CAMEROUN / DEBATS TELEVISES : QUEL IMPACT?

by Larissa Tchinda
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Insultes, sabotages, bagarres, les débats télévisés au Cameroun sont aujourd’hui considérés comme des lieux de règlement de compte entre acteurs politiques dont le seul et unique but est de batailler pour la visibilité de leurs partis.

Au Cameroun, la mode est aux débats télévisés. A des heures désormais considérées comme des primes times, il faut se contenter d’une panoplie d’invités qui à chaque fois, doivent étaler leurs connaissances, mais surtout apporter leur contribution à la résolution des problèmes d’intérêt général.

Le débat d’Afrik-inform, Equinoxe soir, Canal presse, etc… les chaines de télévisions qu’elles soient traditionnelles ou numériques ont chacune un programme dédié à la confrontation de deux ou plusieurs invités sur un sujet précis.

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Malgré la multiplication de ces programmes, le constat est clair : les problèmes des camerounais ou encore les problématiques très souvent abordées au courant de ces émissions ne diminuent pas pour le moins.

Pour Brucell Dadson, jeune artiste musicien très porté vers le style engagé, c’est une cacophonie totale : « J’ai cessé de regarder les débats parce que je me suis rendu compte que ce n’était qu’un perd-temps » a-t-il lancé.

Pour lui en effet, ces heures de débats très souvent « confisquées » au même moment par presque toutes les chaines de télévision du pays, pourraient être utilisées à bon escient. Brucell soupçonne même ces médias de vouloir distraire les téléspectateurs. « Les débats télévisés ne construisent rien. Au contraire, ils contribuent à déconstruire. C’est devenu une sorte de distraction globale ; chaque dimanche avec des même têtes, des personnes censées trouver des solutions aux problèmes qui se posent mais qui disent la même chose tous les jours et passent du temps à s’insulter sur les plateaux ».

Plus qu’un Rdv du donner au cours duquel les invités, « spécialistes » sur une question doivent impératif de trouver des solutions, les débats télévisés au Cameroun sont en effet très souvent considérés comme un moyen de propagande ou de publicité d’acteurs politiques. Beaucoup de figures politiques ont d’ailleurs été façonnés au cours de ces échanges.
Insultes, sabotages, bagarres, les débats télévisés au Cameroun sont aujourd’hui considérés comme des lieux de règlement de compte entre acteurs politiques. Une situation qui ne déplait forcément pas certains téléspectateurs.

Leonard Wamba par exemple est un opérateur économique très passionné par les questions d’actualités, surtout celles liées à la politique. Il ne rate à cet effet aucun débat à partir de 19h et encore moins tous les débats du dimanche dès 11h. Pour lui, beaucoup de camerounais ne trouvent aucun intérêt à ces débats parce qu’ils n’ont pas encore compris que c’est un moyen de liberté d’expression qui pourrait aider à libérer le pays du système de gouvernance actuel. 3Les débats télévisés nous permettent d’éclairer notre opinion et à préparer les citoyens par rapport à la situation du pays. C’est très important ; avec le temps, les gens devront s’arrimer à cela. » ; A-t-il affirmé.

Pour le Dr William Arrey, chef du département de la faculté des sciences sociales et des relations internationale à l’UPAC, « si les médias ont pensé qu’il est important de faire des débats télévisés, alors l’impact est considérable. Ils permettent (débats télévisés NDLR) de ne pas tomber dans la rumeur et d’être suffisamment informés ».

Même si le Dr William Arrey décrie le comportement parfois « barbare » de certains invités, celui-ci mesure l’impact des débats télévisés en fonction des problématiques abordés et des besoins des téléspectateurs : « Il y’en a qui ne seront pas intéressés par la Covid 19 mais regarderont un débat sur la crise anglophone et vice versa. Il y’en a qui aimeront un débat à cause d’un invité qui épouse leur point de vu etc… »

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PLUS DE DEBAT POUR PLUS DE LIBERTE ?

Pour bon nombre de camerounais, la multiplicité des débats télévisés témoignent de la liberté de la presse, tout comme de la liberté d’expression. C’est le cas du Dr Louison Essomba, chargé de cours à la faculté de droit de l’Université de Douala : « Lors des débats télévisés, les opinions divergent et pour moi c’est suffisant pour dire qu’on est en plein dans la liberté d’expression », a-t-il affirmé lorsque nous l’avons joint au téléphone.
Cependant, le Dr Louison Essomba a tenu à condamner le fait que lors des débats, cette jouissance de la liberté draine souvent des cacophonies : « il y a une liberté d’expression qui ne doit pas déboucher au libertinage »

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Il n’est en effet pas rare de voir sur un plateau de débat des personnes tenir des propos outrageux à l’endroit de certaines personnalités publiques ou même du gouvernement sans toutefois être inquiétées. Dans certains cas, les panélistes n’en restent pas là et se trainent devant la justice ; c’est le cas des Professeurs Fridolin Nke et Aboya Manasse, dont le conflit devenu viral sur la toile a débuté au cours d’un débat télévisé.

Pareils actes ne sont pas du tout rares, sous le regard impuissant des téléspectateurs, qui ne demandent qu’à être renseignés sur les sujets qui concernent leur devenir.

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