GABON: CONTRE TOUTES ATTENTES, L’ASSEMBLÉE NATIONALE ACTE LA DÉPÉNALISATION DE L’HOMOSEXUALITÉ.

by Bertrand Wandji
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À l’initiative du gouvernement gabonais, le projet de loi visant la modification de la loi n°042/2018 du 05 juillet 2019 portant Code pénal en République gabonaise, a été adopté par à l’Assemblée nationale ce Mardi 23 Juin 2020. Entre autres modifications faites, le retrait de l’alinéa 5 de l’article 402 du Code pénal en vigueur depuis juillet 2019 et qui condamnait l’homosexualité. Désormais, «les relations sexuelles entre personnes de même sexe» ne sont plus punies par la loi au pays d’Omar Bongo. Reste cependant que l’interdiction de «tout acte impudique ou contre nature sur un individu de son sexe et mineur de moins de dix-huit ans» a été conservée.

Si le Sénat arrivait à approuver, Gay et lesbiennes pourraient dès lors prendre les libertés de s’afficher sans courir le risque d’être inquiétés quoique le mariage homosexuel reste non autorisé par la loi. Cette décision classe le Gabon dans la liste des rares pays d’Afrique subsaharienne à revenir sur une loi qui punit les relations sexuelles entre personnes du même sexe.

Pour rappel, 48 députés gabonais ont voté pour cette dépénalisation, 24 ont voté contre tandis que 25 se sont abstenus. «Les 25 abstentions n’étant pas comptés comme suffrages exprimés, le retrait de l’alinéa 5 a été voté», a confié à Gabonreview un député en colère. «48 députés ébranlent toute une Nation et ses us et coutumes», a-t-il regretté.

•••Opposition•••

Si cette décision a suscité des joies, poussant un homosexuel à poster sur la place publique avec les couleurs nationales de son pays, elle demeure fortement contestée par une bonne partie de la population et des députés qui y voient une aberration: « (…) Mes convictions religieuses, mon attachement à la Constitution et à nos valeurs ancestrales ne me commandent pas d’autoriser ou d’encourager de telles pratiques » a déclaré l’un des élu gabonais, Blaise Louembé, à Gabon Media Time. On note également que le désagrément des populations est à son dépit chez certains. Un jeune gabonais a affirmé au micro de Gabon Media Time ne pas être apte à tolérer cette pratique contre nature dans son entourage même si elle est impunie dorénavant.

Sur son compte Twitter à contrario, Madame Silvia Bongo Ondimba, la première dame gabonaise, a loué cette décision qui selon elle est motivée par la volonté de respecter les droits et les libertés de l’homme: « La haine, les pressions, les interdictions, ne gagneront jamais face à la liberté d’aimer. S’en prendre à une citoyenne ou un citoyen sur ce qui relève de son intimité n’a pas de place dans notre pays. Au Gabon, chacune et chacun doit avoir le droit d’aimer sans être inquiété », a-t-elle posté pour approuver la décision de l’assemblée nationale de son pays.

•••La fin du tabou?•••

L’homosexualité se vulgarise ainsi à petits pas sur le continent noir. Ces dernières années, le Bostwana, l’Angola, le Mozambique et les Seychelles ont légalisé les relations entre personnes de même sexe, rejoignant la Côte d’Ivoire, le Mali, la République démocratique du Congo et le Lesotho et désormais le Gabon.

L’Afrique du Sud fait figure de pionnière en la matière. Depuis la fin du régime de l’apartheid en 1994, elle dispose d’un des cadres juridiques les plus libéraux au monde. Sa Constitution interdit toute discrimination fondée sur l’orientation sexuelle, et le mariage homosexuel a été légalisé en 2006, une première encore inédite en Afrique. Les actes de violence homophobe y sont pourtant fréquents.

Toutefois plus de la moitié des pays d’Afrique subsaharienne (28 sur 49) disposent toujours de législations interdisant ou réprimant l’homosexualité, parfois de la peine de mort. À l’inverse des pays suscités le Tchad, le Nigeria, le Cameroun et le Burundi ont soit légiféré contre, soit durci leur législation.

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