NIGERIA : BUHARI MALADE, OSIBANJO GERE LE PAYS AVEC UNE TOUCHE SPECTACULAIRE

Parti en congés à Londres le 19 janvier, le chef de l’État nigérian qui a prolongé son séjour pour des raisons médicales non révélées au grand public, a confié avant son départ les rênes du pouvoir à son vice-président, Yemi Osinbajo, comme le permet la Constitution. Et ce dernier déborde d’activité.

Par Achille Assako

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

Voyages à l'étranger, discussions avec les indépendantistes, inspections d'infrastructures... Le président par intérim du Nigeria, Yemi Osinbajo, est sur tous les fronts depuis qu'il remplace provisoirement à la tête du pays le plus peuplé d'Afrique Muahammadu Buhari, soigné en Angleterre. A 59 ans, ce technocrate d'ordinaire discret et plutôt introverti ne ménage pas ses efforts diplomatiques, politiques et économiques en l'absence du chef, alors que le géant pétrolier traverse une grave récession économique, plombé par la chute des cours du brut.

Le vice Président Osibanjo ne fait pas les choses à moitié. Il se sera fait remarquer par son zèle lors d’une visite surprise à l'aéroport international de Lagos jeudi dernier entre deux réunions de travail, où il a « inspecté l'état des toilettes publiques »!. A la télévision, sur Twitter ou à la Une des grands quotidien nigérians, l'homme aux traits fins invariablement coiffé d'un chapeau traditionnel (qui n’est pas sans rappeler l’ancien président Godluck Jonathan), tient visiblement à montrer qu'il n'y a pas de vide politique et que la machine gouvernementale continue à travailler, après les inquiétudes et rumeurs sur la mort du président Buhari.

Le nouveau président gambien Adama Barrow doit prêter serment le 18 février? Osibanjo fait le déplacement à Banjul. Des manifestations anti-gouvernement se tiennent à Lagos et Abuja? Osinbajo répond aux Nigérians: « A ceux qui sont dans les rues pour protester contre la situation économique et à ceux qui ne le sont pas mais qui souffrent, nous vous entendons ». Dans la foulée, en mi-février, le président par intérim a aussi effectué un voyage hautement symbolique dans la région du Delta du Niger, le hub pétrolier du sud où pullulent des groupes rebelles indépendantistes qui sabotent régulièrement les oléoducs, mais où Buhari n'a jamais mis les pieds depuis son élection en mars 2015.

Contrairement à son mentor, musulman fulani du nord, Osinbajo est un ancien pasteur évangélique, de l'ethnie yoruba: dans un pays divisé entre un nord musulman et un sud chrétien, il fallait ménager les sensibilités. « Nous devons travailler ensemble pour faire du delta du Niger une zone économique vivante et dynamique », a-t-il par exemple affirmé aux communautés locales qui réclament une vraie redistribution des richesses pétrolières. Certains experts le disent, « là où Buhari est perçu comme un homme autoritaire, qui est dans le rapport de force, le vice-président est un vrai diplomate. Il a une personnalité vraiment calme, consensuelle ». D’autre le voient comme « le parfait gentleman qui fait ce qu'il peut pour sortir le pays de la crise ».

Diplômé de la prestigieuse London School of Economics, l'ancien universitaire et avocat en droit des affaires a la réputation de bien maitriser les dossiers économiques. Hasard de calendrier ou pas, la banque centrale nigériane, sous le feu des critiques depuis des mois parce qu'elle refuse de dévaluer le naira, creusant un écart abyssal entre le taux de change officiel et le marché noir, vient d'assouplir sa position pour faciliter l'accès aux devises qui manquent cruellement dans le pays.

Toutefois, selon l'analyste Chris Ngwodo, il est « peu probable qu'Osinbajo ait la marge de manoeuvre suffisante pour pouvoir engager unilatéralement de grandes réformes économiques et institutionnelles ». Certes, en théorie, l'intérimaire dispose de tous les pouvoirs dévolus au chef de l’État, mais « il est limité par la réalité politique. Ce n'est pas pour lui que les Nigérians ont voté, c'est pour Buhari. Osinbajo est aussi susceptible de rencontrer des résistances dans l'administration, et à moins qu'il n’agisse sur instruction expresse du président, il n'aura pas l'autorité suffisante pour mener sa propre politique ».

Le président par intérim devra aussi composer avec l'opposition des caciques du nord: le fait qu'un « sudiste » prenne les rênes du pays à la moitié du mandat de Buhari génère des frustrations. Selon la coutume, la présidence au Nigéria alterne entre le nord et le sud.

A lire...NIGERIA – POLITIQUE : CRITIQUÉ DEVANT LA PRESSE PAR SA FEMME POUR SA GESTION, LE PRESIDENT BUHARI LA « RENVOIE » A LA CUISINE ET LA CHAMBRE