CAMEROUN - CRISE ANGLOPHONE : CLASH ET DIVORCE ENTRE SÉCESSIONNISTES ET FÉDÉRALISTES.

 

 Si l’unité semblait être visible autour des revendications lors par exemple des manifestations du 1er Octobre dernier, les observateurs sont unanime que les contestataires anglophones présentent de plus en plus des divergences dans leurs prises de position. Oui, les contestataires se contestent désormais le droit de représentation dans le cadre de la crise anglophone, n’hésitant pas à user de menaces ou de violence. Dernière preuve en date, l'exclusion de Me Nkogho Agbor Balla par les autres ténors du "consortium".

Par Achille Assako

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Alors que depuis des mois l’unanimité semblait être de mise dans le « pacte de la contestation » qui porte les revendications de certains camerounais d’expression anglaise, force est de constater qu’on va de plus en plus vers des divergences affichées, pour ne pas dire, un clash, entre les différentes tendances, celle des sécessionnistes portées par Ayuk Tabe et celle des fédéralistes portées par Me Félix Nkogho Agbor.

La dernière saillie, celle de l’interview donnée par Me Agbor Balla à la chaîne internationale BBC a clairement démontré qu’il n’était plus question d’unité, mais bien de division au grand jour, mettant un coup de canif définit au contrat moral qui unissait les contestataires. La semaine dernière, Me Félix Nkongho, l’un des leaders du consortium de la société civile anglophone dissout par le gouvernement, a sans fioriture appelé à la reprise des cours dans les Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Inconcevable pour ses soutiens d’hier ?  Quelques heures plus tard, en représailles (?) de cette sortie, les extrémistes sécessionnistes auraient mis le feu à la résidence de ses parents le 28 octobre 2017 à Mamfé dans la Région du Sud-Ouest. D’après plusieurs de nos confrères journaliste des régions du Nord Ouest et du Sud Ouest, il se murmure encore au sein de la population locale que Me Félix Nkongho serait «le traitor», traître de la contestation anglophone.

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D’après les tenants de cette thèse, la libération de Me Agbor Balla découlerait d’un deal avec le pouvoir central de Yaoundé, libération qui eut lieu à la suite d’une décision du chef de l’état qui maintenait d’autres supposés acteurs des violences en détention. Cette libération des certaines personnes interpellées dans le cadre de cette crise a eu pour conséquence de fragiliser les rangs de la contestation, et on reprocherait à Me Agbor Balla d’avoir conduit les négociations. Notre confrère de Mutations le relevait déjà, mentionnant que «les rangs des extrémistes qui avaient gonflé et s’étaient fortement radicalisés après l’arrestation desdits leaders, [et] poussaient désormais pour une sécession pure et simple des Régions anglophones» se seraient donc retrouvées divisés. L’incendie du domicile des parents de Me Agbor Balla ainsi que la profanation de leur tombe serait donc le signe d’une «fatwa» qui « semble avoir été lancée contre lui et qui laisse apparaître le fossé de plus en plus grandissant entre séparatistes et fédéralistes, entre extrémistes et modérés. Un fossé qui a commencé à se creuser dès le 31 août 2017, date à laquelle plusieurs manifestants emprisonnés avec les leaders du consortium ont été libérés sur décision du Chef de l’Etat».

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L’autre fait qui démontre l’existence d’une autre crise dans la crise anglophone est les menaces de mort dont ont été victimes des élus du Social democratic front (SDF). Il leur a été demandé de renoncer à leur mandat de parlementaires. On se souvient ainsi des atermoiements de Me Mbah Ndam, vice président du SDF qui devant caméras et entourés de contestataires le 1er Octobre 2017 avait annoncé sa démission du « parlement of la république du Cameroun ». Quelques heures plus tard, certainement revenu à la raison, il fera savoir « son indéfectible attachement aux idéaux de son parti, en tant que président du groupe parlementaire du SDF à  l’Assemblée Nationale du Cameroun ». Nous aussi, nous en avions ri.  Toujours est il que pour le cas Félix Nkongho Agbor, il apparait de plus en plus qu’à sa sortie de prison il «a clairement pris ses distances avec Tapang Ivo Tanku et Mark Baretta, les deux leaders qui assuraient l’intérim du Consortium depuis janvier. Ceux-ci se sont radicalisés au fil du temps, rejoignant progressivement les factions sécessionnistes incarnées par Julius Ayuk Tabe». Ceci expliquerait donc cela.

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Pour couronner le tout, le "consortium" des contestataires réuni en Grande Bretagne a prononcé l'exclusion du désormais vilain petit canard Me Nkongho, pour  "usurpation du titre de président du consortium et pour propos graves "tenus en interview sur BBC,  Equinoxe Tv et ses visites suspectes au Ghana, en Grande Bretagne ... propos qui sont aux antipodes du désir de restauration et de liberté populaire matérialisé par les proclamations d'indépendance du 1er Octobre dernier". Constat fait, le "consortium" est donc désormais ouvertement sécessionniste. Les prochains jours nous diront comment s'organisent les fédéralistes désormais sans organisation structurée. A moins qu’Agbor Balla ne crée lui aussi un Consortium Bis, regroupant tous les modérés et les adeptes du fédéralisme.