DEVOIR DE MEMOIRE :LES DESCENDANTS D’ESCLAVES EN PELERINAGE AU BENIN

Écrit par Afrik-Inform. Publié dans Société

Caché dans les broussailles, un écriteau peint à la main prévient le visiteur: "la Porte du non-retour, un défi à l'histoire". Comme il est de tradition, chaque année, à partir du 10 Janvier, des milliers d'initiés vaudou célèbrent au Bénin les quatre divinités de la nature: l'air, le feu, l'eau et la terre. Venus d'Afrique, des Antilles, d'Europe ou des Etats-Unis, c'est sur la plage de la Porte du non-retour à Ouidah que les adeptes du culte se recueillent.

Bianca Fatou

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Caché dans les broussailles, un écriteau peint à la main prévient le visiteur: "la Porte du non-retour, un défi à l'histoire".

Pendant près de six siècles -quatre officiellement-, des millions d'esclaves ont emprunté cette route, qui traverse la lagune. Cinq millions, selon certains. Dix millions, affirment les autres. Personne ne sait véritablement. 

Une chose est sûre, c'est que la petite ville de Ouidah, dans le sud du Bénin, était le point de rassemblement de la traite négrière de la côte sud de l'Afrique de l'Ouest.

Une procession de voitures et motos double des femmes aux visages scarifiés, vêtues de pagnes. Tous se dirigent vers la Porte du non-retour, monument érigé en 1992 face à l'océan, en mémoire du ballet incessant des bateaux qui partaient pour le Nouveau Monde. 

Le vaudou, originaire du royaume de Dahomey (actuels Togo et Bénin), n'est pas précisément né à Ouidah. Mais c'est de là que ce culte de l'invisible et des esprits de la nature s'est exporté en Louisiane, au Brésil, en Haïti, pour compter aujourd'hui 50 millions de membres à travers le monde. En 1993, au lendemain de la chute du régime communiste béninois, le président Nicéphore Soglo a institué la fête du vaudou, célébrée début janvier durant une semaine dans le pays. Depuis, la petite ville de Ouidah est devenue l'un des lieux de pèlerinage les plus célèbres, en raison de son histoire particulière liée à la traite négrière.

Faire la paix avec le passé

"Ouidah, c'est un devoir de mémoire", explique à l'AFP Erol Josué, prêtre vaudou et directeur du bureau national d'ethnologie à Haïti. L'homme est venu de Port-au-Prince avec sept autres personnes pour "faire la paix avec le passé". 

Le visage fin, les yeux soulignés de khôl, il est habillé d'une toge immaculée et porte une lourde bague de l'ethnie dogon, offerte lors d'un précédent voyage au Mali. 

"C'est important de revenir sur la terre ancestrale pour s'accepter en tant que Caribéen", poursuit l'ethnologue. "Pour comprendre le comportement du peuple haïtien, il faut remonter à sa source".

Trouver son 'Fa' intérieur -

"Le vaudou est une manière de vivre", confie Gizirbtah, jeune femme noire américaine, qui change de nom lorsqu'elle "revient" sur la terre de ses ancêtres. Employée d'une compagnie aérienne aux Etats-Unis, elle parcourt l'Afrique de l'Ouest pendant deux mois avec une douzaine d'adeptes, venus de Londres ou de Chicago. "Chaque jour, je fais des ablutions, des purifications et des prières. Mais pratiquer le vaudou est mal vu aux Etats-Unis", dit-elle.