Côte D’Ivoire: Le décès de Amadou Gon Coulibaly ouvre les voies d’un avenir incertain dans le jeu politique.

by Bertrand Wandji
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Premier Ministre Ivoirien et âgé de 61 ans, Amadou Gon Coulibaly est décédé mercredi 8 Juillet en début d’après-midi à 3 mois et demi de l’élection Présidentielle après avoir participé au conseil des ministres, avait annoncé le secrétaire général de la présidence Patrick Achi à la télévision publique: « J’ai la profonde douleur de vous annoncer que le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, chef du gouvernement, nous a quittés en ce début d’après-midi après avoir pris part au conseil des ministres ».

Une perte énorme pour le Parti au pouvoir mais surtout pour Alassane Ouattara, Président de la République ivoirienne qui a évoqué la perte d’un « fils » et d’un « jeune frère ». Monsieur Coulibaly fut « son plus proche collaborateur depuis 30 ». Aussi l’avait-il désigné, contre avis de plusieurs membres du RHDP, comme son successeur et candidat du Parti lors du scrutin présidentiel d’octobre prochain; c’était quelques jours après avoir annoncé qu’il ne briguerait pas un troisième mandat. Seulement, le décès de Gon Coulibaly vient inéluctablement redistribuer les cartes autour de la Présidentielle d’octobre prochain.

Le temps est pressant; le délai de dépôt de candidatures est prévu pour la fin de ce mois de juillet et à l’évidence, le Parti de Ouattara, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), n’avait pas prévu de plan B en dépit de l’état de santé déliquescent de leur nouveau candidat qui ne présageait aucune certitude. Gon Coulibaly avait été en effet greffé du cœur en 2012; depuis lors son état était instable. D’ailleurs une semaine avant son décès, il était revenu de France où il avait passé deux mois d’hospitalisation pour des problèmes cardiaques.

•••Un retour probable d’Alassane Ouattara•••

Dans ce contexte, certains observateurs avancent qu’Alassane Ouattara pourrait revenir sur sa promesse de ne pas briguer un troisième mandat. “Il est fort possible qu’il revienne sur sa décision, dans la mesure où il a toujours laissé une fenêtre ouverte », a estimé Sylvain N’Guessan, analyste politique à l’Institut stratégique d’Abidjan, sur l’antenne de France 24, avant de rajouter que « le retour d’Alassane Ouattara pourrait cependant susciter du mécontentement au sein de l’opposition. Mais en l’état actuel des choses, je ne pense pas que les Ivoiriens soient prêts à descendre dans la rue.”

En tout état de cause, la candidature de Ouattara a elle-même déjà été suscitée par les membres de son Parti. Il s’agit pour la plupart de ceux-là qui le pressaient plusieurs mois avant sa résignation de briguer un troisième mandat. C’est le cas du directeur exécutif du RHDP, Adama Bictogo, qui s’est empressé dès jeudi, c’est-à-dire au lendemain du décès de Coulibaly, d’ouvrir la porte à une nouvelle candidature du Chef de l’Etat ivoirien: « Toutes les options sont sur la table, y compris une nouvelle candidature du président Ouattara ». « Le président se doit d’écouter la base », mais « la dernière décision lui reviendra », a poursuivi le directeur du parti, précisant que « le choix (du candidat) sera un choix de rassemblement ». « Une candidature, ça se prépare », mais « nous sommes prêts, le parti est organisé sur le terrain, le maillage est établi ». Il a tout de même précisé que l’heure était aux obsèques du Premier ministre, qui devraient avoir lieu cette semaine et durer plusieurs jours.

Cependant, l’option de la candidature de Ouattara pourrait susciter une vague de contestation: « Si tel est le cas, l’opposition ferait tout son possible pour l’en empêcher en faisant des recours devant la Cour constitutionnelle”, a jugé Thaïs Brouck, correspondant de France 24 à Abidjan. Cette question a déjà par ailleurs beaucoup alimenté les discussions des constitutionnalistes en Côte-d’Ivoire: « Certains estiment que, dans la mesure où la nouvelle Constitution de décembre 2016 n’a pas remis en cause son élection d’octobre 2015, ces mandats ont déjà été pris en compte. Alassane Ouattara n’aurait dans ce cas plus le droit de se représenter. D’autres pensent au contraire, qu’avec une nouvelle Constitution, les compteurs sont remis à zéro et qu’Alassane Ouattara peut briguer un nouveau mandat. Le contexte est assez complexe. Il faut laisser les institutions en charge de la Constitution se prononcer », explique Sylvain N’Guessan, l’analyste politique.

•••D’autres options en vue•••

Au delà du Président Ouattara, d’autres noms circulent déjà dans la liste des potentiels remplaçants de Gon Coulibaly; notamment celui du ministre de la Défense Hamed Bakayoko, dit “Hambak”. « Officiellement, Hamed Bakayoko a signifié qu’il n’était pas intéressé pour le moment. Mais le contexte joue en sa faveur et il pourrait se montrer intéressé », poursuit Sylvain N’Guessan dans son analyse livrée sur les antennes de France 24.

D’autres membres du parti présidentiel pourraient également décliner leur intérêt pour être portés candidat . « Au niveau du RHDP, il y a d’autres cadres qui n’ont pas été mis sur le devant de la scène ces derniers temps, précise le politologue ivoirien. Je pense au vice-président Daniel Kablan Duncan, au secrétaire général de la présidence ivoirienne Patrick Achi ou la ministre Mariatou Koné. Toutes ces personnes n’ont pas eu la chance d’être mises en avant, mais dans le contexte actuel, ces noms pourraient faire l’affaire du RHDP dans la mesure où la tête d’aucun ne dépasse celle des autres », renchérit l’analyste politique.

Quoi qu’il en soit, le parti a de quoi trouver un candidat pour faire campagne honorable et faire un très bon score face à Henri Konan Bédié, 86 ans, candidat déclaré du PDCI [Parti démocratique de Côte d’Ivoire], étant donné que le retour de Laurent Gbagbo en Côte-d’Ivoire demeure improbable.

 

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