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CAMEROUN-ELECTIONS 2020 : BOYCOTT DU MRC, IMPLICATIONS ET CONSÉQUENCES. AFRIK-INFORM.COM

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25 novembre 2019

CAMEROUN-ELECTIONS 2020 : BOYCOTT DU MRC, IMPLICATIONS ET CONSÉQUENCES. AFRIK-INFORM.COM

 

En annonçant sa décision de ne pas prendre part au double scrutin législatif et municipal, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) constitue un coup de tonnerre dans le paysage politique camerounais. L’influence de ce revirement vous est décrypté dans cet essai d’analyse situationnelle.

Par Gaston KOUOH

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C’est tel un coup de tonnerre qu’a été accueillie la décision du MRC, par son leader charismatique, Maurice Kamto, de ne pas participer aux élections couplées législatives et municipales convoquées en février 2020 dont la date de clôture de dépôt des candidatures courent jusqu’à minuit de ce même jour. Pourtant les préparatifs étaient bien avancés avec des noms de candidats investis par le parti pullulaient dans la presse et les réseaux sociaux. Sans compter les annonces récurrentes, vraies ou fausses, de démission de personnalités et barons de la politique de nombreux autres partis vers le MRC. Qu’est ce qui a donc bien pu se passer pour en arriver à cette volte-face qui change tout, pas seulement pour le MRC lui-même, mais aussi pour tous les acteurs en compétition ?

D’un point de vue stratégique, au lendemain de sa libération après huit mois d’emprisonnement à la prison centrale de Yaoundé-Kondengui en compagnie de son état-major d’alliés de la dernière présidentielle de 2018 et plusieurs centaines de ses militants, l’émérite juriste et son appareil ont voulu reprendre la main à leur façon sur l’actualité politique, à défaut du calendrier. Si Paul Biya persiste dans la technique de la maîtrise des horloges politiques pour désarçonner l’opposition et faire passer ses méthodes contestables, au MRC, la maîtrise du terrain des contestations politico-juridiques pointilleuses et gênantes, qui lui fait conserver les bonnes grâces du peuple.

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La lutte de positions continue, mais cette fois-ci dans un refus de s’associer à ce qui s’apparente à une mascarade. Une de plus, qui avait déjà commencé à se faire jour avec le refus larvé hypocrite et forcément contesté à hue et à dia des sous-préfets de signer les documents de candidature des candidats du MRC. C’est en ce sens que les explications du Président Kamto sur les raisons de cette annonce portent essentiellement sur des arguments juridiques portant sur l’encadrement légal des élections au Cameroun. D’où la revendication, en tant que condition sine qua non,  de changer au préalable le code électoral pour espérer voir le MRC présenter des candidats.

Mais au fond, c’est aussi l’occasion de vouloir montrer le poids électoral du MRC qui va se manifester par le chiffre de l’abstention. Preuve sera ainsi faite à la nation et au monde qu’il continue de se jouer une comédie en plusieurs tableaux au Cameroun certes entre la crise du nord-ouest et sud-ouest et le combat pour les libertés fondamentales. Toutes choses qui ne peuvent être résolues sans le MRC comme interlocuteur privilégié, sinon unique, en comparaison à d’autres forces.

D’un point de vue tactique, cela oblige tous les partis de l’échiquier camerounais, y compris le RDPC au pouvoir, à revoir une nouvelle fois leurs copies à tous points de vue. Car tout porte à croire que la préparation de chacun d’eux à cette échéance était principalement centré sur les adversaires les plus représentés dans la population et géographiquement sur l’ensemble du territoire, donc le MRC, le SDF et le PCRN dans une moindre mesure. Ainsi que sur la recherche de personnalités reconnues capables de s’imposer dans certaines localités et agglomérations. Avec ce que cela implique comme jeux d'alliances locales et l’obligation de courtiser de nouvelles figures. Il ne faut pas oublier que l’enjeu de ce scrutin est la conquête de territoires à administrer ou à représenter. Ce qui demande un ancrage local avec des listes présentant une diversité d’origines des candidats qui limite les possibilités d’existence d’un vivier électoral.

Or cette décision va provoquer des remous au sein même du MRC où diverses personnalités anciennes ou nouvelles s’étaient déjà préparées en temps et en moyens à en découdre avec d’autres. La gestion de cette frustration risque de générer des ressentiments et provoquer des fissures dans les relations. Notamment chez ceux qui viennent fraichement de quitter d’autres navires en espérant avoir un avenir politique radieux en termes de postes et mandats électifs. Ou alors aux militants de la première heure qui trouveront que c’est un manque de considération face à leur engagement. Sans oublier qu’elle prive le MRC d’aller véritablement à la rencontre des populations pour capitaliser sur l’engouement qu’il suscite, à tort ou à raison, chez de nombreux camerounais. Il me semble que le changement qu’il prône devrait commencer par la résolution des problèmes au plus proches des électeurs, ce qui permettrait donc, en cas de réussite, de construire des bastions un peu partout. Il faut aussi prendre en compte la frustration des militants, sympathisants et suiveurs qui s’étaient inscrits en masse sur les listes électorales aux fins de vaincre dans les urnes. Autant de considérations qui laissent penser aux risques de la politique de la chaise vide que le SDF a connu  en son temps en 1997. Et qui lui a coûté quoi qu’on en dise.

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