Acceuil Politique Corée du Sud| LIBERTÉ DE CONSCIENCE : des experts internationaux s’insurgent contre l’incarcération du chef de l’Église Shincheonji
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Corée du Sud| LIBERTÉ DE CONSCIENCE : des experts internationaux s’insurgent contre l’incarcération du chef de l’Église Shincheonji

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Peut-on maintenir en détention provisoire un homme de 95 ans sans violer le droit international ? C’est la question soulevée par un collectif d’ONG à Séoul. Face aux accusations pesant sur Lee Man-hee, ces organisations plaident pour la présomption d’innocence et mettent en garde contre une justice à double vitesse.

Human Rights Without Frontiers (HRWF), organisation basée en Europe et dotée d’un statut consultatif spécial auprès de l’ECOSOC des Nations Unies, a tenu le 7 août 2026 une conférence de presse au Club des correspondants étrangers de Séoul (SFCC), au 18e étage du bâtiment de la presse coréenne. L’événement rassemblait quatre autres organisations : la CAP Liberté de Conscience, la FOREF Allemagne, le CESNUR et le magazine Bitter Winter. Le rendez-vous, tenu à 10h30 heure locale, portait sur la liberté de religion ou de conviction et la liberté d’expression en Corée du Sud.

Au cœur des échanges figurait le cas du président de l’Église Shincheonji, Lee Man-hee, âgé de 95 ans et actuellement en détention provisoire. Les organisations ont soulevé des questions de proportionnalité, de considérations humanitaires et de procédure régulière concernant son traitement. Elles ont également évoqué la situation de Hak-ja Han Moon, 83 ans, dirigeante de la Family Federation for World Peace and Unification, appelant les autorités sud-coréennes à garantir une réponse juridique et administrative neutre envers les minorités religieuses.

Les intervenants ont situé ces deux cas dans un contexte plus large de préoccupations relatives à la liberté religieuse dans le pays. Ils ont cité la situation de l’église de Segero à Busan, dont ils affirment qu’elle continuerait de faire l’objet de harcèlement et d’une enquête officielle malgré la libération du pasteur Son Hyun-bo. Ils ont également mentionné l’objection de conscience, l’opposition publique à un projet de mosquée à Daegu, et les questions d’accommodement religieux dans le système éducatif.

Sur l’objection de conscience spécifiquement, les organisateurs rappellent que des centaines de Témoins de Jéhovah ont été emprisonnés en Corée du Sud au fil des décennies. Si un service civil alternatif a depuis été institué, les organisations le jugent appliqué de façon punitive : il impose 36 mois de service en établissement pénitentiaire, soit le double de la durée du service militaire classique. Des décisions judiciaires récentes ont, selon elles, confirmé des éléments clés de ce dispositif malgré une contestation constitutionnelle.

À l’ouverture des travaux, Hans Noot, directeur adjoint de HRWF, a situé l’enjeu au « cœur de la société démocratique », mettant en garde contre les conséquences de la stigmatisation des communautés religieuses et de la restriction des rassemblements pacifiques. Il a précisé que la démarche ne visait à défendre ni une théologie ni un mouvement particulier, mais un principe : l’application égale des droits fondamentaux à tous.

« La présomption d’innocence doit l’emporter sur toute présomption de culpabilité »

Thierry Valle, président de la CAP Liberté de Conscience, a construit son intervention sur le terrain du droit international. Il a rappelé que la Corée du Sud avait ratifié le Pacte international relatif aux droits civils et politiques en 1990, puis la Convention contre la torture en 1995. Sur cette base, il a interrogé la compatibilité entre le placement en détention provisoire d’un homme de 95 ans et les obligations internationales souscrites par le pays.

Son argument central portait sur la hiérarchie des présomptions en matière pénale : pour lui, la présomption d’innocence doit primer sur toute présomption de culpabilité, y compris dans les affaires touchant des dirigeants de mouvements religieux minoritaires. Il a affirmé qu’il existe, dans les démocraties, des mesures alternatives à l’incarcération, plus proportionnées et respectueuses de la dignité humaine.

À l’appui de sa démonstration, Thierry Valle a cité deux précédents internationaux. Le premier concerne le cardinal Joseph Zen, libéré sous caution à Hong Kong en 2022. Le second porte sur le patriarche bouddhiste vietnamien Thich Quang Do, pour lequel les autorités avaient opté pour une assignation à résidence plutôt qu’une incarcération.

Cette mise en perspective visait à démontrer qu’un traitement judiciaire alternatif à la détention provisoire n’a rien d’exceptionnel lorsqu’il s’agit de dirigeants religieux âgés faisant l’objet de poursuites. Selon cette lecture, le choix de la détention à Séoul s’écarterait donc de pratiques déjà observées ailleurs dans des contextes comparables.

L’intervention de Thierry Valle a ainsi posé le cadre juridique international dans lequel les autres intervenants allaient inscrire leurs propres analyses, davantage centrées sur les spécificités de la procédure sud-coréenne et sur ses répercussions pour les communautés religieuses minoritaires.

« La Corée du Sud a franchi une ligne inquiétante »

Michael Langhans, directeur exécutif de FOREF Allemagne et spécialiste du droit de la famille, a présenté une analyse juridique distincte, centrée sur la nécessité même de la détention provisoire. Selon lui, des preuves suffisantes existaient déjà pour permettre une inculpation sans recourir à l’incarcération. Il a également interrogé la manière dont ces preuves avaient été rassemblées, s’inquiétant qu’un récit présentant la communauté de l’accusé comme une « secte » ait pu influencer la collecte.

Michael Langhans a élargi son propos à une question de principe pour les législateurs : celle de savoir si des mesures conçues pour protéger l’intégrité des élections peuvent être appliquées sans empiéter sur le droit à la liberté de religion, garanti tant par la Constitution sud-coréenne que par les instruments internationaux. Cette articulation entre protection électorale et liberté religieuse a constitué l’un des axes juridiques les plus techniques de la conférence.

Massimo Introvigne, directeur général du CESNUR et rédacteur en chef de Bitter Winter, a repris cette critique en des termes plus tranchants. Il a estimé que la Corée du Sud avait « franchi une ligne inquiétante » en procédant à l’arrestation du président Lee, arguant que des standards internationaux comme les règles Mandela recommanderaient une assignation à résidence plutôt qu’un emprisonnement pour un nonagénaire poursuivi pour une infraction non violente.

Sur la nature des accusations elles-mêmes, Massimo Introvigne a jugé qu’elles portaient sur la participation politique ordinaire de membres d’une minorité religieuse, et qu’elles apparaissaient, selon ses termes, « légalement et conceptuellement trop étendues ». Il a averti que cette affaire s’inscrivait dans une dynamique plus large de pression exercée contre les confessions minoritaires en Corée du Sud.

Ensemble, les interventions de Michael Langhans et Massimo Introvigne ont ainsi déplacé le débat du terrain des principes généraux vers celui, plus concret, de la qualification juridique des faits reprochés et de la proportionnalité de la réponse pénale choisie par les autorités sud-coréennes.

Une inquiétude étendue aux congrégations à l’étranger

Márk Nemes, directeur adjoint du CESNUR, a apporté un éclairage différent, davantage sociologique que juridique. Il a fait état de trois recherches savantes récentes menées au sein de congrégations Shincheonji en Europe, en Argentine et en Australie. Ces travaux auraient mis en évidence une hausse préoccupante de l’hostilité à l’égard de ce mouvement religieux, qu’il a qualifié de pacifique et coopératif.

Il a insisté sur le fait que Shincheonji ne constitue pas seulement une Église minoritaire sud-coréenne, mais un mouvement religieux à portée mondiale, doté de congrégations dans de nombreux pays. Cette dimension internationale a servi de point d’appui à son argumentation centrale : selon lui, la persécution disproportionnée que subirait le mouvement en Corée du Sud rejaillit directement sur la vie de ses membres résidant à l’étranger.

Márk Nemes a rattaché cette préoccupation à des textes précis du droit international, à savoir les articles 18 et 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, consacrant respectivement la liberté de pensée, de conscience et de religion, et la liberté d’expression. Il a qualifié ces droits d’inaliénables et a appelé à ce qu’ils soient pleinement pris en compte dans le traitement du dossier en cours.

Cette intervention a ainsi introduit une dimension transnationale au débat, suggérant que les développements judiciaires observés en Corée du Sud ne resteraient pas circonscrits au territoire national, mais produiraient des effets sur des communautés religieuses situées sur plusieurs continents.

L’ensemble des cinq interventions, bien que portées par des profils différents — juriste, sociologue, historien, militant associatif —, convergeait ainsi vers un même constat : celui d’un traitement judiciaire jugé disproportionné, dont les effets dépasseraient le seul cas individuel de Lee Man-hee.

Un appel conjoint

À l’issue des différentes prises de parole, les organisations présentes ont formulé un appel conjoint adressé aux autorités sud-coréennes, aux médias et à la communauté internationale. Elles les ont invités à examiner ces développements en accordant une attention particulière à la procédure régulière, à la proportionnalité des mesures prises et à l’égalité de protection des droits fondamentaux entre les différentes confessions religieuses.

Les organisations ont indiqué avoir mis à disposition des documents supplémentaires destinés à appuyer la poursuite du travail journalistique sur ce dossier, sans toutefois en préciser la nature exacte dans le communiqué diffusé. Cette mise à disposition s’inscrit dans une volonté affichée de transparence et de traçabilité des sources mobilisées par les cinq organisations.

Point d’orgue de la conférence, les chercheurs présents ont signé, à la clôture de l’événement, une lettre officielle appelant le gouvernement de la République de Corée à procéder à la libération immédiate du président Lee de sa détention. Cette signature collective visait à donner un poids institutionnel supplémentaire aux positions exprimées oralement durant la conférence.

Cette mobilisation conjointe de cinq organisations aux statuts et expertises différents — droit international, sociologie des religions, droit de la famille, plaidoyer associatif — illustre l’ampleur de l’attention portée par certains réseaux internationaux de défense de la liberté religieuse au traitement judiciaire réservé, en Corée du Sud, aux dirigeants de mouvements religieux minoritaires.

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