Cameroun – Prison de KODENGUI : Au cœur du calvaire des détenus du NOSO.

by Kevin Fotso
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Quartier Kossovo, local 91. C’est dans cette pièce de 6 mètres sur 5 que près de 70 détenus passent la nuit. A défaut d’avoir un lit de circonstance, ce que les prisonniers appellent ici « mandat », c’est au sol que les moins chanceux dorment. Le quartier Kossovo qui est décrit comme l’enfer sur terre par ses occupants est celui dans lequel se retrouve un bon nombre de prisonniers arrêtés dans le cadre de la crise dite anglophone qui sévit dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest au Cameroun.

Temple de la surpopulation carcérale, le Kossovo compte trois toilettes pour près de 1000 détenus. D’après notre informateur, l’étroitesse de l’espace pousse certains à faire leurs besoins sur les autres. Il nous confiera d’ailleurs que plusieurs prisonniers dorment à la belle étoile et dans la boue. Le kossovo est le refuge de grands criminels. La consommation de drogue n’arrange pas beaucoup les choses car certains sont très violents et les agressions au couteau sont récurrentes.

Samson (nom d’emprunt) fait partie des résidents du Kossovo. En 2017, il est arrêté à Kumba puis transféré à Yaoundé. Il passera six mois au SEMIL et six autres mois au SED avant de rejoindre Kodengui où il est toujours en attente de jugement après plusieurs renvois de son procès. D’après lui, les décès récemment enregistrés sont dus aux multiples lenteurs dans les procédures d’évacuation des malades dans les centres spécialisés de la capitale.

Le cas le plus illustratif ces derniers jours est celui de Tangem Thomas Nganyu. Dans un état critique depuis 5 mois, la famille de cet ingénieur avait à maintes reprises sollicité qu’il puisse se rendre dans un hôpital pour un meilleur suivi. Menottes à la main, Il trouvera finalement la mort quelques jours après son hospitalisation tardive. L’émotion suscitée par le départ de Monsieur Tangem aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de la prison de Kodengui va même inciter l’administration de ce centre pénitencier à tenir une assise avec les détenus pour rassurer ces derniers de la prise de mesures visant à accélérer le traitement concernant les demandes d’évacuation.

Mais Peter (nom d’emprunt) n’y accorde aucun intérêt. « Ils ont l’habitude de nous tenir ce type de promesse mais à la fin, rien ! ». Nous dira-t-il. Il nous avoue qu’il n’existe pas en réalité une discrimination dans le traitement des prisonniers issus de la crise anglophone. Les mauvaises conditions de détention et les lenteurs observées dans le traitement des dossiers sont d’après lui le lot de bien de prisonniers.

La vague de décès enregistrée à la prison de kodengui, notamment au sein des rangs des prisonniers arrêtés dans le cadre de la crise anglophone sème un vent de panique en pleine pandémie de coronavirus. Plusieurs cas alarmants sont encore en attente d’une prise en charge.

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