CONGO-BRAZZAVILLE : LE CHIEN ABOIE, LA CARAVANE PASSE…

Après les francs maçons, les altercations et le sang, les bouderies du people laissent Sassou zen.

Par Patrick clement Oyieh

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Pour les chefs d'État autoritaires, rien de mieux qu'une élection «démocratique» pour asseoir leur légitimité. Denisse Sassous Ngesso s'inscrit dans la liste des présidents africains experts dans l'art de se faire élire sur des scores indiscutables et en changeant la constitution aux prix des vies humaines de ceux qui font le choix de s’opposer à leur volonté suprême.

De plus en plus de pays dans le monde organisent des élections au suffrage universel pour élire leur président. Mais derrière ce signe encourageant pour la diffusion de la démocratie, se cachent des élections qui n’ont de démocratiques que le nom. Intimidation des opposants, médias contrôlés par le pouvoir, électeurs menacés, votes truqués, candidat unique : les régimes autoritaires rivalisent d’inventivité pour s’assurer des résultats électoraux qui asseyent leur légitimité.

En 2015, au Congo-Brazzaville, les électeurs avaient largement boudés le référendum sur un projet de Constitution qui avait, en revenant sur la limitation des mandats présidentiels, permit une nouvelle candidature du chef de l'État Denis Sassou Nguesso en 2016. Groupés en plusieurs coalitions, les opposants au chef de l’État avaient appelé à boycotter ce qu’ils ont qualifié de « coup d’État constitutionnel ». « Je crois que [le mot d’ordre] a été suivi », a déclaré Guy Brice Parfait Kolelas, un des chefs de file de l’opposition au référendum, assigné à résidence à Brazzaville.

Tout au long du scrutin, qui s’est achevé à 18 heures locales (17 heures GMT), aucune file d’attente n’a été constatée dans les différents bureaux de votes visités par l’AFP dans la capitale, à l’exception de celui où a voté le chef de l’État et ce, au moment où il y est passé. Les résultats ont été diffusé.

Ni affluence, ni engouement

Au deuxième bureau du centre de santé de Kinsoudi, dans le sud de la capitale, traditionnellement acquis à l’opposition, le dépouillement était terminé dès 18h15. Résultat : sur 833 inscrits, 184 « Oui », 48 « Non » et douze bulletins nuls. Le bureau de l’hôtel de ville de Brazzaville (254 inscrits) semblait en revanche faire figure d’exception avec une participation de plus de 96 % et une victoire du « Oui » à 97 % après dépouillement total. Au deuxième bureau du centre de santé de Kinsoudi, dans le sud de la capitale, sur 833 inscrits, 184 « Oui », 48 « Non » et douze nuls.

À Pointe-Noire, un journaliste de l’AFP a pu constater un quart d’heure avant la fermeture du scrutin que les quatre urnes transparentes d’un centre de vote du quartier 120 Mpaka contenaient au total une quarantaine d’enveloppes, avant d’être chassé par des policiers. Selon une source à la mairie d’Ouesso, dans le nord du pays, « il n’y a pas eu d’affluence, ni d’engouement » pour le vote dans cette ville de l’extrême nord du pays. À Owando, à 420 km au nord de Brazzaville, « bon nombre de votants n’ont pas fait le déplacement », selon une source militaire. La participation semble avoir été un peu plus active à Dolisie, selon des témoins.

« Pas de rassemblement aujourd’hui »

« Nous voulons changer pour avoir une Constitution d’avenir et non comme les autres l’évoquent de façon superficielle parce que le président veut briguer de nouveaux mandats. Cette question n’est pas à l’ordre du jour », a affirmé Denis Sassou Nguesso après avoir voté. Le projet de nouvelle constitution permettrait toutefois de faire sauter les deux verrous qui empêchent actuellement le chef de l’État de briguer un troisième mandat : la limite d’âge et celle du nombre des mandats présidentiels.

Plusieurs ONG locales et internationales avaient dénoncé un climat de « répression » rendant impossible la tenue d’un scrutin dans des conditions démocratiques, opinion partagée publiquement par l’Union européenne. Aucun incident majeur n’avait toutefois été signalé, mais à Pointe-Noire, selon Brice Mackosso, secrétaire général de la commission diocésaine catholique locale Justice et Paix, la police avait interrompu trois messes dominicales en arguant qu’il ne pouvait y avoir « de rassemblement aujourd’hui ». Une source à l’évêché avait incriminé une décision du préfet, alors qu’aucune directive ministérielle n’avait interdit les cultes dimanche.

Quand les loups se mêlent

Le Député européen et vice-président du Front national, Louis Aliot était curieusement monté au créneau depuis le début du mois d'octobre 2015 pour intervenir dans le débat intérieur congolais. Après avoir interrogé le Conseil européen sur le thème « Que comptez-vous faire pour contraindre le président congolais à renoncer à son projet de référendum ? », le compagnon de Marine Le Pen avait récidivé le 22 octobre en interpellant François Hollande sur le plateau de la chaîne Public Sénat. Faisant référence à la position exprimée la veille par ce dernier selon laquelle « le président Sassou peut consulter son peuple, ça fait partie de son droit, et le peuple doit répondre », Aliot l’avait accusé de « soutenir un dictateur dans sa folie de changer la Constitution pour se maintenir au pouvoir ».

Pourquoi le parti de l’extrême droite française se retrouve-t-il sur la même ligne ultra que des ONG très à gauche comme Survie ? Éléments de réponse : l’un des chefs de file de l’opposition congolaise, l’ex-ministre Guy Brice Parfait Kolélas, est un ancien membre du Front national qui fut proche de Jean-Marie Le Pen et a conservé des liens solides avec ce parti. Nul en effet n’avait entendu Aliot s’exprimer sur ce sujet avant le limogeage de Kolélas du gouvernement de Sassou Nguesso, en août 2015. Le chien aboie, la caravane passe…