Cameroun: Des espions officiels dans le Pays?

 

Le président Paul Biya s’est toujours montré déterminé à résoudre définitivement la menace de Boko Haram. Pour y arriver, il a fait confiance aux forces de défense camerounaises dans toutes leurs composantes. Il est resté ouvert aux soutiens extérieurs. Le Cameroun a accepté la collaboration des soldats tchadiens engagés sur le sol camerounais au niveau de la région de l’Extrême nord. Le Cameroun a pris sa part dans la construction de la force multinationale mixte de la Commission du bassin Lac Tchad. L’entrée en scène des renseignements américains illustre la détermination des forces coalisées de la zone d’enrayer définitivement Boko Haram.

Par Innocent Man Ngoué

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Depuis peu, un premier contingent de 90 soldats américains de corps expeditionnaire opérationnel a débarqué à Garoua. Ce premier contingent sera rejoint incessamment par d'autres militaires pour atteindre un effectif global de 300 hommes.

Ces troupes, selon le porte parole du président Barack Obama , "seront utilisées dans le domaine du renseignement et de la reconnaissance aérienne... " . Si ces hommes sont armés, " ce serait uniquement pour pouvoir se protéger», a tenu à préciser le communiqué de la Maison Blanche qui donnait ainsi des details de cette expédition.

Cet apport militaire américain est diversement apprécié dans le cadre de la lutte que le Cameroun et les autres pays voisins mènent pour éradiquer Boko Haram. Il témoigne de l'effectivité d'un axe de diplomatie agissante entre Yaoundé et Washington. L’engagement du président américain est la suite des échanges de mi-juillet 2015 que Paul Biya avait eus avec le général de brigade américain, Donald Bolduc, commandant du Commandement spécial des opérations Afrique des Etats-Unis d’Amérique.

Ce dernier avait alors été convaincu par les rapports des techniciens de par et d'autre, qu'une présence militaire américaine du côté camerounais était nécessaire. Maintenant que c'est chose faite, on peut se demander qu'elle en sera l'utilité ? Les spécialistes américains, avec leurs moyens sophistiqués de détection pour le renseignement et la reconnaissance, ils pourront informer les forces de défense et de sécurité camerounaises sur les mouvements des hommes de Boko Haram. Cette possibilité de surveillance du territoire national et des frontières avec le Nigeria n'est pas entièrement à la portée de nos hommes. C'est en cela que l'assistance américaine serait la bienvenue. Nous pensons cependant que cette assistance était utile et justifiable au moment où les troupes camerounaises étaient dans des combats de front avec Boko Haram, qui faisait des incursions osées, avec des hommes lourdement armés dans le territoire camerounais.

Aujourd'hui , avec l'entrée du Tchad en guerre et la possibilité de déssoucher Boko Haram de ses bases arrières en territoire nigérian, les actions de ces desperados sont devenues isolées, sporadiques, sous la forme de kamikaze. Les artificiers des explosifs de Boko Haram agissent en individuel, dans des domiciles, difficilement détectables par les drones américains. La guerre s'est déplacée des frontières dans nos villes par des suicides. À ce niveau, seule la police et les populations, par la sensibilisation et l'encadrement, seraient plus indiquées à combattre les actions des kamikazes, plutôt que les drones ou les GI's. Les Américains n'arrivent-ils pas trop tard?
Nous avions besoin de leurs armes , de leurs munitions, de leurs engins et de leurs drones quand nos soldats étaient au front. Ils ne sont pas venus renseigner nos hommes avec leurs moyens sophistiqués, sur les mouvements de Boko Haram. La présence des GI's à nos côtés est plus dissuasive qu'opérationnelle maintenant.

Ils peuvent par contre utiliser leur expertise afin d'indiquer à nos services où sont fabriqués les explosifs dont se servent les kamikazes, et qui finance cette macabre activité ? A défaut d'une réponse appropriée à cette préoccupation, nous continuerons d'affirmer que les GI's arrivent trop tard pour aider nos forces de défense dans leur combat contre la secte Boko Haram.