CAMEROUN – POLITIQUE : UN PAYS PRIS EN OTAGE PAR LES MEMORANDA

Au Cameroun, c’est devenu une tendance lourde. Chaque région initie son mémorandum pour exprimer son mécontentement dans la gestion du pays. Le président Paul Biya fait actuellement face à une déferlante des mémorandums inities par les élites et populations mécontentes de chaque grande région du Cameroun. Une mode remet au gout du jour la problématique de la gouvernance de ce pays.

Rodrigue Tchokouaha

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C’est un de ses enseignants émérites d’Université, en l’occurrence le professeur Hubert Mono Ndzana, qui pour la première fois du haut sa science, évoque un terme pas du tout commun, un néologisme à la camerounaise : « le ma-partisme », pour décrire le comportement du camerounais lorsqu’il s’agit de poser un acte dans l’intérêt supérieur de la nation. Ce dernier ira d’abord chercher son intérêt personnel et particulier avant l’intérêt général. On comprend aisément pourquoi un pays aussi bardé de richesses peut rester à la traine du développement, pendant que ses petits voisins se développent avec le peu de moyens dont ils disposent.

Le Cameroun, depuis sa fondation sociologique est une mosaïque de tribus (plus de 250 tribus et 400 dialectes qui se croisent plus ou moins) et dans le découpage administratif du territoire, le premier président de la République avait retenu sept (7) régions, appelé à l’époque provinces. l’actuel président est allé plus loin dans ce découpage en divisant le pays en 10 régions, mais à l’heure actuelle, chaque département désire voir nommé un de ses fils comme ministre, chaque région veut voir un de ses ressortissants nommé Directeur Général de société d’état ou parapublique.

Le régime au pouvoir a lui-même consacré cette philosophie lorsqu’il procède aux nominations. On tient compte du critère régionaliste du poste. On nomme un tel pour satisfaire aux exigences électoralistes de la région dont il est ressortissant. Mais alors, ceci est loin du concept de l’équilibre régional qui bat en brèche le sacro-saint principe du mérite, dans la mesure où on n’arrive jamais à satisfaire tous les départements. Certains départements arrivent à être plus présents que d’autres dans la répartition et la gestion du pouvoir. Même le principe du découpage électoral ne parvient pas à être équitable. Des circonscriptions arrivent à engranger plus de députés que d’autres, pourtant elles ont sensiblement la même superficie ou le même nombre d’habitants. Doit-on pour autant comprendre les revendications régionalistes ou tribales ?

Aujourd’hui, ce sont les patriarches du département Mfoundi dans la région du Centre au Cameroun qui demanderaient des comptes à Biya pour n’avoir pas suffisamment pris en compte leurs fils et filles dans l’attribution des postes de pouvoir. Paul Biya l’a souvent fait, mais ils estiment que ce n’est pas suffisant, qu’il peut encore en faire davantage, au risque de léser d’autres départements. Et justement d’un autre côté ce sont les fils du département de la Lékié toujours dans le grand centre-sud qui, tout le temps adressent des motions de soutien au Chef de l’Etat pour encourager leur champion à continuer l’œuvre qu’ ils estiment salutaire pour le pays. Pourtant, l’écrivain politique Ateba Eyene décédé il y a quelque temps parlait des « paradoxes du pays organisateur », pour décrire une région qui a toutes les manettes du pouvoir en mains, mais qui curieusement n’est pas aussi développée qu’on l’aurait cru, en l’occurrence la région d’où est issu le président de la République. Mais il faut aussi se rendre compte que chaque mémorandum n’est pas toujours le bienvenu aux yeux de Paul Biya. Par exemple, après que les ressortissants de l’Extrême-nord aient fait leur mémorandum, ils ont obtenu l’Université de Maroua. A contrario, les populations de l’Est elles aussi avaient produit leur mémorandum, quasiment sans succès. Les revendications sécessionnistes de certains anglophones qui estiment leurs régions marginalisées reviennent aussi au débat chaque année, sans que le pouvoir leur donne une réponse. Et dans tout cela, les natifs de l’Ouest n’ont pas encore posé leurs revendications. Que diront alors les ressortissants du Nkam qui, bien qu’ayant eu des membres au gouvernement et à un niveau très élevé, ont toujours vu leur département enclavé par un manque de routes criard pour y accéder. Toute chose qui finalement relativise la notion de distribution des postes.

Faut-il nommer les fils du département ou alors œuvrer pour le développement dudit département ? Là demeure tout le débat aujourd’hui.