AFRIQUE/FRANCE – DISCOURS DE OUAGA : QUAND MACRON MÉLANGE MENSONGES, CONTREVÉRITÉS ET SUPPLICATIONS FACE AUX AFRICAINS

 

Outre le fait que le président Macron ait prononcé un discours totalement ampoulé et irrévérencieux face aux étudiants de l’université de Ouagadougou, nous avons noté plusieurs contre vérités ou carrément des mensonges et des supplications qui méritent un coup d’œil.

Par Habib Hassan

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  • Sur la « Françafrique » et sur le rôle majeur de l’Afrique « Je ne suis pas venu ici vous dire quelle est la politique africaine de la France, car il n’y en a plus »…« Je parle de l’Afrique comme d’un continent où se joue une partie de notre avenir commun »…« Je ne suis pas du côté de ceux qui voient dans l’Afrique, le continent des crises et des misères ». Ces affirmations du président français sont fausses ou pleines de contre vérités. La « politique africaine de la France » existe toujours, en témoignent les dispositions prises par Emmanuel Macron dès son arrivée à l’Elysée. Il a créé en Août dernier un « Conseil Présidentiel pour l’Afrique », constitué de 11 personnes « bénévoles » ayant accès direct au président français et chargées de « lui remonter des idées et faire passer ses messages ». C’est ce conseil constitué de français, franco béninois, franco tchadiens, kenyan, sud africains, franco libanais, et franco tunisiens qui est l’origine du discours de Ouagadougou, sous la coordination de Franck Paris, le « Monsieur Afrique » de l’Elysée et du Directeur Afrique du Ministère des Affaires étrangères de la France Rémi Maréchaux. Emmanuel Macron évite donc de dire que la France a toujours une politique africaine particulière et que celle-ci, bien que moins visible se met en place de façon méthodique pour tenir les anciennes colonies. Car à la réalité, effectivement, « l’Afrique n’est pas le continent des crises et des misères ». Elle est tout simplement un comptoir, une mine dont on exploite de façon éhontée les richesses et dont les bénéfices de la vente reprennent le chemin de la poche de l’exploitant qui exerce parfois dans le chaos. Areva en est l’exemple typique.

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  • Sur l’aide publique au développement « Aussi, ai-je pris l’engagement d’atteindre 0,55% du revenu national brut français en faveur de l’aide publique au développement d’ici la fin de mon mandat »…« Parfois notre aide publique au développement ne répond pas aux besoins (…). Elle doit être évaluée. Si elle est efficace il faut la poursuivre, si elle ne l’est pas il faut la réorienter ». Emmanuel Macron parle d’aide au développement ? Soit. Mais 0,55% de 2 835 billions de dollars, cela ne donne qu’un peu plus de 15 milliards de dollars. Quand on sait que la France perçoit 400 milliards d’euros par an en taxes coloniales et exploitation de la monnaie coloniale CFA, on se rend bien compte que la fameuse aide au développement est une fraction infime de ce que pompe la France à l’Afrique. Pas de quoi pavoiser.
  • Sur la collaboration séculaire en matière de sécurité « La France a toujours été aux côtés de l’Afrique lorsque sa stabilité, lorsque sa vie était en jeu, comme l’Afrique a toujours été aux côtés de la France lorsqu’il en était de même pour nous, c’est cela notre histoire ». Emmanuel Macron qui fait ainsi un clin d’œil aux anciens combattant africains baptisés pompeusement tirailleurs sénégalais (dans des conflits ou les sénégalais n’étaient que minoritaires) occulte de la sorte le rôle discutable qu’a joué le France dans la déstabilisation de la Libye, l’assassinat de Kadhafi, le maintien au pouvoir d’Ali Bongo ou Faure Gnassimbé, la prise de pouvoir d’Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire, les différents renversements de régime en Centrafrique, au Congo, au Tchad, au Niger, au Burkina Faos, en Guinée Conakry… Il est avéré que la France n’est pas aux côtés de l’Afrique, mais au côté des dirigeants africains qui lui vouent obéissance sinon, au côté des rebelles et des putschistes qui servent à reprendre la main mise dans les affaires du pays qui avait à sa tête un président… incontrôlable.

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  • Sur la démographie « La démographie ça ne se décrète pas, ça ne se dicte pas ! »…« Il y’a en France des familles qui ont fait 7, 8, 9 enfants par femme. C’est leur choix, je n’ai pas en juger, d’ailleurs je n’en parle jamais. Je n’ai pas à en juger pour une famille africaine. Mais je veux être sûr que partout en Afrique, ce soit le choix de ces jeunes filles ou femmes (…) Non pas parce qu’un Président de la République l’aurait voulu, mais parce que vous l’aurez voulu. La démographie peut être une chance, mais à condition que chaque fille, chaque femme ait la possibilité de choisir son destin dans notre société » ; « Sur la démographie, ce qui a été dit par le Président Kaboré, et à juste titre, c’est que j’avais accolé l’adjectif civilisationnel, ce qui était une erreur de ma part. Ce n’est pas du tout l’adjectif qu’il fallait utiliser dans une phrase qui parlait plus largement du défi démographique. Donc il avait raison de dire qu’il n’était pas d’accord avec ça, parce que moi non plus ». Rétropédalage en quatrième vitesse pour Macron qui s’était pourtant fait le portevoix de la lutte contre la natalité en Afrique. Il faut croire que les hurlements de désapprobation à l’échelle mondiale, disant qu’il se « moquait du ventre de la femme africaine » lui sont parvenus et il a appris de ses erreurs. La méfiance règne toujours néanmoins.

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  • Sur les entreprises françaises implantées en Afrique « Le soutien de l’Etat français aux entreprises françaises installées en Afrique ne se fera plus sans conditions. En effet, je souhaite que les entreprises françaises soient porteuses d’un partenariat exemplaire. Un partenariat exemplaire qui refuse la corruption, qui se plie aux appels d’offres, qui se plient aux règles édictées par les institutions africaines (…) » … « Pour bénéficier du soutien de l’Etat français, elles devront (…) enfin privilégier l’emploi local. » Reconnaissance claire des errements des entreprises françaises en Afrique, de la PHP de Penja ou Hevecam au Cameroun, à Areva au Niger, les exactions des entreprises françaises se comptent par dizaines, faisant taire les contestataires et brutalisant les populations locales ou en débarquant carrément les chefs d’états. On se souvient du marché du 2nd pont sur le Wouri de Douala, attribué par la présidence du Cameroun à une entreprise française qui avait lamentablement raté son appel d’offre en étant la plus chère et la moins aboutie techniquement, face à des chinois dont le projet était 2 fois moins cher et 2 fois plus esthétique. Il se dit que l’Elysée avait menacé le pouvoir en place à Yaoundé qui n’avait pas eu d’autre choix que se plier.

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  • Une invite à l'apaisement des consciences « Le ciment de l’amitié, c’est de tout se dire »… « Au bout de cette route, nous avons le choix entre l’envie de nous retrouver ou la tragédie de nous ignorer. Je vous propose non seulement de nous retrouver, mais de ne plus nous séparer » Force est de constater que le président français pense que les dirigeants africains aux ordres sont capables de tout lui dire, sans qu’il ne réagisse négativement. On se souvient des descentes musclées de Michel Sapin en Afrique alors que s’évoquait la question de la dévaluation ou du retour au FMI des pays de la zone franc. Mais en en outre, les exemples de la condescendance du président Macron uniquement lors de cette visite ne se comptent plus, passant de sa main rapidement retirée alors que le président Kaboré essayait amicalement de la lui prendre, jusqu’aux insinuations maladroites du genre « c’est le rôle de votre président de réparer la climatisation »… Signe d’une immaturité politique et diplomatique sans pareil de celui qui propose pourtant « de ne plus jamais nous séparer ». Une attitude pleine de supplications qui démontre que la France est bien consciente, comme le pensait le président Chirac que « la France sans l’Afrique serait un pays sous développé »