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CAMEROUN-POLITIQUE : UN MINISTRE DESTITUE UN CHEF TRADITIONNEL. AFRIK-INFORM

Le ministre camerounais de l’Administration Territoriale, Paul Atanga Nji,  a publié un arrêté portant destitution d’un Chef  traditionnel de 3ème Degré, Biloa Effa du quartier Messa Nkoba’a situé dans le 2ème arrondissement de Yaoundé. Cette décision suscite une vive polémique dans le pays.

Par Gaston KOUOH

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Lu au journal de la mi-journée à 13 heures sur les ondes du média public la Cameroon and Radio Television (CRTV), le communiqué a vite fait de surprendre plus d’un auditeur et observateur du paysage politique camerounais. Les raisons évoquées pour ce limogeage sont triples : l’instigation à l’insurrection et l’incitation à l’insurrection, l’insubordination caractérisée à l’endroit des autorités administratives et enfin la participation active à une manifestation publique interdite.

Il faut noter que ledit chef ainsi remercié est une figure du combat politique actuel au Cameroun, à travers ses activités militantes au sein du Mouvement de la Renaissance pour le Cameroun (MRC) où il vient encore d’être nommé président de la commission régionale du Centre qui ira de porte en porte faire le travail explicatif des arguments et solutions de son parti auprès des populations. Bref un vrai caillou dans la chaussure de l’administration camerounaise dont un article subordonne la fonction de chefs, qu’ils soient de villages ou de quartiers, à une homologation de l’administration en charge des territoires.

Or tout chef, surtout traditionnel comme l’est Biloa Effa, est d’abord une émanation de la volonté des groupes de populations résidentes sur une zone géographique. En les liants hiérarchiquement aux pouvoirs publics par des missions et un traitement, il est logique que soient interrogés les tenants et les aboutissants d’un tel dispositif qui détourne ces gardiens des traditions de leur mission première et sacrée. Notamment les buts recherchés par l’Etat en quadrillant ainsi l’ensemble du territoire national. Pas étonnant que cela crée et fasse partie de ce qui fâche.

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D’autre part, tout chef est d’abord un être humain, avec ses droits et devoirs garantis et assurés dont l’expression libre de ses convictions, opinions et avis. Mais aussi celle de militer dans le parti de son choix, fusse t-il opposé à la majorité présidentielle. L’essentiel étant de remplir chacune de ses missions dans un cadre parfaitement défini dans le droit positif camerounais et pas que dans les interprétations de prétoire. Il va de soi que l’action du ministre est une preuve de la volonté de faire perdurer une mainmise de fer sur ceux qui osent publiquement affirmer des positions contradictoires.

Dans un Cameroun en proie à diverses tensions entre tenants du changement et partisans du pouvoir en place, cela semble une goutte d’eau de plus sur le gaz d’une crise séparatiste et sociopolitique. Ce communiqué intervient comme un possible accélérateur supplémentaire dans l’édifice d’une opinion publique déjà grandement larvée de divisions, malaises, coups bas et tentatives constantes de consacrer le statu quo des libertés publiques et individuelles.

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