Mali : Comment comprendre la mise à l'écart du pays des instances de la CEDEAO?

Mali : Comment comprendre la mise à l’écart du pays des instances de la CEDEAO?

by Abdoulaye Raman
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Les chefs d’État de la communauté des Etats de l’Afrique de l’ouest ( CEDEAO) se sont rassemblés dimanche sous la houlette de son président en exercice Nana Akufo-Addo. C’est une réunion extraordinaire tenue avec pour ordre du jour la situation politique au Mali avec à la clé les les putschs à répétition. En effet, en neuf mois seulement, le colonel Assimi Goïta a été l’instigateur de deux coups de force. Le dernier en date a poussé le président de transition Bah N’daw à la démission. Ce qui n’a pas empêché la cour constitutionnelle de conforter le chef de la junte aux fonctions de président de la république. Dans cet entretien avec le Dr Bertin, nous interrogeons les fondements d’une telle décision venant des 15 pays membres de cette institution sous-régionale.

AI : Dr Bertin bonjour. Vous observez avec une attention particulière la situation politique tendue au Mali et vous résidez au Cameroun. Le pays a été suspendu de la communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ce dimanche 30 mai à l’issue du sommet extraordinaire des chefs d’États de ladite institution. Comment analysez vous cette décision ?

Dr Bertin : La sanction de la CEDEAO de suspendre le Mali sur l’angle du Marketing Politique est purement diplomatique et vise à discréditer le chef de la junte, le Colonel Assimi Goïta aux yeux des Maliens et de la communauté internationale. Mais cette sanction n’a aucun impact significatif car les sanctions politiques et économiques sont plus contraignantes. Heureusement la CEDEAO n’a pas pris des sanctions économiques. Les Maliens soutiennent leur armée, la preuve la junte a arrêté le président de la transition avec son premier ministre, il n y a eu aucune manifestation de contestation, aucune mouche n’est descendue sur le terrain ; preuve que ce président était impopulaire. Un homme politique qui est impopulaire ne représente pas grand-chose sur la scène politique. Actuellement, la Cour Constitutionnelle du Mali a déjà validée le chef de la junte comme président du Mali, ce qui rend inefficace les sanctions de la CEDEAO.

AI : Et si cette décision de la CEDEAO était purement fondée dans la mesure où elle voudrait permettre au Mali qui vient de connaître deux coups d’État en moins de 9 mois, de se faire une meilleure santé politique avant d’y revenir ?

Dr Bertin : Le Mali est en quête de consolider sa souveraineté. Toute action qui mène à cela peut-être encourager par le peuple Malien. La classe politique semble être d’accord de cette logique de coup d’Etat. Puisque jusqu’à présent aucune manifestation de contestation n’est observée sur le terrain.

AI : Que dites vous de l’opinion malienne et une bonne partie de l’Afrique qui estiment que cette décision vise à alléger et à consolider la place de la France qui sent sa place de plus en plus menacée par la forte invasion de la Russie sur le sol malien ?

AI : La politique est une question de rapport de force, les Etats n’ont pas d’amis, mais que des intérêts. La France se bat pour consolider sa position au Mali, tandis que la Russie cherche à pénétrer au Mali. Le pouvoir étant un rapport de force et de stratégie, celui qui aura la meilleure stratégie va gagner la bataille au Mali. Les mouvements anti Français grandissent chaque jour auprès de la jeunesse Malienne ; ce qui devient un handicap pour la France.

AI : Comment comprendre un Sommet qui intervient au lendemain d’une décision constitutionnelle, nommant le Colonel Assimi Goïta comme président de la transition ?

Dr Bertin : La cour constitutionnelle Malienne a déjoué tout les plans de la CEDEAO raison pour laquelle elle était obligée de prendre uniquement les sanctions diplomatiques et exigée que le président désigné par la cour constitutionnelle nomme un premier ministre civil, puisqu’il n’y a plus de débat sur qui est le président du Mali. Une fois le premier ministre civil nommé, il est fort probable que la CEDEAO va lever la sanction.

AI : Pensez-vous vraiment que le Colonel Assimi Goïta actuel, homme fort pourra après la période transitoire laisser le pouvoir à un civil ? Ne va t’il pas renoncer à la fonction militaire pour se représenter aux élections à venir ?

Dr Bertin : L’Avenir politique est incertain. Personne ne peut prédire l’avenir politique du Colonel Assimi Goïta. Puisque la cour constitutionnelle qui l’a nommée président peut changer les règles du jeu de la charte de la transition pour lui permettre se représenter aux élections à venir. Tout est possible en politique.

AI : pour sortir de cet entretien, est-ce que cette décision peut être influencée par l’union africaine ? Si oui, sur quoi pourra t-elle se fonder?

Dr Bertin : L’union Africaine pourra suivre la même ligne que la CEDEAO, c’est une question de lobbies et de réseaux. Donc, Il ne faut pas attendre grand-chose de l’Union Africaine.

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