Afrique – incarcération des opposants : sont-ils des menaces pour les partis au pouvoir ?

by Abdoulaye Raman
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L’Afrique subsaharienne livre aux yeux du monde un phénomène qui décolore l’image de la démocratie qui n’est déjà pas reluisante. Il s’agit des tortures, des arrestations en cascade et incarcérations d’opposants par les pouvoirs en place. Dans certains cas, les raisons ne sont pas souvent très fondées. Ces leaders, qui à leurs manières font pression aux pouvoirs ou contrôlent l’action étatique, finissent toujours par payer le lourd tribut.

Les opposants Henri Konan Bédié de cote d’ivoire, Cellou Dallein Diallo de Guinée Conakry, Bobi Wine de l’Ouganda sont entre autres ceux qui ont ouvert subi les affres à l’effet des vagues de contestations quant aux manquements sur le processus électoraux. Ils ont les uns après les autres été victimes frustrations et d’assignation à résidence depuis novembre dernier, soit avant ou après les scrutins Présidentiels. Depuis, lors pas un seul mois ne passe sans que l’on apprenne un cas d’arrestation, ou de violation des droits de l’homme à l’encontre d’un opposant, fût-il radical ou modéré.

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Au Sénégal, le cas de l’opposant Ousmane Sonko est encore d’un souvenir frais. Avec l’arrestation du président de Pastef, Ousmane Sonko, l’opposition sénégalaise se sent affaiblie après que le leader le plus en vue ait été arrêté. Plusieurs autres ont décidé rejoindre le camp de l’actuel président en vue de préparer l’élection prochaine. Si l’opposition semble être affaiblie actuellement, il faut mentionner que cela émane de la volonté émise en 2015 par le chef de l’Etat ; celui de “réduire l’opposition sénégalaise à sa plus simple expression.” En 2021, le constat est clair qu’il est en passe de réussir son pari avec la mise en détention de celui qui parvient à faire le poids face à lui. Ousmane Sonko, est accusé de viols et menaces de mort par une jeune femme de 21 ans, masseuse dans un institut de beauté. Il nie toutes ces accusations portées contre lui et avance qu’il s’agit d’un complot ourdi par le président Macky Sall.

Au Benin, c’est le même son de cloche. Alors que les regards sont désormais rivés sur la présidentielle du 11 avril prochain, la scène politique se dégrade considérablement. Ce mercredi 3 mars, l’opposante Reckya Madougou a été arrêtée alors qu’elle était en pleine conférence de presse avec les militants de son parti Les Démocrates. Ancienne ministre sous le règne de Boni Yayi, elle représenterait une énorme menace pour le pouvoir en place surtout à quelques semaines du scrutin tant attendu par les béninois.

Cette arrestation serait la résultante des accusations portées contre le président Talon. En effet, l’opposition en sa majorité dénonce un scrutin verrouillé, mettant notamment en exergue une nouvelle disposition de la loi électorale qui impose à chaque candidat d’être parrainé par seize maires ou députés. Il (Patrice Talon) “n’a voulu prendre aucun risque” et “il a choisi de sélectionner ses adversaires parmi ses alliés et refusé la compétition aux candidats capables de le battre dans les urnes”, a accusé Joel Aïvo, un des opposants arrêté ensemble avec Reckya Madougou.

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Dans le bal de ces arrestations, le Niger n’est pas en reste. Bien que ce soit un des rares pays de l’Afrique subsaharienne où le président a dirigé une transition pacifique du pouvoir, synonyme de l’expression de la démocratie, les choses ne se passent pas toujours bien. Ce 1er mars, le chef de file de l’opposition Hama Amadou a été placé sous mandat de dépôt et transféré à la prison civile de Filingué. Ce dernier est Soupçonné d’être l’un des principaux instigateurs des violences postélectorales qui ont eu lieu dans la ville de Niamey suite, à la proclamation des résultats provisoires donnant Mohamed Bazoum vainqueur. Une arrestation qui survient après qu’il se soit rendu de son propre gré à la police judiciaire de Niamey le 26 février dernier et avait été gardé à vue durant trois jours.

La cerise sur le gâteau, le Tchad a servi cette semaine un épisode affligeant. Dimanche dernier des policiers ont échangé des tirs avec les gardes de Yaya Dillo Djérou à son domicile dans la capitale N’Djaména. “Il y a eu deux morts et cinq blessés, dont trois parmi les forces de l’ordre”, selon le communiqué du porte-parole du gouvernement tchadien, Chérif Mahamat Zene. Bien que la cour suprême ait rejeté sa candidature ce mercredi 3 mars, il est sous le coup de deux mandats d’arrêt, délivrés après une plainte en 2020 pour diffamation et injures envers la première dame Hinda Déby Itno. M. Dillo avait notamment dénoncé une convention signée entre celle-ci et le gouvernement dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de coronavirus.

Des arrestations et incarcérations à des fins politiques ?

Il est ce d’autant, important de s’interroger sur les fondements de ces actes dont les partis au pouvoir posent. Selon Dr Bertin, les incarcérations des opposants par les partis au pouvoir dans certains Pays Africains peuvent avoir 2 grilles de lecture à savoir « la peur de perdre le pouvoir » et « la peur de voir les opposants déclencher une révolution à travers leurs revendications qui entraînera la chute du pouvoir ».

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Bien plus, c’est aussi une stratégie mises sur pied par ces derniers en vue de conserver et de s’enraciner au pouvoir. Toujours selon Dr Bertin, « ils utilisent les arrestations, les incarcérations pour museler les oppositions, donc le seul objectif est de faire peur à la population contestataire qui aura les intentions de déclencher une révolution ou un soulèvement populaire ». Il poursuit par ailleurs en disant qu’ « un homme politique est avant tout un entrepreneur politique qui doit faire une étude de faisabilité, étudier son marché, analyser les forces et faiblesses, atouts et Menaces du marché avant de se lancer en politique ; chose que nombre d’entre eux ne font pas. Ce serait certainement la raison pour laquelle ces arrestations ou incarcération font office de muselières contre eux.

Eu égard à cette situation qui prévaut, Momo Rodrigue, militant, et ex-prisonnier politique au Cameroun estime qu’ «un opposant est avant tout un citoyen, et comme tout citoyen, il a des devoirs, mais jouit aussi d’un certain nombre de droit prévu par le législateur. La sanction d’un citoyen du fait d’un délit ou d’une infraction doit être du fait de la loi et conforme à la loi », dit-il. Sauf que dans e cas d’espèce, ce sont des plaintes à n’en point finir des opposants au regard de ce qu’ils traversent dans leurs pays respectifs face aux régimes qu’ils qualifient d’oppresseurs.

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