources de financements et de moyens opaques (Voir sur ce sujet le dossier de nos confrères Investiraucameroun et agenceecofin paru en Juin 2018 que nous republions). D’autre part, « parce qu’ils sont loin d’être majoritaires » dans la partie anglophone, malgré «  le bruit qu’ils font ». Cette affirmation confirme la prise en otage manifeste d’une grande partie de la population de ces régions (même si certains le nient) par quelques groupuscules locaux entreprenant dans la surenchère de violence, le racket, les rapines et les enlèvements. Ceux-ci sont entretenus soit par des fausses promesses venant d’une diaspora individualiste éclatée en mille morceaux, victime d’une tromperie internationale sans vouloir le reconnaître. Soit alimentés financièrement de l’intérieur du pays par des prétendants-présidents de la république tapis dans l’ombre des couloirs feutrés ou des prions dorées de Yaoundé ou d’ailleurs. Raison pour laquelle d’ailleurs l’accent de cette nébuleuse est mise en priorité sur la nuisance disproportionnée par les réseaux sociaux qui coûtent moins cher et permet moins une identification rapide.

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D’ailleurs, il juge que ces séparatistes ne « réfléchissent pas » dans le bon sens d’un pays dit indépendant et se nourrissent « d’illusions ». Dans le sens où ils ne sont pas portés par une réflexion « viable » sur les prévisions concrètes de financement des dépenses de souveraineté telles que la défense, les infrastructures, la santé, l’éducation, etc. Ceci du fait qu’ils ne sont propriétaires d’aucune source de revenu, surtout pas « du pétrole de la mer avoisinante » (triangle de Bakassi). Ce qui confirme là-aussi si besoin est, la vaste spéculation des sécessionnistes uniquement centrée sur des richesses naturelles abondantes dont ils n’ont ni la propriété, ni le savoir, ni la capacité, encore moins les moyens financiers et industriels pour l’extraction, la transformation et la commercialisation. Raison pour laquelle, ils deviennent des proies faciles pour les organisations du grand banditisme international infiltrés par ses paravents de structures, d’organisations passées maitresses dans la manipulation des hommes, des chiffres et des opinions publiques (Voir encore le grand dossier du financement des séparatistes anglophones).

Pour finir, il leur conseille en connaisseur, « de rester ensemble avec les francophones mais dans une certaine autonomie ». Elle permettrait avec le temps de réparer les injustices passées comme présentes garantissant un pacte social conforme aux aspirations des individus et de la communauté nationale dans sa diversité. La question de fond reste donc encore et toujours le contenu constitutionnel et législatif réel, équilibré, franc et total, qui va être donné aux propositions de résolutions du Grand Dialogue National.  C’est en eux et avec les camerounais de toutes les sensibilités politiques, que se situent la paix et la stabilité durables.

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