BENIN – POLITIQUE, LES 100 JOURS DE PATRICE TALON : LE MAÇON AU PIED DU MUR.

En prenant le pouvoir le 6 Avril dernier, Patrice Talon avait énoncé les grandes lignes de son mandat. Il promettait d’assainir les finances publiques, restructurer l’économie nationale et la rendre plus compétitive. Mettre en œuvre des réformes politiques, reconstituer le tissu social et restaurer la crédibilité du pays et lutter contre la corruption. Le Chef de l’Etat béninois avait donc baptisé son projet de société « Nouveau départ ». A l’heure du bilan des 100 jours, l’opérateur économique devenu homme politique peut se satisfaire d’un bilan avec plus de bons points que de mauvais.

HABIB HASSANA

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Sans bénéficier d’un état de grâce, Patrice Talon se sera retrouvé bien vite plongé dans des mouvements sociaux. Les célébrations de la victoire furent de très courte durée, (d’ailleurs les cérémonies de remerciement au chef de l’état sont désormais bannies) rapidement diluées par les coupures d’électricité et des manifestations de colère à l’instar de celle des lauréats du concours de recrutement à la fonction publique sur l’annulation de ce concours. Les greffiers, les travailleurs de l’administration centrale du ministère des Finances, les agents de la trésorerie publique, les commerçants du marché Dantokpa, les fonctionnaires du ministère du Commerce, tous vont leur emboîter le pas. S'insurgeant contre des situations héritées de l’ancien régime et d’autres que le pouvoir en place a lui même fabriquées.

Mais en réalité, et il est assez surprenant que jusque là, l’environnement politique soit plutôt calme…Un peu comme si Patrice Talon n’avait pas (encore) d’adversaire en 100 jours d’exercice du pouvoir. Il faut dire que Patrice Talon a axé sa gouvernance sur les réformes conduites par des groupes de travail, dont cinq des dix commissions mises sur pied ont déjà rendu leurs conclusions et la mise en application de leurs recommandations est sans doute imminente.

Dans le milieu des affaires dont est issu Patrice Talon, son arrivée au pouvoir avait fait naitre le grand espoir d’une amélioration du climat des affaires dans le pays. Mais cent jours après la prise de pouvoir de Patrice Talon, les signaux d’une relance économique tardent à se faire voir à l’horizon. La faute, en grande partie à la crise qui secoue le Nigeria et qui par effet de contagion plombe l’activité commerciale du Bénin dont l’essentiel est tourné vers ce marché de près de 200 millions de consommateurs. Du coup, le pays subit une stagnation voir la baisse des recettes fiscales. Cependant, la sérénité retrouvée après la présidentielle du 6 avril dernier et la dynamique d’assainissement entreprise par les nouvelles autorités annoncent une relance à moyen terme de la croissance du pays. Le correctif budgétaire voté, beaucoup de prestataires de l’Etat attendent impatiemment l’apurement de la dette intérieure promise par l’Exécutif, ce qui devrait survenir dans les prochaines semaines. Le secteur du coton est celui qui aura néanmoins bénéficié de la plus grande attention du nouveau gouvernement. Cet entrain a permis d’engager les remboursements des arriérés de paiement aux cultivateurs, et l’association du secteur privé dans la gestion de la filière, avec l’objectif d’atteindre un record de production lors de la campagne cotonnière 2016-2017.

Malgré ce bon point, la politique de promotion industrielle manque encore de visibilité et la nouvelle orientation que le nouveau régime entend donner à ce secteur reste une inconnue. En matière d’investissement, les 200 milliards de francs CFA mobilisés à l’issue du premier emprunt obligataire du nouveau régime, permettent au gouvernement de disposer de ressources propres pour lancer certains programmes d’investissement, en attendant de grands travaux. Reste juste à se consacrer à restaurer la bonne gouvernance matérialisée par exemple par plus de transparence dans les opérations au port de Cotonou.