CAMEROUN - SUR LA DIASPORA CAMEROUNAISE : JOËL TEUBISSI RECADRE SISMONDI BARLEV BIDJOCKA. AFRIK-INFORM

 

Depuis trois jours l'éditorial de M. Sismondi Barlev Bidjocka sur le classement par pays des transferts de la diaspora agite la toile. Il convient de souligner que ces statistiques qui sont de la Banque mondiale sont avérées et il ne sert à rien de les remettre en question.

Par Joël Teubissi Noutsa

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Les transferts de la diaspora camerounaise en 2017 étaient estimés à 278 millions de dollars US, ce qui la classait au 19ème rang africain. Contrairement à ce qui a été affirmé ça et là le montant de transfert le plus élevé de cette diaspora était de 283 millions de dollars US en 2014.

Cela étant, il serait mesquin et à la limite stupide, de s'appuyer sur de telles statistiques pour conclure à l'indigence ou à l'indolence de notre diaspora.

La réalité c'est qu'une statistique prise de manière isolée ne peut pas conduire à une conclusion. Il faudrait pour cela se référer à des indicateurs statistiques qui sont plus parlants. Encore faudrait-il que lesdits indicateurs statistiques soient croisés avec d'autres pour en saisir toutes les nuances et les conséquences.

Quatre éléments d'appréciation peuvent être mobilisés à cet effet:

1- lorsque vous rapportez au PIB ces transferts de la diaspora vous n'obtenez plus les mêmes résultats. Et les pays dont les ratios transfert/PIB sont les plus élevés sont considérés comme étant des pays fragiles car très dépendants de l'extérieur. Ce sont généralement des pays pauvres ou sortant de conflits (Libéria, Mali, Niger, Burkina Faso, Bénin, Togo, Ouganda, etc.). La diaspora sait que la famille restée au pays compte sur elle pour payer les charges de loyer, d'éducation, de santé, etc. On n'en est pas encore là au Cameroun avec 37,7% de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté.

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2- lorsque vous rapportez ces transferts de la diaspora au nombre d'expatriés par pays (ratio transfert/nombre d'expatriés), vous obtenez un autre résultat qui traduit en moyenne ce que chaque diasporien a envoyé par an à son pays d'origine. Il est donc tout à fait logique que des pays à forte diaspora (Maghreb, Nigeria, Mali, Ghana, Sénégal, Éthiopie, Afrique du Sud, Cap vert, etc.) pour des raisons historiques ou d'instabilité politique ravissent la palme d'or en terme de transferts globaux mais soient au bas de l'échelle relativement à ce ratio. Le Cameroun et la Côte d'Ivoire ont longtemps été des pays prospères et en paix. Ce n'est qu'à partir de la décennie 90 que des départs massifs ont commencé à s'observer dans ces pays. Ce qui fait que contrairement aux autres les camerounais ou ivoiriens d'origine dont les grands parents ont émigré sont peu nombreux!

3- un autre élément essentiel à prendre en compte tient au fait que ces pays pratiquent tous la double nationalité. Donc il ne s'agit pas que de simples transferts de fonds pour aider la famille mais parfois d'investissements tout courts dont la diaspora peut vérifier la réalisation sur place sans procédure de visa. L'autre handicap de l'absence de double nationalité au Cameroun est que les fonds transférés par les camerounais d'origine, mais qui ont déjà acquis la nationalité de leur pays de résidence ne sont pas comptabilisés comme des transferts de la diaspora camerounaise!

4- enfin il ne serait pas surabondant de citer également les politiques d'attractivité des investissements de la diaspora mises en place dans ces pays qui occupent la tête du peloton.

NB: les journalistes camerounais gagneraient à se rapprocher des experts du domaine avant de faire ce type de publications qui relèvent plus du sensationnel que d'autres choses.

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