CAMEROUN: CHRONIQUE D'UNE DÉMOCRATIE MAL NÉGOCIÉE.

Paul Biya n’est-il pas victime de la turpitude de son peuple ?

Les camerounais n’ont-ils pas le leader qu’ils méritent ? Ces questions hantent les esprits  lorsque l’on observe comment les camerounais vivent au quotidien. Font-ils assez d’efforts pour mériter leurs dirigeants ? Là se trouve toute la problématique de la vacuité politique du citoyen.

Par Rodrigue Tchokouaha

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Une démocratie mal négociée,  poison lent pour la société. Il faut par ailleurs relever que chaque communauté est responsable de la démocratie qu’elle s’est implémentée. Lorsqu’une démocratie est mal négociée, on a forcément besoin d’un homme fort et craint au sens propre du terme, pour guider la communauté de mains de fer. Car le pouvoir sera tenu par un groupuscule de personnes issues d’une minorité électorale. Ayant le privilège de tenir le trésor et les armes. Ils vont profiter de leur position pour truquer le jeu électoral, tout en tenant les mécontents issus de la majorité électorale sous la menace de leurs armes. « Ne tente pas, sinon on va tirer sur toi ». Ça s'appel le braquage constitutionnel et électoral. A la tête d’un tel Etat, il peut être compréhensible qu’on ait besoin d’un homme craint, un homme lion, un homme « fort ».
Par contre, lorsqu’une démocratie est bien négociée, on n’a pas besoin d’un homme craint pour être respecté. Celui qui est issu de la majorité appliquera naturellement la Constitution qui est la Loi fondamentale, sans avoir besoin de truquer ou d’éluder quoi que ce soit. Car il s’agit là d’une démocratie basée sur les fondements de l’équité, du consensus, de la liberté et de la sécurité pour tous. Dans les démocraties mal négociées, les fauteurs de trouble sont souvent ceux qui sont mis à l’écart, pour ce qui est de la gestion de la communauté, communément appelée gâteau national. Par contre, dans une démocratie bien négociée, les institutions fonctionnent normalement et elles font fonctionner la communauté, même en l’absence d’un gouvernement (cas de Belgique). Dans une démocratie bien négociée, chaque personne se sent appelée à ses devoirs citoyens ; il va à la recherche de la satisfaction de ses droits, il recherche la liberté, ceci à travers la promotion d’une rivalité saine et équitable entre les partis politiques et autres sensibilités nationales, afin que de cette mouvance sortent les meilleures idées, qui puissent aider à porter le flambeau de la liberté, toujours plus haut et plus fort.
La démocratie camerounaise est mal négociée à plusieurs points de vue. Tenons par exemple le principe de l’égalité des chances qui est l’essence même de la démocratie est bafoué à plusieurs niveaux. Le principe de l’équilibre régional, bien qu’étant un catalyseur de stabilité dans une Afrique multi-ethnique et multiculturelle, demeure une épine et plombe le  mérite . Et par ricochet , freine le progrès. A cela s’ajoute les dissensions, les divisions tribales, la guerre des religions, celle des loges et des réseaux. Sans oublier que le peuple  lui aussi, est plongé dans l’exubérance, la jouissance, la distraction.

Un peuple politiquement immature, inapte ou maladroit à la revendication, un peuple bigarré qui n’arrête tout de même pas de se plaindre alors qu’il ne fait rien pour revendiquer ses droits, mais qui curieusement demeure inactif face à ses devoirs fondamentaux de citoyens. Un peuple qui regarde avec passivité les débats qui se font à la télé et dans les réseaux sociaux, un peuple qui ne s’intéresse pas aux projets et au jeu politique ; il ne s’intéresse pas au processus électoral afin de trouver des solutions à ses problèmes, à ses malaises. Ensuite la communauté internationale qui fait tout pour garder la main mise sur certains Etats quitte à les déstabiliser. Tout ceci fait qu’il est difficile d’arriver à une négociation démocratique équitable. Cette difficulté a été reconnue par le Chef de l’Etat lui-même lorsqu’il disait en présence de François Hollande que « la démocratie camerounaise est semblable à une médaille dont on préfère montrer le revers et non l’envers de la médaille elle-même ».