La disparition du nationaliste Anicet Ekane continue de susciter de vives tensions, mêlant conflits familiaux, accusations publiques et soupçons d’instrumentalisation politique. Entre divisions internes et luttes d’influence, l’organisation des obsèques devient le théâtre d’enjeux qui dépassent le cadre privé.
Depuis l’annonce du décès du président du Manidem, Anicet Ekane, la gestion de son deuil met en lumière de profondes fractures au sein de sa famille, sur fond d’accusations graves et de rivalités politiques. Au cœur de la polémique, Muna Ekane, présenté par certains comme un fils « indigne », fait l’objet de critiques virulentes.
Plusieurs voix l’accusent d’avoir entretenu une relation distante avec son père, allant jusqu’à affirmer qu’il ne disposerait d’aucune photo avec lui, ou du moins d’aucune réelle proximité avec ce dernier de son vivant. Sa mère, ex-épouse d’Anicet Ekane, est également pointée du doigt. Ses détracteurs l’accusent d’entretenir des liens étroits avec certains cadres du RDPC, dans une logique opportuniste visant à obtenir des avantages financiers. Certains lui reprochent par ailleurs d’avoir influencé ses enfants à prendre leurs distances avec leur père, qu’elle aurait qualifié pendant le divorce de « politicien égaré ».
Plus grave encore, certaines allégations évoquent une tentative d’instrumentalisation du deuil à des fins politiques, avec pour objectif supposé de favoriser la nomination de Muna Ekane à un poste de secrétaire d’État. À ce stade, ces accusations ne sont pas confirmées de manière indépendante. Face à ces accusations, Muna Ekane oppose une version radicalement différente. Dans une interview accordée à STV, il affirme avoir entretenu une relation étroite et privilégiée avec son père : « Je peux dire que j’ai été très vite complice de mon père depuis plus de 25 ans… Ces deux dernières années, il était devenu mon meilleur ami, mon complice. J’ai été son confident durant cette période. » Des propos qui visent à contredire l’image d’une distance familiale évoquée par ses détracteurs.
Sur le plan familial, la division est manifeste. Un enregistrement audio attribué à Anicet Ekane, dans lequel il exprimerait ses dernières volontés en confiant la direction de ses obsèques à M. Dongmo, actuel président du Manidem, alimente le débat. Selon plusieurs sources, une majorité des frères du défunt soutiendrait l’idée que le parti organise les obsèques. Toutefois, d’autres membres de la famille, avec en tête Muna Ekane, ont saisi la justice et obtenu la gestion du deuil, en opposition aux volontés du défunt et en écartant l’épouse légitime. Une situation qui illustre des désaccords profonds, dans un climat de fortes tensions internes et externes.
Sur ce point, Muna Ekane justifie son recours à la justice en évoquant des dysfonctionnements dans la gestion du dossier familial. Il affirme que les enfants n’auraient pas été associés à certaines décisions clés, notamment autour de la levée des scellés sur la dépouille : « À aucun moment ils n’informent les enfants… alors qu’une semaine avant, nous leur avons bien spécifié de ne plus mettre de nom sans que les enfants soient concertés. » Il va plus loin en accusant directement le parti : « Le Manidem a failli à la mission que lui a confiée mon père. »
La situation s’était initialement tendue lorsque l’épouse légitime d’Anicet Ekane s’etait publiquement opposée contre les responsables du pouvoir s’étant introduit dans le protocole pour transporter le cercueil de son époux à l’aéroport de Douala. Ces déclarations auraient suscité l’irritation de certaines figures influentes du pouvoir. Par ailleurs, des interrogations persistent quant à l’attitude de Muna Ekane durant cette période, notamment son absence remarquée auprès de la dépouille de son père. Certains affirment qu’il serait davantage engagé dans des démarches administratives et judiciaires, ainsi que dans des échanges avec des autorités de la région du Littoral.
Alors qu’une décision de justice lui confie l’organisation des obsèques, Muna Ekane parviendra-t-il à rassembler les différentes composantes de la famille ? Respectera-t-il les dernières volontés de son père, qui a déclaré : « La direction de mes obsèques revient au parti » ? À noter que Mariane Simon Ekane, dans une sortie vidéo, affirme que le retrait de la gestion du deuil à l’épouse serait le résultat d’une décision de justice influencée par certains cadres du RDPC, en représailles à ses propos contre le gouvernement à l’aéroport de Douala.
Entre règlements de comptes familiaux, accusations et arrière-plan politique, l’affaire Ekane illustre une fois de plus comment, au Cameroun, des questions privées peuvent rapidement se transformer en affaires publiques à forte charge émotionnelle et politique.
