CAMEROUN : MAURICE KAMTO, L’HUMANISTE DEVENU HOMME POLITIQUE.AFRIK-INFORM AWARDS

by Constant Francois Nepinbong
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Un homme politique a affirmé récemment que « Maurice Kamto est au droit en Afrique ce qu’est le Pape à Rome ». C’est un résumé plus qu’éloquent de la stature du juriste internationaliste qu’est Maurice Kamto. Néanmoins, cette citation ne rend pas suffisamment compte de ses qualités humaines, foncièrement opposée à l’injustice et résolument tournée vers le bien-être des camerounais.

LE JURISTE INTERNATIONALISTE DEVENU MINISTRE Maurice Kamto,
naquit le 15 février 1954 dans une famille modeste de la ville de Bafoussam. C’est donc à force de travail et de privation qu’il se construira un brillant parcours académique, sanctionné notamment par l’obtention en 1975 d’un baccalauréat série A au lycée Joss et d’une licence en droit et économie à l’Université de Yaoundé en 1979. Arrivé en France, il obtiendra en 1980 de façon concomitante deux Diplômes d’études approfondies en droit public fondamental et en droit international public à l’Université de Nice, un Diplôme de l’Institut des hautes études internationales et un Certificat d’études communautaires. En 1982, il est diplômé de l’Institut international d’administration publique de Paris, section économie et finances, et obtient son Doctorat d’Etat en droit public l’année suivante.

Après avoir reçu le prix de thèse de la faculté de droit de Nice, il recevra en 1988 celui de l’Académie des sciences d’outre-mer en même temps qu’il est reçu au concours d’agrégation des facultés françaises de droit. Nous ne reviendrons pas sur les différentes mentions obtenues pour chacun de ses diplômes. Sa carrière professionnelle est tout autant émaillée de succès. Nommé en 1994 Doyen de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques, il est par ailleurs professeur associé dans plusieurs écoles et universités en Afrique et dans le monde, fondateur et directeur de divers Centres de recherche et revues scientifiques et membre de nombreuses institutions scientifiques et savantes, dont les plus éminentes sont le Curatorium de l’Académie du droit international et la Commission du droit international des Nations unies. Avocat, Maurice Kamto remportera les deux procès qu’il a intentés contre l’Etat du Cameroun relativement à sa carrière professionnelle. Ce qui lui vaudra sa désignation comme Co-agent, Conseil et Avocat du Cameroun devant la Cour internationale de Justice (CIJ) dans l’affaire de la Frontière terrestre et maritime entre le Cameroun et le Nigeria (1994- 2002). Sa contribution décisive dans cette affaire contribuera à bâtir sa notoriété de juriste internationaliste ; s’enchaineront alors plusieurs autres procès remportés comme Conseil et Avocat dans les différends opposant le Niger au Bénin, le Niger au Burkina Faso, la Guinée-équatoriale à la France. Nommé au poste de Ministre délégué auprès du Vice premier ministre, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux du Cameroun en décembre 2004, il aura pour mission principale le suivi et la mise en œuvre : d’une part, de l’arrêt de la CIJ du 10 octobre 2002 qui restitue au Cameroun la presqu’île de Bakassi selon un schéma progressif (2002-2011) et d’autre part, des Accords de Greentree du 12 juin 2006 entre le Cameroun et le Nigeria sur le retrait et le transfert d’autorité dans la Péninsule de Bakassi (2006-2011).

Sa mission achevée au gouvernement, il en démissionnera en novembre 2011 à la surprise générale d’une classe politique obnubilée par le lucre de la fonction ministérielle. L’HUMANISTE DEVENU HOMME POLITIQUE Le principal marqueur des grands hommes politiques tient généralement à la forte empathie qu’ils ont pour l’humain et à la grande ambition qu’ils ont pour leur pays, lesquelles découlent généralement de leurs frustrations personnelles ou des événements tragiques de la vie auxquels ils ont été confrontés. Maurice Kamto en fait indéniablement parti. Sa sensibilité à l’injustice a été éveillée très tôt lorsqu’à l’âge de 16 ans il assistera impuissant le 15 janvier 1971 à l’exécution par fusillade sur la place publique de Bafoussam d’Ernest Ouandié, le dernier Commandant en chef de la branche armée de l’Union des Populations du Cameroun (UPC).

Cet éveil à l’injustice se forgera lorsqu’étudiant en 4ème année de Licence en droit et économie, il prendra la tête en 1979 d’un vaste de mouvement de grève estudiantine à l’Université de Yaoundé pour dénoncer la réforme visant à réduire à trois ans le nombre d’années nécessaires à l’obtention d’une licence dans d’autres filières, en dehors de celle de droit et d’économie. Il n’y avait aucun intérêt puisqu’il était déjà en dernière année de licence – qui se faisait à l’époque en quatre ans mais animé de ce souci constant de justice pour tous il ne lâchera pas prise.

L’amour de Maurice Kamto pour son pays est également perceptible de par le nombre impressionnant d’ouvrages rédigés sur le Cameroun, en dehors des articles scientifiques. En 1985, observant la dérive autoritaire du régime après la tentative manquée de coup d’état d’avril 1984, il tirera la sonnette d’alarme en commettant dans le quotidien Le Messager une tribune intitulée « N’enchaînons pas Paul Biya », dont le titre initial était « N’enchaînons pas Prométhée ». C’est cet article qui inaugurera la rubrique « Forum » dudit journal ainsi que les nombreuses autres tribunes de Maurice Kamto dans la presse locale. La même année, à la demande du Professeur Hubert Mono Ndzana, il fera un compte-rendu jugé sévère de son ouvrage « L’idée sociale chez Paul Biya ». La trame de sa tribune s’articulait autour de deux principaux arguments ci-après : il est utopique de célébrer une idée sans qu’elle n’ait été mise en pratique ; il est inadmissible de « préserver les appareils répressifs du régime Ahidjo pour les retourner contre ceux que l’on soupçonnerait d’être contre les idéaux du renouveau » comme le suggérait Mono Ndzana dans son livre. Ces observations lui vaudront d’être enlevé et incarcéré pendant quelques semaines à l’actuelle prison principale de Kondengui, anciennement dénommée BMM. Il ne devra sa liberté qu’à l’intervention énergique des chancelleries étrangères dont les étudiants ne pouvaient soutenir leurs mémoires de fin de formation du fait de l’absence de leur encadreur Maurice kamto lancera à Yaoundé, le 13 août 2012 avec d’autres personnalités politiques, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) qui agrège plusieurs partis politiques et dont l’objectif est d’apporter de nouvelles idées en politique.

En 2013, à la suite des élections locales, ce parti obtiendra des résultats plutôt mitigés, à savoir, un député et une vingtaine de conseillers municipaux. Après un contentieux électoral houleux, à l’issue duquel le MRC contestera les résultats proclamés par le Conseil constitutionnel. Après quoi il opèrera sa mue et poursuivra son maillage territorial. Malgré la multiplication des attaques personnelles venant tant de l’opposition que du pouvoir en place, Maurice Kamto mènera aux dernières élections, une campagne électorale inédite depuis 1992 avec le Chairman du SDF, Fru Ndi, ponctuée de plusieurs meetings regroupant plus de 50.000 personnes. Le 8 octobre 2018, au lendemain de l’élection présidentielle aux résultats contestés, il annonce sa victoire avant le processus de comptage.

Mais le Conseil constitutionnel rejette ses recours et le donne deuxième, avec 14,23 % des voix, au terme d’un contentieux électoral diffusé en mondovision et riche en rebondissements. Le 28 janvier 2019, Maurice Kamto, dont le parti avait appelé à des marches non violentes dites « marches blanches » contre la guerre dans les régions anglophones du nord-ouest et du sud-ouest, la réélection de Paul Biya et le détournement des fonds publics destinés à la construction des infrastructures de la CAN 2019, est enlevé par les autorités du Cameroun à Douala en compagnie de plusieurs cadres, sympathisants du MRC et journalistes, et incarcéré de façon arbitraire pour la seconde fois de sa vie à la Prison principale de Kondengui. Ils seront pour la plupart libérés le 05 octobre 2019 à la suite de l’arrêt des poursuites et l’abandon des charges décidés par le chef de l’Etat, sous la pression conjuguée de l’opinion nationale et internationale.

A sa sortie de prison, ses sympathisants découvriront un homme déterminé et combatif qui maintient qu’il ne les trahira jamais. Il l’a réitéré lorsqu’il a appelé au boycott des élections législatives et municipales du 09 février 2020 tant qu’un code électoral consensuel n’aura pas été adopté et que les conditions pour un retour rapide de la paix dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest ne seront pas réunies.

Le fait même d’avoir rendu publique cette décision le jour de la date butoir de dépôt des dossiers de candidatures, créant de la confusion au sein du parti au pouvoir (RDPC) ainsi que ses partis satellites au sein de l’opposition, lui a valu le pseudonyme de « Tonton Maurika Scofield », du nom du célèbre acteur de la série Prison Break, Michael Scofield. C’est fort de tout ce qui précède que Maurice Kamto a conquis les cœurs des citoyens et internautes, qui l’ont massivement plébiscité comme « Homme politique de l’année 2018 » lors des Awards d’AFRIK-INFORM.

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