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AFRIQUE - EDITORIAL : LA POLITIQUE EN AFRIQUE, L’ART DU GRAND ÉCART. AFRIK-INFORM

Certains hommes et femmes d’Afrique ont décidé à leur manière de participer à la construction de leurs pays. En faisant de l’action politique, leur engagement personnel, leur vision  de la société et leur source d’intérêts. Ils se font connaitre par leurs idées, positions, avis et opinions sur les grandes questions qui dictent la vie d’une nation et d’une société. Les partis politiques sont leur creuset naturel et les organisations de la société civile, leur autre canal d’entrée dans le grand bain de l’action politique. Chacun est libre du choix de l’organisation pour laquelle il milite et des valeurs et principes qu’il défend. Que ce soit pour le parti au pouvoir ou pour l’opposition, toutes les positions sont valables dans lé débat et la construction nationale.

 Par Gaston Kouoh

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Mais lorsqu’un citoyen engagé dans un parti d’opposition, fusse t-il chef traditionnel ou de quartier comme Sa Majesté Biloa Effa de Yaoundé 2ème, se retrouve destitué par un arrêté du ministre de l’Administration Territoriale du Cameroun, cela fixe la frontière entre la politique en démocratie et la politique politicienne dans une dictature qui ne veut pas dire son nom. Dans un pays où les véritables gardiens des traditions ont été exclus, au profit de ceux choisis sur des critères ne tenant que de leur soumission en tant qu’auxiliaires administratifs de l’Etat, il n’est pas étonnant d’en arriver là. Surtout lorsque ce genre de décision illégale est plutôt de nature à verser de l’eau dans le gaz d’un pays déjà en ébullition avancée.

 En légitimant ce genre de démarche, malgré un arrêt des poursuites judicaires décidées par le chef de l’Etat à des fins de décrispation générale, le gouvernement démontre de fait l’absence de séparation entre pouvoir exécutif et judiciaire au Cameroun. Mais surtout la perte totale du sens du management et de cette boussole dont la mission première est de bâtir, apaiser et rassembler les diversités d’une nation autour d’idéaux positifs.

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Que dire aussi des positions pleines d’intérêts personnels affichées dans ce même Cameroun par des leaders d’opposition qui s’illustrent par la variété de leurs pas de danse et la souplesse de leurs contorsions, à l’instar de Joshua Osih du Social Democratic Front (SDF) ou encore Cabral Libii du Parti National pour la Réconciliation Nationale (PCRN) qui parviennent à être à la fois partisans pour aller aux élections municipales et législatives de février 2020, tout en rendant responsable le Président Biya en cas de décès d’une seule personne dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-ouest lors des meetings électoraux. Vous avez dit grand écart ?

Ce genre d’exemples pourrait être multiplié à l’infini sans que cela émeuve outre mesure en Afrique et dans les grandes puissances ou organisations internationales. Le quatrième mandat d’Alpha Condé en Guinée, qui est un passage en force flagrant malgré le refus tonitruant des populations ; la dérive subtilement autoritaire de Patrice Talon au Bénin où le musèlement de l’opposition semble être la seule feuille de route politique de l’homme d’affaires devenu entrepreneur politique. Et bien d’autres auparavant.

Sauf qu’il faut que les Etats africains, ainsi que les hommes et femmes politiques de nos pays, sachent respecter la liberté de choix et d’actions des êtres et des institutions. Qu’ils comprennent que c’est de la diversité des idées, de la contradiction dans le débat, que nait la lumière des solutions. Car à trop vouloir faire taire son chien, il finit par se rebeller et mordre celui qui se croyait son maître. Ce qui serait dommage et constituerait un retour en arrière, dans l’obscurité et l’obscurantisme des temps révolus.

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