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CAMEROUN-SANTE PUBLIQUE : GUERRE SANS MERCI CONTRE LES MÉDICAMENTS DE LA RUE. AFRIK-INFORM

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05 septembre 2019

CAMEROUN-SANTE PUBLIQUE : GUERRE SANS MERCI CONTRE LES MÉDICAMENTS DE LA RUE. AFRIK-INFORM

 

Le ministre de la Santé publique, Malachie Manaouda, a annoncé, le 10 juillet 2019, la future mise en place d’une brigade chargée spécialement de la saisie et la destruction systématique des médicaments et produits vendus illicitement dans nos rues. Le 16 juillet, lors de sa rencontre avec des vendeurs de rue de médicaments à Yaoundé, il rappelait que "le médicament de la rue tue" et disait en août, chez nos confères de France 24, vouloir troubler la sérénité de ces vendeurs.

Par Gaston KOUOH

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C’est d’ailleurs toujours sur France 24 dans son programme  « Les Reporters » qu’un pharmacien camerounais, Landry Kouam, pharmacien à Baham (Ouest) et membre du Collectif des Pharmaciens du Cameroun, a réalisé des vidéos en caméras cachées pour montrer l’existence et les formes obscures de ce commerce dans notre environnement. Techniquement il a acheté une toute petite caméra qu’il a fixée sur un bouton de chemise et s’est présenté tel tout client ordinaire chez les vendeurs de médicaments, y compris les pharmaciens dans plusieurs villes du Cameroun comme Bafang, Bandjoun et bien d’autres.

Les images collectées nous font découvrir une réalité scandaleuse qui met à mal l’éthique ainsi que les déontologies médicales et pharmaceutiques au Cameroun.  Des commerçants vendant avec une facilité déconcertante des médicaments à la provenance et à la conservation inconnue et donc douteuse,  sans présentation préalable d’une ordonnance, qui plus est à un prix plus bas que dans les pharmacies où le niveau de formation des vendeurs est non avéré.

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Sur l’une des vidéos, Il parvient à obtenir le CYTOTEC, un médicament dangereux uniquement délivré sur ordonnance contre les ulcères d’estomac, souvent détourné pour les interruptions volontaires de grossesse et les déclenchements d’accouchement. Or ce médicament retiré de la vente en 2018 dans plusieurs pays dont la France compte tenu de ses effets indésirables graves, est très facilement accessible à nos jeunes filles voulant faire des avortements.

De la même façon, des médicaments psychotropes  de la famille des anxiolytiques, donc des tranquillisants utilisés pour lutter contre l’anxiété, les troubles du sommeil (somnifères) comme le Rivotril ou le Diazépam se retrouvent sur n’importe quel étal au coin de la rue. Alors que rien que leur mauvais dosage tue immédiatement.

Il faut dire que cette lutte ne va pas être simple. Car comment expliquer que pour un seul et même médicament, les prix au paquet soient différents entre la rue et la pharmacie ? Les circuits de ces médicaments appartiennent à des organisations criminelles puissantes qui fournissent aussi bien la rue que les pharmacies et mêmes les pharmacies des hôpitaux. Ce qui donne un aperçu de l’ampleur du trafic. L’Institut français de recherche anti-contrefaçon de médicaments (IRACM),  estime que mille dollars investis dans le commerce illicite de médicaments rapporteraient jusqu’à cinq cent mille dollars aux organisations criminelles. Un business dix à vingt-cinq fois plus rentable que le trafic de drogues. Enfin aussi, comment trouver des voies et moyens qui permettent d’offrir un médicament contrôlé et fiable à un prix vraiment abordable pour tous? Toute la problématique de fond à laquelle doivent répondre les acteurs de l’industrie pharmaceutique et les pouvoirs publics africains se situe là.

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