BOKO HARAM : LA GUERRE DES CHEFS.

 

Ceux qui se demandaient si Abubakar Shekau est toujours en vie, viennent d’en avoir confirmation. Le leader de sinistre réputation de Boko Haram conteste son éviction de l’organisation terroriste et annonce de la sorte un combat de chefs avec la nouvelle égérie du protecteur Etat Islamique, Abou Mosad Al Barnawi nommé nouveau leader des insurgés qui opèrent au Nigeria et dans la zone du lac Tchad.

Par Habib Hassana

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Le silence dans lequel s’était muré le leader de Boko Haram a donc pris fin. Muet depuis Novembre 2015, Abubakar Shekau n’a que très peu apprécié le fait  que l’Organisation Etat Islamique à laquelle il avait pourtant fait allégeance en 2015 procède à son remplacement par la nomination d’un de ses ennemis Abou Mosad Al Barnawi. Et ce via , un communiqué paru dans le magazine de l’EI. Ce qui en rajoute à la colère de celui qui rêve d’instaurer un califat religieux dans les confins du Nigéria, du Tchad et du Cameroun.  

Dans un message vocal posté sur Youtube, Shekau affirme ne plus vouloir faire confiance aveuglement à l'EI, sans remettre toutefois réellement en cause son allégeance qui date de 2015, un acte qui avait pourtant rompu avec une doctrine du groupe traditionnellement plus proche d'Al-Qaïda. Il en profite pour accuser Barnawi et ses disciples d'avoir essayé de monter un coup contre lui en envoyant des informations erronées aux dirigeants de l'EI au Moyen-Orient. Se déclarant surpris par l’attitude des responsables  de l’EI, il précise que les huit lettres envoyées aux leaders de l'EI et dans lesquelles il réitérait son allégeance à l'organisation djihadiste, seraient toutes restées sans suite jusqu'à son éviction de la tête du groupe dont il a pris la direction après la mort de son fondateur et chef spirituel en 2009.

"Peu importe la situation, nous allons nous battre jusqu'à ce que nous établissions un état islamique," a-t-il dit en arabe. Justement, et c’est peut être les méthodes de Shekau qui posent problème. La violence extrême perpétrée par Boko Haram ces deux dernières années contre des populations en grande majorité musulmanes, les kidnappings de femmes et d'enfants, les attaques de mosquées, auraient rapidement été désapprouvés par des membres de l'EI, créant des tensions. Daech chercherait à évincer Shakau, leader contesté, affaibli et qui a perdu beaucoup de terrain ces derniers mois, face aux armées nigériane, tchadienne mais surtout camerounaise. L'insurrection menée par Boko Haram - et sa répression par les forces de l'ordre - ont fait au moins 20.000 morts et 2,6 millions de réfugiés dans le nord-est du Nigeria et les régions frontalières des pays voisins, autour du lac Tchad.

Dans le camp d’en face, les partisans de Barnawi accusent Shekau de violer les idées fondatrices de la secte, mais aussi, d'avoir chassé des conseillers militaires de l'EI dans le but de récupérer pour son compte d'importantes quantités de vivres et munitions. Une scission n'est plus à exclure, avec une branche de Boko Haram proche de l’EI qui internationaliserait le conflit et viserait plutôt des cibles occidentales en Afrique. L’autre branche qui serait fidèle à Aboubakar Shekau  et continuerait de frapper autour de l'état de Borno, l'un des plus pauvres du Nigeria et berceau de Boko Haram. Au demeurant, cette guerre des chefs n’augure rien de bon pour la suite des événements dans la région, Boko Haram pouvant désormais se battre contre Boko Haram et contre le Nigéria, le Cameroun et le Tchad .