Alpha Condé

Guinée Conakry : Alpha Condé occasionne son propre coup d’Etat.

by Larissa Tchinda
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En Guinée Conakry, la situation politique est crispée depuis la représentation d’Alpha Condé à l’élection présidentielle de 2020. Un mandat de trop, qui a donné lieu ce dimanche 05 septembre 2021, à un coup d’Etat. Ce coup d’Etat faut-il le rappeler, n’est pas le 1er dans le pays. Alpha Condé, présenté comme le tout 1er président démocratiquement élu du pays, a lui-même pu accéder au pouvoir après que Lansana Conté ait été renversé par un coup d’Etat.

REACTIONS NATIONALES ET INTERNATIONALES

Tout de suite, la communauté internationale a dû monter au créneau pour condamner avec la dernière énergie cette prise d’otage du président de la république.
L’organisation des Nations-Unies (ONU) a haussé le ton dans un tweet publié par son secrétaire général, Anotnio M. Guterres, qui « condamne fermement toute prise de pouvoir du gouvernement par la force du fusil et appelle à la libération immédiate du Président Alpha Condé ».

Même son de cloche pour l’Union Africaine (UA), Félix Tshisekedi, président en exercice, et son secrétaire Moussa Faki Mahamat, dans un communiqué publié après le coup d’Etat, « invitent le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union Africaine à se réunir d’urgence pour examiner la nouvelle situation en Guinée et pour prendre les mesures appropriées aux circonstances ».
La CEDEAO elle aussi, n’est pas restée en retrait. Son président, Nana Akufo-Adoo, « exige le respect de l’intégralité physique du Président de la République Apha Condé et sa libération immédiate et sans condition ainsi que celle de toutes les personnalités arrêtées ».

Cet acte fortement critiqué et réprimandé, sonne cependant comme une libération pour une bonne partie de la population, sortie massivement pour acclamer MAMADY DOUMBOUYA, l’auteur de ce coup d’Etat.

MAMADY DOUMBOUYA : L’AUTEUR DU COUP D’ETAT

Le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya rejoint la Guinée il y’a 10 ans. Il est un ancien légionnaire de l’armée française propulsé à la tête des forces spéciales guinéennes en 2018 par Alpha Condé, devenu sa victime aujourd’hui.

A la tête des forces spéciales guinéennes, Il a pour mission de diriger cette unité d’élite de l’armée guinéenne chargée de lutter contre le terrorisme.

Même si pour beaucoup, ce qui s’est passé ce dimanche n’est encore qu’une tentative de coup d’Etat, Le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya rassure que ce n’est pas le cas. Dans une série de photos et vidéos qui circulent sur la toile, l’on peut bien apercevoir Alpha Condé entre les mains de l’armée.

Ceux-ci rassurent également, que l’intégrité physique et morale du président n’a subi aucune souillure. Chose qu’Alpha Condé s’interdit de corroborer.
Les auteurs du coup d’Etat ont annoncé avoir dissout les institutions, instauré un couvre-feu dans tout le pays “jusqu’à nouvel ordre”, remplacé les gouverneurs et préfets par des militaires dans les régions.

Ils ont En outre, appelé “les fonctionnaires à reprendre le travail dès ce lundi” et convoqué les ministres sortants et les présidents des institutions à une réunion lundi à 11 h (locales et GMT). Toute absence à cette réunion devra être considérée comme une “rébellion contre le CNRD [Comité national du rassemblement et du développement]”.

ALPHA CONDE : D’OPPOSANT LEGENDAIRE A PRESIDENT DECHU ?

Le président Alpha Condé aurait-il lui-même orchestré son coup d’Etat ? Il y’a quelques années pourtant, il était considéré comme un exemple à suivre pour tout opposant politique en Afrique.

Alpha Condé rentre en Guinée, à la suite de l’ouverture démocratique des années 1990, fruit d’un long combat mené entre autres par Bah Mamadou Bhoye, Siradiou Diallo, Mansour Kaba, etc.

Le multipartisme intégral adopté par le régime du président Conté autorise la présence de plusieurs partis d’opposition en Guinée. Puis, Alpha Condé prend part à la première élection multipartite du pays, en décembre 1993, après trente ans de régime autoritaire. Lors du scrutin, Condé est un des challengers de Lansana Conté, président depuis le coup d’État de 1984. Le général Conté est déclaré vainqueur avec 51,7 % des voix, tandis que les observateurs nationaux et internationaux chargés de la supervision du scrutin dénoncent un fort climat de fraude et que l’opposition conteste unanimement les résultats officiels. Les partisans de Condé s’insurgent particulièrement contre l’annulation par la Cour suprême de la totalité des résultats pour les préfectures de Kankan et Siguiri, où Alpha Condé était vraisemblablement fortement majoritaire. Condé demande à ses militants de ne pas prendre le risque d’entraîner une guerre civile et de concentrer leurs efforts sur le scrutin suivant.

À l’élection présidentielle suivante, en décembre 1998, Alpha Condé se présente de nouveau mais il est arrêté et emprisonné, à la suite d’une tentative d’évasion, avant la fin du scrutin.
Alpha Condé est maintenu en prison pendant plus de vingt mois avant que le gouvernement ne constitue une cour spéciale pour le juger. Cette incarcération sans procès soulève un fort mouvement de protestation international. Amnesty International dénonce une violation des droits de l’homme et le Conseil de l’Union interparlementaire une violation de l’immunité parlementaire dont Alpha Condé bénéficie en tant que député guinéen. multiples requêtes d’autres chefs d’État en demandant officiellement la relâche rapide d’Alpha Condé.

Le 11 septembre 2000, à l’issue d’un procès commencé le 12 avril précédent devant la « Cour de sûreté de l’État guinéen », spécialement constituée à cet effet, il est condamné à cinq ans de réclusion criminelle pour « atteintes à l’autorité de l’État et à l’intégrité du territoire national » et « emploi illégal de la force armée ». Son jugement est décrié dans la presse africaine et internationale. Alpha Condé est finalement libéré le 18 mai 2001, après avoir fait l’objet d’une grâce présidentielle, vingt-huit mois après son arrestation.

À partir de la mort de Lansana Conté et de la prise du pouvoir par la junte militaire de Moussa Dadis Camara, en 2008, Alpha Condé appelle au retour d’un pouvoir civil et à la tenue d’élections transparentes. Il le fait au sein des Forces vives, constituées de l’opposition, des syndicats et des autres acteurs de la société civile.

En février 2010, il annonce la candidature de son parti au scrutin présidentiel de juin suivant. Alpha Condé arrive en deuxième position du premier tour, avec 18,25 % des voix, loin derrière l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo (43,60 %). Cette deuxième place est contestée par le candidat déclaré troisième par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Sidya Touré (13,03 %), qui affirme que la junte militaire au pouvoir, dirigée par Sékouba Konaté, a permuté les résultats, sous la pression de la « coordination mandingue ». Le second tour a lieu quatre mois plus tard, au lieu de deux semaines.
Le 15 novembre 2010, Alpha Condé est déclaré vainqueur de l’élection présidentielle par la CENI avec 52,52 % des voix, face à Cellou Dalein Diallo. La Cour suprême valide l’élection le 3 décembre suivant et Cellou Dalein Diallo reconnaît sa défaite.

Ce parcours historique, Alpha Condé l’a mené à la tête d’un pays pauvre, mais avec des ressources naturelles incroyables. Seulement, 11 ans plus tard, le pays demeure encore l’un des pays les plus pauvres du continent ; la corruption est toujours d’actualité ; mais surtout, l’économie bat de l’aile.

En septembre 2019, à New York, Alpha condé avait suggéré l’organisation d’un référendum pour modifier la Constitution guinéenne et lui permettre de briguer un troisième mandat. Une très mauvaise idée visiblement, puisqu’en réaction, réaction, un important mouvement de contestation, le Mouvement FNDC, fédérant les principaux partis d’opposition (l’UFDG de Cellou Dalein Diallo et l’UFR de Sidya Touré) ainsi que les plus importantes organisations de la société civile, se sont dressés contre lui. S’en sont alors suivis plusieurs mois de manifestations et de violences, lors desquelles des dizaines de personnes ont été tuées.
Aujourd’hui, Alpha Condé paie cash, le prix de cet entêtement. Sera-t-il contraint à démissionner dans les jours à venir ? La suite nous le dira très certainement.

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