Dans une lettre adressée aux autorités et à la presse, le président du DJIKO FC annonce son départ du football camerounais et dénonce un climat de “destruction organisée” du football local, sous la gouvernance de la FECAFOOT dirigée par l’ex-international Samuel Eto’o
L’annonce est aussi fracassante que symbolique. Feutcheu Joseph, figure de proue du football camerounais depuis un quart de siècle, tire un trait sur son engagement dans le sport roi.
“Une atmosphère destructrice”
Le ton est sans détour. Feutcheu, dont le parcours est jalonné de titres et d’investissements dans le football de base, accuse frontalement Samuel Eto’o, président de la FECAFOOT depuis 2021, de saboter l’édifice du football national. « J’ai consenti les efforts de ma retraite à financer le football camerounais pendant 25 ans au service de la formation des jeunes… jusqu’au jour où Samuel Eto’o fils arrive dans le Football Camerounais pour détruire le Football et les jeunes », écrit-il.
Au fil de sa lettre, l’ancien président du DJIKO FC dresse un tableau sombre de la gouvernance actuelle du football camerounais. Il accuse la FECAFOOT de ne plus assurer sa mission première : soutenir les clubs et promouvoir un climat de compétition équitable.
Selon lui, les subventions accordées par l’État n’auraient pas été reversées aux clubs depuis trois ans, alors même que la Fédération continue de percevoir ces fonds. Le financement privé n’échappe pas non plus à ses critiques : les revenus issus du sponsoring avec l’opérateur MTN, pourtant partenaire majeur, ne seraient jamais arrivés aux destinataires finaux.
Plus grave encore, Feutcheu dénonce un système de manipulation orchestré, selon lui, depuis les plus hautes sphères. Il parle de “matchs truqués”, évoquant l’intervention d’arbitres “montés par Samuel Eto’o fils” pour pénaliser les clubs dirigés par des présidents critiques envers la FECAFOOT. Une manière, selon lui, d’étouffer toute opposition en sapant leurs performances sportives.
Il alerte également sur une répression systématique visant les dirigeants de clubs. « Cinq ans de suspensions par ici, dix par-là », écrit-il, décrivant un climat d’hostilité où les sanctions administratives servent d’arme politique. À cela s’ajouterait le blocage de certains clubs, comme Bamboutos FC de Mbouda, empêchés de prendre part aux compétitions africaines malgré leurs performances sur le terrain.
Un départ sous protestation
Devant ce qu’il qualifie d’impasse, Feutcheu dit avoir saisi le Tribunal Criminel Spécial (TCS) afin que le président de la FECAFOOT soit entendu en justice. « Le président n’est pas au-dessus de la loi », martèle-t-il, appelant à ce que des comptes soient rendus sur la gestion opaque et punitive qu’il décrit.
Il termine son offensive en conditionnant son retour dans le football à un changement de leadership à la FECAFOOT : « J’y reviendrai quand Samuel Eto’o ne sera plus à la tête de la Fédération Camerounaise de Football », tranche-t-il.
En rappel, Feutcheu Joseph n’est pas un inconnu du monde sportif camerounais. Ancien président de la Panthère du Ndé, qu’il a conduite à la victoire en Coupe du Cameroun en 2009, il est également le fondateur du FEUTCHEU FC de Bandjoun, ainsi que de la Panthère Security FC de Garoua, un club féminin (D1) et masculin (D2), sans oublier le DJIKO FC.
Il se positionne depuis plusieurs années comme un acteur de la formation des jeunes et un pourfendeur des dérives de la FECAFOOT. Cette démission sonne donc comme une alerte rouge lancée à tout le système
Constantin GONNANG, Afrik inform ☑️