« Notre riz sauté a été touché !...»

 Les nouvelles mesures fiscales contenues dans la loi de finances 2016

Face à la chute du prix du pétrole et la hausse des dépenses de sécurité, les autorités camerounaises ont misé sur l’augmentation des impôts et les taxes pour renflouer les caisses de l’Etat ; elles ne comptent s’arrêter en si bon chemin, surtout qu’il est question de soutenir un train de vie de l’Etat déjà jugé trop élevé avec un budget qui ne cesse de croître depuis une quinzaine d’années, sans aucun ressenti bénéfique pour les populations.

par Rodrigue TCHOKOUAHA

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Les dispositions fiscales contenues dans la loi de finances 2016 ne sont pas du tout bonnes pour les consommateurs des produits de première nécessité comme le riz importé. Celui-ci est désormais taxé à 5%. Il se dit que c’est pour décourager les importations dans le secteur et encourager la production locale. Que nenni ! C’est le consommateur final qui paiera le prix fort, puisque l’importateur et le commerçant feront répercuter la taxe sur le prix de vente. Certaines de ces autres mesures fiscales sont apparues pour la première fois dans la loi de finances 2014. Depuis lors, elles provoquent des grincements de dents chez nombre de consommateurs et contribuables. Il s’agit notamment de la suppression de la quotepart de la redevance forestières destinées aux collectivités riveraines des exploitations forestières (10%), et de l’assujettissement des établissements de micro finance de 1ère catégorie à l’impôt sur les sociétés (33% sur le bénéfice), alors même que les coopératives et les MC2 ne fonctionnent sous le régime de société. Face aux revendications des représentants des organisations de la société civile et des organisations socioprofessionnelles, le gouvernement a fait la sourde oreille, tandis que les députés de la nation ont validé la forfaiture. L’Etat poursuit l’élargissement de l’assiette fiscale.

De nouveaux produits sont en effet taxés dès 2016, de même que des augmentations d’impôts ont lieu. Le gouvernement a essayé de justifier cette augmentation d’impôts et taxes par la chute des recettes pétrolières ; les autorités ont donc misé sur l’impôt et la douane pour renflouer les caisses de l’Etat et combler ainsi le déficit issu de la baisse des recettes pétrolières, alors que l’on constate au même moment l’augmentation sans cesse croissante du budget de l’Etat, tandis qu’il n’est pas ressenti un impact considérable sur le bien-être des populations. Bien au contraire, ces dernières croupissent sous le poids des mesures fiscales qui ne cessent de les asphyxier dans leurs biens de consommation. En 2013, on a connu la suppression de la pseudo-subvention de l’Etat sur le prix du carburant et le relèvement de celui-ci à travers le prélèvement de nombreuses taxes qui grèvent le prix du carburant, ceci a eu conséquence immédiate et logique l’augmentation du prix des transports en 2014, et en 2015 il y a eu l’augmentation des droits d’accise sur les intrants de la fabrication de la bière, ce qui a eu pour conséquence l’augmentation du prix de celui-ci avant que le Chef de l’Etat n’intervienne « magnanimement » pour réajuster. Les droits de douanes augmentent aussi sur le ciment importé à hauteur de 20% et de 10% sur le ciment non pulvérisé (clinker). Les frais du passeport passent de 50 000 à  75 000 FCFA. A cette allure, il se raconte d’ailleurs que la pression devrait s’accentuer durant les prochaines années pour continuer à soutenir un train de l’Etat déjà jugé exorbitant depuis des lustres et qui ne change pas. Au côté de la chute du baril du pétrole et la baisse des recettes de celui-ci, il se dit alors qu’avec l’application des Accords de partenariat économique entre l’Union européenne et la Cameroun en 2016, l’Etat va connaitre une baisse des recettes douanières due à la suppression progressive des droits de douanes sur les marchandises venues de l’Europe. Matière à cogiter donc, si on ne l’a pas déjà fait !

En tout état de cause, les parlementaires majoritaires RDPC se sont comportés comme à l’accoutumé. Ils n’ont pas la préoccupation des intérêts du peuple. Ils s’alignent constamment sur les décisions du gouvernement, et c’est le petit peuple qui subit les frais. Cela a été le cas pour l’augmentation du prix des carburants, l’augmentation du prix des transports, et l’année dernière encore et à la même période, l’augmentation des droits d’accise sur le prix de la bière. De toutes ces augmentations, le peuple n’a jamais regimbé, hormis les émeutes de février 2008 où les camerounais ont eu du mal à supporter une semaine de grève ; et les prix continuent d’augmenter sur les marchés, ajoutée à cela la malhonnêteté de certains commerçants, et la vie devient de plus en plus chère. Quand on interroge certains compatriotes sur leur passivité, ils disent militer pour la paix sociale. Mais seulement, ils ne savent que la paix sociale a un prix à payer. Ou le plus fort, ou le moins disant.