« C’est la première fois que je vois l’hôpital comme ça… on dirait un vrai village de santé », souffle une jeune mère, bébé dans les bras, happée par le flot humain qui envahit les allées du complexe hospitalier. Cette phrase résume l’atmosphère hors du commun qui enveloppe l’Hôpital Général de Yaoundé depuis ce lundi matin, marquant le lancement des Journées Portes Ouvertes prévues jusqu’à mercredi. Trois jours de transparence, de connaissance et de proximité, au cœur de l’une des plus grandes formations sanitaires du Cameroun.
Il est un peu plus de 10 heures quand les premières vagues deviennent marée.Des milliers de personnes franchissent les entrées du site de Ngousso, aimantées par la promesse : comprendre, toucher du doigt, et rencontrer l’hôpital autrement. Sur le vaste parking fraîchement bitumé, les voitures s’alignent en silence tandis que les allées piétonnes se remplissent d’une foule compacte mais sereine.
Autour d’eux, le décor impose le ton : des bâtiments blancs, modernistes, impeccablement entretenus ; des palmiers parfaitement taillés, des espaces verts bordés de plantes ornementales ; des zones ombragées, sous de grandes tentes où chaque service s’est installé comme un petit pavillon autonome.
L’hôpital respire la rigueur, la modernité, la maîtrise — une atmosphère presque clinique mais vivante, amplifiée par le soleil qui illumine les façades comme pour révéler ce que l’hôpital montre rarement au public. À 14 h 30, le Pr Noël Emmanuel Essomba, Directeur général, arrive avec son adjoint. Le rythme change. Une sorte de gravité bienveillante se propage : les stands s’alignent, les équipes se redressent, les visiteurs se rapprochent. Le DG commence alors une visite minutieuse, méthodique, station par station, véritable inspection de terrain mais aussi moment d’écoute.
Une visite de stands qui révèle l’ampleur des savoir-faire
La visite commence dans une atmosphère dense et studieuse, portée par l’énergie du premier stand où les Médecines internes et spécialités déroulent leur univers clinique. Le Dr Bombii Jérôme accueille le Directeur général avec la sérénité de ceux qui maîtrisent leur art. Autour de lui, les médecins s’affairent, les affiches respirent la précision et les tables débordent de matériel. Il égrène, d’une voix posée, la longue liste des consultations gratuites prévues : « endocrinologie, dermatologie, hépato-gastroentérologie, neurologie, oncologie, hématologie, psychiatrie ».
Une offre généreuse, scientifique et ouverte, où chaque patient trouvera un espace d’écoute et de suivi. Le Dr Bombii insiste : ici, la prise en charge ne s’arrête pas au diagnostic du jour. Les équipes accompagneront les visiteurs dans le temps, grâce à des services entièrement opérationnels. Autour du stand, l’air se charge d’une dimension plus préventive encore lorsque les bénévoles s’installent pour les dépistages gratuits : hypertension, diabète, hépatites, cancers, rhumatologie. Une vision populationnelle rare, presque inhabituelle dans les circuits hospitaliers classiques.
Le chemin mène ensuite vers la chirurgie, où le Dr Handy Zone expose ce qui ressemble à la colonne vertébrale technique de l’hôpital. Le stand vibre comme un laboratoire de prouesses : maquettes de colonnes vertébrales, simulateurs, instruments lumineux, photos de blocs opératoires impeccablement agencés. Le DG écoute, observe, interroge, tandis que le chirurgien déroule les spécialités maison : chirurgie digestive, neurochirurgie, thoracique, plastique, ORL, urologie, traumatologie. Tout respire la rigueur, la maîtrise, l’excellence. Devant cette vitrine technique, le visiteur comprend pourquoi l’Hôpital Général demeure un bastion chirurgical national, où l’expertise rivalise avec les standards universitaires.
Plus loin, le stand de Biologie clinique se présente comme le poste nerveux du diagnostic. Les automates ronronnent doucement, des techniciens manipulent fioles et éprouvettes avec une précision presque chorégraphique. Chaque résultat, explique-t-on, passe par des protocoles de contrôle qualité stricts, garantie essentielle de la fiabilité thérapeutique.
À quelques mètres, la Pédiatrie dévoile son univers tendre et exigeant. Le Dr Mekone Nkwele décrit le fonctionnement de la néonatalogie, les soins intensifs miniatures, les protocoles calibrés contre la mortalité infantile. Les parents présents semblent rassurés, comme enveloppés par une promesse silencieuse de sécurité. Le stand suivant assume une dimension résolument féminine : celui de la Gynécologie-obstétrique. Le Dr Kemfang Ngowa présente les nouveaux équipements alignés comme des bijoux technologiques. On y détaille les nouvelles capacités en matière de traitement des fibromes, avec des techniques plus douces, moins invasives, plus rapides. L’endroit attire de nombreuses femmes, intriguées par ces avancées qui, pour certaines, peuvent changer des années de souffrance en un simple souvenir médical.
Puis, comme un cœur battant à part entière, se dresse le département d’Imagerie médicale et de Radiothérapie, présenté par le Dr Eto’o Edith. À mesure que le DG traverse le stand, un sentiment d’exception s’impose. IRM de haute performance capable d’explorer le cœur, scanner nouvelle génération, radiographie numérique, équipement à 64 barrettes, échographes polyvalents, et surtout un plateau d’imagerie interventionnelle rare dans toute l’Afrique centrale.
Les machines scintillent sous les projecteurs, les spécialistes décrivent leur usage avec un enthousiasme professionnel maîtrisé. Le Dr Eto’o rappelle que malgré cette sophistication, les tarifs restent parmi les plus accessibles de la capitale, un équilibre presque improbable entre excellence technologique et politique tarifaire sociale.
À l’écart de cette effervescence technologique, un stand plus discret mais tout aussi fondamental attend le visiteur : Hygiène et assainissement. Sous la direction de Ndedi Flo, l’équipe expose ses protocoles, ses produits, ses équipements de désinfection. On y découvre ce que la plupart des patients ignorent : la propreté, ici, n’est pas un simple état des lieux mais une science rigoureuse, une veille permanente, un travail invisible sans lequel aucune prouesse médicale ne serait possible. Le DG le souligne d’ailleurs, impressionné par la propreté remarquable du site.
La visite se poursuit par un passage dans un espace qui incarne la modernisation récente de l’hôpital : le tout nouveau Département de Médecine polyvalente, présenté par le Dr Atenguena Étienne. L’endroit révèle un visage plus contemporain : un service de médecine multidisciplinaire accueillant des patients variés, un Hôpital du jour permettant des prises en charge rapides jusqu’à 17h, le service SIBa avec ses chambres individuelles haut standing, et la Médecine du travail, cocon de confidentialité pour des dossiers sensibles. Une atmosphère feutrée, presque hôtelière, s’en dégage. Le personnel qui y officie fait partie des équipes les plus aguerries de l’hôpital, choisies pour offrir vitesse, précision et confort absolu.
L’ensemble compose une fresque médicale vivante, un voyage dans les rouages d’un hôpital en pleine métamorphose, où chaque stand raconte un fragment de l’avenir de la santé publique. Ceux qui n’y étaient pas ressentent presque l’envie de s’y rendre, attirés par cette alliance rare entre technicité, humanité et renouveau.
Un public conquis
Au fil de la visite, le public se densifie, les couloirs s’animent et les visages parlent un langage commun : celui de la découverte. On croise de la surprise, de la reconnaissance, parfois même une émotion retenue. Les files d’attente s’étirent, serpentines, devant les consultations gratuites, comme un murmure collectif qui dit l’importance de l’événement.
Devant le stand des Médecines internes, une femme d’une quarantaine d’années, les résultats d’un dépistage d’hypertension à la main, souffle qu’elle « n’imaginait pas que tout cela était gratuit ». Elle confie qu’elle n’a jamais réussi à consulter un endocrinologue « faute de moyens et de temps » et qu’une simple prise en charge aujourd’hui pourrait « changer beaucoup de choses ». Non loin d’elle, un jeune étudiant en médecine observe, fasciné, les protocoles de dépistage : « Voir ça ici, chez nous… c’est motivant. On sent que la prévention n’est plus un slogan ».
Au stand de Chirurgie, l’atmosphère est plus technique, mais l’émerveillement est le même. Un père, accompagnant sa fille opérée l’an dernier, contemple les maquettes anatomiques exposées. Il raconte qu’il ne s’était jamais figuré l’ampleur du travail qui se cache derrière une intervention : « Quand on voit les équipements, les explications… on comprend que ce n’est pas de la magie. C’est du travail d’experts ». Sa fille, chuchotant à côté, ajoute avec un sourire timide : « Je suis contente de voir où on m’a soignée ».
Au stand de Biologie clinique, une jeune fonctionnaire s’émerveille de la précision des automates. Elle raconte qu’elle se rend souvent dans de petits laboratoires de quartier où « on ne sait jamais vraiment comment les analyses sont faites ». Ici, elle dit avoir enfin « la preuve visuelle de ce qui garantit la fiabilité ». Un homme plus âgé, dépisté pour le diabète, renchérit : « On comprend mieux pourquoi les résultats orientent la vie ».
Le stand de Pédiatrie attire des familles entières. Une mère, qui tient un nourrisson endormi contre sa poitrine, murmure presque : « Je ne savais pas que la néonatalogie ici était aussi avancée. Je n’étais jamais entrée. On dit souvent que tout est saturé… mais en voyant les incubateurs, l’organisation, les explications, on reprend confiance». Un autre parent, dont l’enfant a bénéficié d’un examen rapide, estime que ce genre de journées devrait « être obligatoire dans tous les hôpitaux publics, juste pour que les gens sachent à quoi ils ont droit ».
Du côté de la Gynécologie-obstétrique, ce sont surtout des femmes — jeunes, moins jeunes, parfois silencieuses — qui posent des questions, touchent du regard les nouveaux équipements. L’une d’elles raconte qu’elle souffre de fibromes depuis cinq ans : « On m’a dit qu’il fallait absolument voyager pour un traitement moderne… et aujourd’hui je découvre que la solution était juste là. Pourquoi on ne communique pas plus ? » Une autre, manifestement émue, ajoute que ces journées « donnent du courage », car voir les machines et l’équipe rassure davantage que n’importe quelle brochure.
Partout, les commentaires convergent : gratitude, découverte, étonnement. Et une demande qui revient comme un leitmotiv : que ces journées deviennent régulières, presque ritualisées. « Pas une fois tous les dix ans, mais chaque année », insiste un retraité. « L’hôpital nous a ouvert ses portes. Maintenant, il faut que ça continue ».
« Que les Camerounais sachent ce que leur hôpital accomplit »
Au terme de la visite, lorsqu’il apparaît devant les journalistes, le Pr Noël Emmanuel Essomba ne cherche ni l’emphase ni les effets de manche. Il parle avec la clarté d’un gestionnaire sûr de ses chiffres, mais aussi avec l’émotion contenue d’un médecin qui connaît la valeur du travail invisible. Sa voix porte au-delà du parvis, jusque dans les allées encore animées des stands. Il commence par exprimer une gratitude appuyée : « Merci d’ailleurs de couvrir ce moment exceptionnel de la vie de notre formation sanitaire », dit-il, en rappelant que l’ouverture des portes n’est jamais un geste anodin pour un hôpital de ce rang. Puis vient l’essentiel, résumé en trois objectifs que le DG décline comme les trois piliers d’une démarche assumée.
Premier pilier : donner à voir ce que l’hôpital réalise réellement. Le Pr Essomba insiste sur cette méconnaissance presque paradoxale : « Combien de Camerounais savent que, pour la seule année 2025, plus de 154 chirurgies cardiaques ont été réalisées ici ? »
Il marque une pause, puis élargit le propos : « Combien savent que les transplantations rénales se font désormais à l’Hôpital Général, avec des équipes entièrement camerounaises ? Ou que la chirurgie de reconstitution mammaire est aujourd’hui réalisée aisément, avec du matériel de pointe qui nous appartient ? »
Autour de lui, les visiteurs acquiescent. Certains découvrent ces informations en temps réel, comme un renversement de certitudes. Le DG insiste sur ce point : « Nous avons décidé d’ouvrir nos portes pour que les Camerounais ne pensent plus qu’il faille forcément sortir du pays pour recevoir des soins de qualité ».
Deuxième pilier : la prévention, cœur silencieux mais vital de ces journées. Il raconte son passage quelques minutes plus tôt au stand d’ophtalmologie : « Il y avait près de 70 personnes déjà enregistrées. Les consultations sont gratuites, et elles vont se poursuivre » .
Puis il élargit à la philosophie générale de l’événement : « Ce sont des moments de prévention. Nous voulons que les populations apprennent à consulter avant la maladie grave, avant la complication ».
Troisième pilier : un dialogue pédagogique, direct, sans filtres. Le DG explique que ces journées sont aussi une occasion d’écoute : « Il est important que les populations nous disent leurs attentes, leurs ressentis, pour que nous puissions les intégrer dans le management de notre formation sanitaire ».
Il détaille ensuite ce qu’il appelle « la pédagogie des soins », un ensemble de procédures souvent méconnues : « Comment faire pour réaliser un scanner ? Comment rencontrer tel ou tel spécialiste ? Comment prennent-on les rendez-vous ? »
À cet instant, un journaliste l’interpelle sur la prise de rendez-vous. Le DG répond sans esquiver, rappelant que ces questions sont précisément celles que ces journées doivent clarifier : « Ces Journées Portes Ouvertes ont été organisées pour que, sur le plan pédagogique, les populations soient informées. C’est leur hôpital. Elles doivent savoir comment y accéder ».
Sous les tentes qui bruissent encore des conversations de la journée, une certitude s’installe : pendant trois jours, l’Hôpital Général de Yaoundé ne se contente pas d’ouvrir ses portes. Il ouvre son cœur, son savoir, ses prouesses, et sa vision d’un service public hospitalier capable d’excellence — ici même, au Cameroun.
