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ALGÉRIE – PRÉSIDENTIELLE : LE PEUPLE DIT NON A UNE MASCARADE ÉLECTORALE. AFRIK-INFORM

 

Plus que quelques heures en Algérie pour la présidentielle, mais la situation est loin d’être sous contrôle avec certitude dans tout le pays. Un appel massif au boycott a été lancé et depuis, toutes les rues d’Alger sont prises d’assaut par des hommes, des femmes et surtout les étudiants qui expriment leur ras-le-bol du système actuel. Ils estiment qu’aller à ces élections sans véritables assurances reviendrait à ce que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Par Abdoulaye Raman

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Cela remonte déjà à quelques jours que le peuple algérien s’indigne face à l’attitude du gouvernement de vouloir maintenir l’élection présidentielle de ce 12 décembre contre leur gré, et malgré tous les griefs soulevés autour des conditions de ce scrutin et surtout, de la situation globale du pays. D’où une adhésion massive à la protestation de rue dont les raisons sont multiples.

D’abord, le fait que la commission ayant conclu de l’opportunité de ces élections soit considérée illégal pour le peuple. Car parrainée par un président par intérim de 77 ans, Abdelkader Bensallah, qui a outrepassé son mandat qui selon la constitution ne peut aller au-delà de 90 jours. En outre, la décision d’organiser absolument cette élection est imputée au très contesté général d’armée à la retraite de 79 ans, Ahmed Gaïd Salah, par ailleurs chef d’État-major de l’armée depuis 15 ans et l’homme fort du pays depuis avril 2019. Sa mainmise sur l’ensemble du processus électoral cristallise les reproches des manifestants.

Par ailleurs, un fossé générationnel fait aussi le lit de cette fracture profonde entre le pouvoir et la rue.  Celle-ci trouve inadmissible que, pour une élection dite sérieuse, il y ait des candidats dont la tranche d'âge est de 60 à 75 ans alors que le peuple qu’ils prétendent vouloir diriger est essentiellement constitué de jeunes dont la moyenne d’âge est de 30 ans.

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Cependant, vu la mobilisation qui va croissante et pourrait déboucher à un chaos, les forces de maintien de l’ordre ont du pain sur la planche. Ils ne se lassent pas d’arrêter des manifestants qui refusent de quitter les rues pour retourner dans leurs maisons respectives ou de vaquer à leurs occupations habituelles. Malgré ces arrestations, l’on peut noter que depuis quelques jours dans plusieurs coins du pays, l'on assiste à des rassemblements corporatistes, renforcés par des étudiants sortant en grand nombre pour crier haut et fort leur refus d’une élection fabriquée. Ni d'une élection où le vainqueur sera choisi par un groupe de personnes en lieu et place de la volonté souveraine du peuple. La société civile et les partis politiques ne sont pas en reste. Ils ont également publiés des communiqués dans lesquels ils exhortent les citoyens au boycott massif de ce qui est pour eux, un simulacre de vote que veut organiser le gouvernement.

Il faut noter que ce boycott à la présidentielle ne concerne pas seulement les citoyens résidant en Algérie. Ceux de l’étranger, à l'instar de Nanterre,  dans le département des Hauts de Seine en France, se sont aussi regroupés devant le consulat d’Algérie à Paris. Avec pour même mot d’ordre, le boycott, « Tant que la mafia est au pouvoir » pouvait-on lire sur des pancartes brandies pour la circonstance. Cette mobilisation populaire déterminée pourrait troubler la tenue de ce scrutin. Et le gouvernement, malgré sa mise en garde ferme affirmant par Ahmed Gaid  Salah être « prêt à faire face, avec la force de la loi, à quiconque tenterait de cibler et perturber la sérénité de cette journée », n’ignore pas les risques de ce bras de fer au plus haut de la tension.

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