L’édito : La Constitution est un « papier hygiénique » pour les dirigeants africains.

by Carlos Mauzaire
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Le décès du Président Déby dans des circonstances tragiques a servi de motif à l’armée pour installer au pouvoir son fils, Le Général Mahamat Idriss Déby Itno. Cet autre coup de théâtre réalisé en total violation de la constitution tchadienne qui prévoit « qu’en cas de vacance du pouvoir, c’est le président de l’assemblée nationale qui doit assurer l’intérim jusqu’aux nouvelles élections » est le symbole de la difficulté des pays africains à respecter les lois fondamentales, surtout en matière d’alternance à la tète de l’état.

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Au cours de la matinée du 20 avril, le monde va apprendre la nouvelle de la disparition du Maréchal Idriss Déby Itno. Pour la circonstance, les tchadiens voient apparaitre sur le petit écran des hommes en treillis. Le Général Azem Bermandoa, porte parole de l’armée va alors annoncer que « Le président de la république, chef de l’Etat, chef suprême des armées, Idriss Déby Itno, vient de connaître son dernier souffle en défendant l’intégrité territoriale sur le champ de bataille ». C’est à son fils, le Général quatre étoiles Mahamat Déby Itno, agé de 37 ans que reviendra la responsabilité de la succession de son père à la tête de l’état. Dans la foulée, le fils du défunt Maréchal va poser ses premiers actes en concertation avec les 15 membres qui constituent son cabinet restreint en décidant de la dissolution du gouvernement et de l’assemblée Nationale. Coup de théâtre ? Pour l’opposition il s’agit ni plus ni moins d’un « Coup d’état institutionnel » ! Que vaut réellement la constitution aux yeux des dirigeants africains ?

Dans un article à l’intitulé « À quoi servent les constitutions africaines ? » le professeur P.-F. Gonidec, faisait le bilan de trente années de pratiques constitutionnelles en s’interrogeant sur l’utilité même des Constitutions africaines. Une question qui vaut son pesant d’or tant les dirigeants du continent excellent dans l’art de la manipulation de la constitution. A défaut de changer à leur guise les textes, certains décident tout simplement de ne pas les respecter au grand dam des opposants politiques. Les cas sont légions…

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Le doyen Omar BONGO, 41 ans au pouvoir du Gabon, lèvera le verrou constitutionnel imposé par la limitation des mandats en 2003 pour se présenter autant de fois avant de céder la place à son fils après son décès en 2009. En 2002, Gnassingbé Eyadéma qui totalisera 38 ans à la tête du pouvoir au Togo va modifier l’article 59 de la constitution qui prévoit la limitation des mandats pour donner libre cours au Chef de l’état de se présenter autant de fois que possible. Depuis son décès en 2005, c’est son fils Faure Gnassingbé qui est président de la République. En 39 ans à la magistrature suprême au Cameroun, Paul Biya a lui aussi eu recours à la modification de la constitution en 2008 quand il fallait passer le cap de la limite des deux mandats. La liste n’est pas exhaustive… Alassane Ouattara, Alpha Condé, Dénis Sassou Nguésso, Obiang Nguéma…tous encore en fonction sont des véritables maitres en la matière.

Le président Chirac disait de la démocratie qu’elle est un luxe pour Les pays africains. Il y’a des raisons de croire que le respect de la constitution l’est aussi. Après avoir lui même modifié la constitution à deux reprises dans l’optique de se maintenir au pouvoir au cours des trente dernières années qu’il a passé à la tête du Tchad, Idriss Deby Itno est remplacé par son fils qui vient de faire une belle entrée en matière en annulant purement et simplement la constitution.

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